Bas-Rhin : opération "collège mort" dans l’établissement Foch à Haguenau, contre les classes surchargées

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Les parents d’élèves du collège Foch à Haguenau appellent à ne pas mettre les enfants en cours mardi 28 février 2023. Avec le soutien des professeurs, ils protestent contre les fermetures de classes, depuis plusieurs années.

Ils ne sont pas les seuls concernés, mais ils veulent marquer le coup, en tapant du poing sur la table. Les parents d’élèves du collège Foch situé à Haguenau organisent une "opération collège mort", le mardi 28 février, en appelant à ne pas mettre les élèves en cours. Avec le soutien des professeurs, ils se réuniront le matin même, dès 10 h 30, sur le parvis de l’établissement pour manifester leur mécontentement, face à la suppression de nombreuses classes. 

Une action symbolique, alors que le collège a perdu, à la rentrée 2022-2023, une nouvelle classe de 6ᵉ. Il n’y aura donc plus que cinq classes dans ce niveau, alors que "les chiffres des écoles primaires du secteur indiquent qu’il en faudrait une supplémentaire", assure Marie Diebolt, professeure de lettres classiques. "Lorsque je suis arrivée dans l’établissement, il y a quinze ans, 28 divisions existaient. Aujourd’hui, nous en avons quatre de moins, et l’an prochain, nous ne devrions avoir que 22 divisions". 

Le collège a même dû ouvrir, l’an dernier, une septième division de 3ᵉ, sur ses fonds propres, afin de rendre "l’effectif plus respirable". Toutefois, il n’est pas possible de faire la même chose pour tous les niveaux. "Les classes sont surchargées, cela pose un problème pour les professeurs, mais aussi les élèves", explique Marie Diebolt. "Le côté discipline est tout aussi compliqué à gérer". 

Certains collégiens se plaignent aussi de la situation : "Mon fils, qui est en 5ᵉ, a un problème de concentration et il est dans une classe de trente-deux élèves. C’est devenu très difficile pour lui de suivre avec assiduité, les cours sur une journée", déplore Virginie Antich, tête de liste de l’association de parents d’élèves FCPE, au collège Foch. "Nous réclamons une ouverture systématique de classe dès trente élèves dans tous les niveaux". 

Une dotation horaire globale insuffisante 

Les enseignants du collège, ainsi que les parents d’élèves délégués au Conseil d’Administration, ont rejeté à deux reprises, les 2 et 7 février 2023, la dotation horaire globale allouée à l’établissement par le rectorat de Strasbourg. Cette enveloppe d’heure attribuée pour septembre 2023 comprend la fermeture d’une nouvelle classe de 6ᵉ.  "C’est d’autant plus alarmant que cela va se répercuter sur les autres niveaux dans les prochaines années, affirme la professeure de lettres classiques. Il faut donc que la dotation soit revue à la hausse".

Depuis de nombreuses années, le collège Foch accueille une grande diversité d’adolescents, dont des profils dyslexiques, des élèves allophones ou encore handicapés. Scolarisés dans des unités d’accueil avec un professeur particulier, ils sont inclus progressivement dans les classes de l’établissement au cours de l’année. "Nous arrivons avec des effectifs de trente-deux à trente-cinq personnes avec les accompagnants d’élèves en situation de handicap, qui eux n’ont même pas de table disponible pour écrire", précise-t-elle. 

On a une considération humaine pour nos élèves, tandis que le rectorat a une gestion comptable

Marie Diebolt, professeure de lettres classiques

La surcharge de ces classes peut s’expliquer par "l’absence de prise en compte dans les effectifs", par le rectorat, de ces élèves allophones, dyslexiques et en situation de handicap, selon Marie Diebolt. "Il y a pourtant un cadrage national qui les oblige à les comptabiliser, mais ce n’est pas fait". En effet, l’article 351-1 du code de l’éducation stipule que "les élèves accompagnés dans le cadre de ces dispositifs sont comptabilisés dans les effectifs scolarisés". "On a une considération humaine pour nos élèves, tandis que le rectorat a une gestion comptable", ajoute la professeure. 

La crainte d'une fuite vers le privé

Avec la baisse des dotations horaires allouées à l’établissement, le temps disponible des professeurs pour organiser des projets et ateliers diminuent. "Notre club théâtre est menacé alors qu’il y a énormément d’élèves qui voudraient en faire. Nous avons même des subventions, et le théâtre d’Haguenau nous est prêté", indique Marie Diebolt. Le club d'échecs, ainsi que l’apprentissage de la natation ont déjà été supprimés. 

Outre la déception des élèves, l’équipe pédagogique et les parents d'élèves craignent une baisse d’attractivité du collège Foch. "Certains parents, qui ont les moyens, vont privilégier les deux établissements privés à Haguenau. C’est dommage, car l’école publique apporte de la mixité sociale", regrette Virginie Antich. 

L'autre inquiétude réside dans la vacance de certains postes. "En lettres, une collègue a pris sa retraite et n’a jamais été remplacée. Un autre a été licencié et aucun remplacement depuis", déplore l’enseignante. "Et lorsque l'on fait venir des remplaçants, ils ne sont jamais titularisés". 

De son côté, le rectorat de l’académie de Strasbourg affirme que la situation sera réexaminée en juin 2023, "comme chaque établissement, à la lumière des résultats d’affectation des élèves connus à ce moment-là". Une réponse qui ne convainc pas les professeurs, qui ont prévu de porter un brassard noir, en signe de mécontentement, lors des portes ouvertes du collège Foch le 10 février.

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