Comment le plus haut village d'Alsace veut retrouver du lien social grâce à l'ouverture d'une épicerie-bistrot

Perchée à 930 mètres d'altitude, la commune d'Aubure (Bas-Rhin) n'hébergeait plus de bar, ni de restaurant depuis 2018. Depuis peu, des projets d'épicerie-bistrot ou de traiteur, portés par des jeunes, redonnent du dynamisme au village, pour le plus grand plaisir des habitants et de la maire.

Aubure, dans le Bas-Rhin, est le plus haut village d'Alsace. Nichée à plus de 900 mètres d'altitude, la commune de 370 habitants est réputée pour la qualité de son air et sa quiétude. Un calme un tantinet trop prononcé ces dernières années selon la maire. "Le dernier restaurant a fermé en 2018. Depuis, Aubure continue de vivre mais c'est vrai qu'il manque un lieu où nous les habitants peuvent se retrouver de manière conviviale, pour discuter et créer du lien social", confesse Marie-Paule Gay.

C'est désormais de l'histoire ancienne. Le village de montagne savoure le retour d'une nouvelle dynamique. Ce mardi 16 avril marque en effet l'ouverture d'une épicerie-bistrot. Son nom ? "Chez Marinette", un nom tout trouvé puisqu'elle sera tenue par Marine Pailler, 38 ans. Les clients, des habitants aux randonneurs en passant par les motards, y trouveront des produits locaux: fromages, yaourts, charcuteries, terrines de gibiers, pâtes, tous en provenance de fermes alentours ou d'entreprises alsaciennes. Elle fera aussi dépôt de pain.

"Je suis née à Brest, alors je vendrai aussi quelques produits bretons, les chips de sarrasin par exemple", s'amuse-t-elle, elle qui a pas mal bourlingué dans le Sud-Ouest avant que le destin ne la fasse atterrir à Aubure, où elle a passé le confinement. "Je vivais dans le centre et je me suis rendu compte qu'il y avait énormément de passants. Moi qui ai toujours l'envie secrète d'ouvrir un commerce de proximité, je me suis dit que c'était le bon moment", ajoute Marine Pailler.

"Chez Marinette", éviter la solitude en consommant local

Une renaissance pour le local où elle s'est installée. Ce dernier était occupé par une association, "le panier d'Aubure", entre 2014 et 2020, puis par un commerçant "qui vivait à une trentaine de minutes de route de la commune". "Cela a duré quatre ans mais c'était difficile. Pour que les habitants adhèrent, il faut les écouter, savoir quel pain ils aiment consommer, ou bien à quelle heure ils ont besoin que leur épicerie ouvre le matin", note la maire.

Marine Pailler a précisément beaucoup consulté les riverains. Elle sera flexible, prête à accueillir ses clients dès 6h du matin, ou tard le soir, lors de soirées tartes flambées ou organisées au détour d'un match de l'Euro de football par exemple. "Elle est titulaire de la licence IV", précise encore Marie-Paule Gay, autorisation qui permet de la vente et la consommation d'alcool sur place, avec modération, cela va sans dire.

"Ce que je voulais, c'est mettre l'humain au centre du projet. Si j'avais voulu être riche, je me serais installée à Riquewihr ou Ribeauvillé. L'important, c'est que les gens puissent se rendre chez moi s'ils ont un coup de mou et voir du monde autour d'une bière ou d'un café. Ce qui pèse dans notre société, c'est la solitude", philosophe la gérante des lieux.

Créer un lieu de rencontre peut permettre aussi de régler les différents entre voisins

Marie-Paule Gay, maire d'Aubure

"Créer un lieu de rencontre peut permettre aussi de régler les différends entre voisins, d'éviter les emballages sur les réseaux sociaux et d'aborder des sujets parfois délicats", renchérit encore la maire, ravie que le projet ait pu voir le jour. Il n'est d'ailleurs pas le seul. En novembre 2023, un couple a lancé les Saveurs d'Aubure. Un service de traiteur avec des dîners à récupérer et à déguster sous forme de paniers et préparés dans des terrines de Soufflenheim.

Les Saveurs d'Aubure, nouveau traiteur depuis novembre

"Nous avons deux gîtes sur Aubure, où nous nous sommes installés il y a trois ans. Nous proposions déjà le dîner à nos locataires. L'idée d'utiliser notre savoir-faire pour en faire profiter les habitants du village nous a plu", explique Bénédict Buffler, qui a exercé pendant 15 ans comme maître d'hôtel à l'Auberge de l'Ill.

Avec son épouse, Anne-Sophie Roux, également une ancienne de la maison Haeberlin, ils ont investi dans une "cuisine professionnelle" et semblent très satisfaits de ce début d'aventure. "On est étonnés que la clientèle vienne beaucoup du village. On s'attendait davantage à ce qu'il s'agisse de touristes", se réjouit le couple qui s'inspire aussi beaucoup de ses voyages, en Nouvele-Zélande par exemple, pour sa cuisine. 

Chez Marinette et les Saveurs d'Aubure ont d'ailleurs déjà pris rendez-vous pour essayer d'entretenir le cercle vertueux du commerce de proximité. "Nous concocterons des desserts pour que Marine puisse les vendre dans son épicerie", relève Bénédict Buffler. Une cerise sur le gâteau pour un village d'Aubure à nouveau pétillant, mais qui ne perdra rien de son charme bucolique.