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Une Auboise raconte son accident : “On lui a crié de ralentir, il a continué à sourire et à accélérer”

© Solène Grippon
© Solène Grippon

Charlie Lévêque a 28 ans aujourd'hui. Presque 5 ans après un dramatique accident de la route, cette Auboise témoigne pour se reconstruire. Une vidéo a recueilli plus d'un million de vues sur les réseaux sociaux. 

Par Ophélie Masure - Alexandre Hébert

Dans quelques minutes, son corps et son âme seront réduits à l'état de puzzle. "Puzzle", c'est le mot qu'elle emploie pour décrire le drame qui l'a fracassée contre un arbre, un jour d'avril 2014.

Ce soir-là, Charlie Lévêque veut faire la fête. Dans la voiture, elle est avec son meilleur ami et deux autres compagnons de virée. L'humeur évidemment est joyeuse, mais quelque chose ne tourne pas rond. Le conducteur accélère étrangement. Rapidement, l'inquiétude chasse les sourires.

Assise à l'avant, Charlie est stressée. Elle se cramponne à la portière. Derrière elle, son ami lance : "Hé mec, moi je tiens à la vie !"… Ce seront ses derniers mots.

La vitesse et l'alcool à l'origine de l'accident


Charlie n'a que quelques souvenirs flous du choc. Plus tard, c'est l'enquête qui lui permettra de comprendre les circonstances de l'accident :

On était dans un virage à 160 km/h au lieu de 60, donc perte de contrôle du véhicule. J'ai été projetée dans le fossé. Il y a un arbre qui a écrasé toute la partie droite de la voiture et la moelle épinière de mon meilleur ami. Il est décédé.

Cette même enquête révélera que le conducteur était ivre. Charlie l'assure : elle ne savait pas qu'il avait bu. Elle apprendra son état d'ébriété au tribunal.

Il faut savoir qu'un alcoolique, ça ne se voit pas forcément quand il boit. Un alcoolique, c'est comme quelqu'un de dépendant tous les matins qui a besoin de son café… et lui, il a besoin de son alcool. (…) Il a eu comme un coup de folie. On lui a crié de ralentir dans la voiture : il a continué à sourire et à accélérer.

Sur les quatre passagers, seuls Charlie et un autre jeune homme survivent. Emmenée en urgence à l'hôpital du Kremlin-Bicêtre à Paris, la jeune femme est d'abord placée en coma artificiel.

Dix-huit opérations 


Pour elle, un long combat contre la douleur commence alors. Son bras droit a été emporté par la portière à laquelle elle s'accrochait. L'avant-bras n'est plus tenu que par deux tendons. Après concertation, les chirurgiens optent pour l'amputation. Ils parviennent à sauver l'articulation, mais Charlie est extrêmement faible. Elle fait deux arrêts cardiaques et, à chaque fois, son cœur repart : "La mort ne voulait pas de moi !", poursuit-elle.

Le combat est d'abord physique ; il devient très vite psychologique. Charlie ne veut pas croire en cette nouvelle réalité : elle est d'abord dans le déni, surtout lorsqu'il s'agit de la mort de son meilleur ami.

Je croyais encore que mon meilleur ami allait frapper à la porte de ma chambre d'hôpital et me dire : "J'suis encore là !". Au final, j'ai moi-même demandé aux gendarmes de me montrer les photos de la voiture pour me confronter. (…) C'est quand je suis sortie, que je suis allée me recueillir pour la première fois sur sa tombe, que j'ai réalisé que j'avais perdu un bon morceau de ma vie.

Une longue reconstruction


Charlie doit faire le deuil de son ami et d'un avant-bras. Son chirurgien, "mon génie" comme elle l'appelle avec un sourire, y joue un rôle central. A 28 ans aujourd'hui, la jeune Auboise a subi 18 opérations dont des greffes de peau et d'os. La dernière, c'était en novembre.

Elle le sait : sa vie ne sera plus jamais la même et pas uniquement parce qu'elle a perdu un bras. Si Charlie se sent "en paix" aujourd'hui, si elle s'assume telle qu'elle est, elle n'est pas prête pour autant à pardonner à ce conducteur ivre.

Il y a toujours des hauts et des bas et je pense que ce sera en dents de scie toute ma vie. Il y a des moments où je redescends très bas, mais j'arrive toujours à regrimper.

Regrimper pour les autres et grâce aux autres. Son combat désormais, c'est de partager. Un accident, "c'est peut-être la fin de quelque chose, mais ça peut être le début de quelque chose de très beau aussi".

Un ange avec elle


Charlie a lancé l'association "Grâce à la parole de l'ange". Cet ange, c'est son ami décédé dont elle veut garder l'énergie pour la transmettre à d'autres. Sur les réseaux sociaux, elle témoigne de son expérience, n'hésitant pas à dévoiler ses cicatrices et surtout ce bras absent : presque 1.245.000 vues ! Sa parole porte désormais très loin. Alors bien sûr, il y a un message de sécurité routière. L'association fait de la prévention dans les établissements scolaires et dans les centres de loisirs.

C'est bien de faire la fête (…), mais il faut savoir faire la fête bien. Quand on commence à boire, (il faut) savoir laisser ses clefs à ses amis. Même si on dort en mode campement chez les uns, chez les autres, ça n'est pas dramatique.

Charlie veut surtout être présente pour tenter de réparer les âmes. Celle des victimes d'abord : elle aurait aimé être soutenue par quelqu'un qui avait vécu le même drame. Mais Charlie n'oublie pas les proches des victimes :

On est parfois très méchant au réveil. On en veut à la terre entière et ceux qui prennent en premier, ce sont les proches, la famille généralement.

Son envie, c'est d'aider tout simplement. Sauver une vie en témoignant serait une immense victoire. Son rêve désormais ? Faire danser des personnes différentes (elle n'aime pas dire handicapées) avec des personnes valides. Faire la fête… cette fête qui n'aurait jamais dû s'achever ce soir d'avril 2014.  
 




 




 
 

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