Bas-Rhin : le constructeur de bus électriques Aptis mettra fin à ses activités d'ici mars 2022

Le constructeur de bus électriques Aptis, une filiale d'Alstom implantée à Hangenbieten (Bas-Rhin) et qui emploie 141 salariés, a annoncé mardi 4 mai, mettre un terme à ses activités d'ici le premier trimestre 2022. Une décision aussi brutale qu'inattendue. 

Aptis le prototype de bus électrique de Alstom-Ntl pouvant transporter une centaine de passagers/ 2017
Aptis le prototype de bus électrique de Alstom-Ntl pouvant transporter une centaine de passagers/ 2017 © Jean-Marc LOOS / Maxppp

L'arrêt de l'activité du site est prévu d'ici le premier trismestre 2022. Une annonce qui est tombée comme un couperet, mardi 4 mai lors du dernier CSE (Comité économique et social), pour les 141 salariés de l'entreprise. La direction a annoncé dans la foulée les négociations d'un projet de fin d'activités dès lundi prochain. 

Un marché concurrentiel

Créée en 2018, l'entreprise Aptis, filiale d'Alstom, évoque pour cette décision pour le moins abrupte un "décalage des besoins des opérateurs en France et en Europe sur le marché du bus électrique" par rapport à son offre, ainsi qu'une "forte concurrence sur le marché européen". "Il y a énormément d'acteurs qui sont venus sur ce marché, en particulier avec des produits plus bas de gamme que le nôtre, et qui ont séduit certains des opérateurs qui étaient nos clients", a indiqué le porte-parole d'Alstom à nos collègues de l'AFP. En 2019, Alstom avait situé le prix de son bus "autour de 500.000 euros".

Pour les syndicats réunis en intersyndicale, cette décision reste incompréhensible. Pire : elle est inacceptable. "On s'est tués à la tâche pour sortir ce produit innovant, on est tombés amoureux de ce produit, Quand on le sort, les gens se retournent dans la rue pour regarder ce produit, ils tombent des nues. On est à ça de réussir, il nous manque une toute petite enveloppe pour réussir. Que nos actionnaires, nos grands dirigeants, rentrent dans ce bus. On a utilisé votre argent oui mais venez-voir ce que nous en avons fait." explique Pascal Felice, délégué syndical CGT.

C'est un réel choc pour nous. Nous avons consenti beaucoup d'efforts pour que cette aventure fonctionne.

Arnaud David-Verdoncq, CFE CGC

Arnaud David-Verdoncq, délégué CFE-CGC, va plus loin. "C'est un réel choc pour nous. Nous avons consenti beaucoup d'efforts pour que cette aventure fonctionne. Les 3x8, des schémas industriels contraignants entre notre site et celui de Reischoffen et là on nous dit on ferme. La concurrence ? La Covid ? Certes mais tous nos concurrents sont dans la même situation. Il ne nous manque pas grand-chose pour réussir. Et Alstom gagne des milliards d'euros par ailleurs."

Alstom a simplement changé sa stratégie. On ne les intéressait plus.

Florian Bouché, CFDT

Florian Bouché, délégué syndical CFDT et concepteur mécanique, précise. "On peut entendre que nos bus soient plus chers mais c'est une décision d'Alstom. Les pièces qui ont été choisies à l'époque par Alstom étaient plus chères. Alstom ne peut plus se cacher derrière cet argument. Alstom a simplement changé sa stratégie. Le business plan de l'électrique était moins intéressant. Alstom s'est désengagé financièrement et techniquement d'Aptis. On ne les intéressait plus."

Aptis : trois ans d'existence à peine 

L'entreprise, qui avait enregistré la commande de 87 bus électriques, dispose d'un "plan de charge jusqu'à l'automne 2021" et doit encore livrer 62 véhicules.

Ses bus électriques, d'une capacité de 100 passagers et d'une autonomie de 250 kilomètres, avaient notamment été livrés à la métropole de Strasbourg. Après la découverte de défauts "à caractère sécuritaires", ils avaient été retirés de la circulation en avril. "Là franchement précise Arnaud David-Verdoncq, c'est une grosse erreur stratégique du groupe. Ils ont voulu aller trop vite alors que ces bus n'étaient pas encore 100% fiabilisés, c'était trop précipité. Et maintenant on nous reproche de faire des bus pas fiables." 

C'est une grosse erreur stratégique du groupe

Arnaud David-Verdoncq, CFE CGC

Ces bus ont également été commandés par d'autres métropole, à Toulon, Grenoble ou La Rochelle notamment.

La mise en place d'un plan pour "cessation d'activité" débutera la semaine prochaine "alors qu'il y a trois semaines, on nous parlait d'avenir et d'axes d'amélioration des coûts" soupire Florian Bouché.  

Conformément à la loi Florange, le groupe s'est engagé à rechercher un repreneur, avec le concours de l'Agence du développement de l'Alsace, dans les trois prochains mois. L'Eurométropole de Strasbourg, dont fait partie la commune de Hangenbieten où
se trouve le site de production, a appelé dans un communiqué le groupe Alstom à
la recherche "active" d'un repreneur pour "préserver les emplois (et) les compétences". "Nous on y croit pas. Le contexte économique est tel qu'Alstom de pourra pas trouver de repreneur. On songe déjà au PSE, plan de sauvegarde de l'emploi. C'est triste que cela finisse comme ça. En 2017 nous avons remporté le prix de l'innovation au Bus Award et en 2022 c'est fini" conclue Florian Bouché.

Le contexte économique est tel qu'Alstom de pourra pas trouver de repreneur. On songe déjà au PSE, au plan de sauvegarde de l'emploi.

Florian Bouché, CFDT

C'est toute une histoire qui se termine. Pas seulement celle d'Aptis. Celle du site en activité depuis plus soixante ans. Le site avait été racheté en 2012 par Alstom au groupe industriel alsacien Lohr, implanté sur place depuis les années 1960.  "C'est un gros choc pour nous. Est-ce qu'il n'y avait vraiment pas d'autres solutions pour un groupe aussi important qu'Alstom ?", s'interroge le maire de la commune, Laurent Ulrich, auprès de nos collègues de l'AFP. 

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