Procès de l'accident du TGV d'Eckwersheim : la filiale de la SNCF "n’a pas commis d’erreur" selon son avocat

Le procès de l'accident du TGV d'Eckwersheim s'est ouvert lundi 4 mars 2024 à Paris. L'avocat de Systra, groupe commanditaire des essais et filiale de la SNCF, s'est confié à France 3 Alsace. Il se défend de toute responsabilité dans le déraillement du train qui avait tué 11 personnes en 2015.

Sa parole est rare dans les médias. L'avocat de Systra, Philippe Goosens, s'est exprimé sur l'accident du TGV survenu le 14 novembre 2015 à Eckwersheim. L'entreprise est placée sur le banc des prévenus aux côtés de la SNCF, le gestionnaire des voies SNCF Réseau et trois personnes physiques lors d'un procès d'envergure qui s'est ouvert lundi 4 mars.

Le 14 novembre 2015, au lendemain des attentats de Paris,11 personnes sont mortes et 42 autres ont été blessées après le déraillement d'un TGV qui circulait en direction de Strasbourg. Une cinquantaine de personnes se trouvaient à bord du train dont de nombreux invités. Ils participaient au dernier test d'un tronçon de la ligne à grande vitesse Est, cinq mois avant son inauguration. 

À l'origine de ces essais, Systra est jugée pour "blessures et homicides involontaires par maladresse, imprudence, négligence ou manquement à une obligation de sécurité". Philippe Goosens a répondu à nos questions. 

Comment Systra aborde ce procès ?

Systra aborde le procès avec une priorité : les victimes. Il faut faire en sorte de comprendre les faits et ne pas heurter les victimes durant l'audience. Vous le savez, Systra plaidera qu'elle n'a pas commis de faute, mais elle veut le faire sans heurter les victimes. Ce soin pour les victimes, elle l'a eu depuis le premier jour et elle veut aussi l'avoir durant ce procès. 

Vous venez de le dire, vous allez plaider la relaxe, Systra n'a pas commis d'erreur ?

Non, je considère que Systra n'a pas commis d'erreur ayant conduit à ce drame. La tâche n'est pas simple, c'est vrai, car quand il y a un drame de cette amplitude, il est difficile de le faire comprendre. Mais je le réaffirme, Systra n'a pas commis d'erreur. 

Qu'en est-il de l'équipe de conduite ?

Je dis qu'il y aura des questions à se poser sur les faits. C'est important pour les victimes de les comprendre. Après des années d'attente et un procès qui durera plusieurs mois, c'est important que les victimes ressortent en ayant compris la réalité factuelle. Il reviendra au tribunal d'en décider qui est responsable, en espérant que Systra soit jugée non responsable. La compréhension de ce qu'il s'est passé est pour moi l'enjeu majeur de ce procès. 

Onze morts, dont de nombreux invités, comment Systra a abordé cette question ?

Il n'y a pas de hiérarchie dans la peine selon si une personne est invitée ou non. C'est sûr qu'il y a un côté plus injuste. Mais un salarié qui décède, c'est tout aussi dramatique qu'un invité. C'est une tradition ferroviaire qu'il y ait des invités (lors de tests avant un lancement, NDLR), c'est une fierté d'inviter des gens pour montrer ce que réalisent les personnes qui travaillent dans cette branche. Ce n'est plus le cas maintenant, ça ne se fait plus. Je crois qu'on ne regrette pas la mort de quelqu'un parce que c'est un invité. On regrette la mort ou la blessure de quelqu'un parce qu'il est mort ou blessé, sans hiérarchie. 

Au regard de ce qu'il s'est passé, est-ce une erreur d'avoir invité autant de monde à bord ?

(Il marque une pause) C'est une question difficile, car si vous ne les aviez pas invités, ils ne seraient pas montés et ne seraient pas morts. Mais des salariés seraient quand même décédés. Pour moi, il n'y a pas d'erreur de Systra. Il n'y a donc pas d'erreur d'avoir fait monter des gens, à partir du moment où on pensait que l'opération était sécurisée et ne devait pas conduire à cette catastrophe. 

Certaines familles de victimes affirment que leurs proches, qui sont décédés, ne savaient pas que ces essais étaient menés en survitesse. Est-ce que cela, vous le regrettez ?

Non. D'abord, ce n'est pas certains que les gens ne l'ont pas su, pas tous. La survitesse, c'est le mécanisme normal pour faire des essais. Quand les personnes montent à bord, elles savent qu'elles sont dans un train d'essai. Les modalités pratiques, je veux bien admettre qu'elles ne les connaissaient peut-être pas. Mais pour nous, Systra, quand une personne monte dans le train, elle est en sécurité.