Affaire Naomi Musenga : “Je ne veux pas porter le chapeau pour le système”, explique l'opératrice

Photo d'illustration / © Marie Delage. MAXPPP
Photo d'illustration / © Marie Delage. MAXPPP

L'opératrice qui n'a pas transmis l'appel de la jeune femme en détresse, au médecin du Samu, comme le prévoit la procédure, "ne veut pas porter le chapeau". Elle dénonce ses conditions de travail dans une interviewée accordée par téléphone à une journaliste de M6.

Par Catherine Munsch

Les propos choquants de l'opératrice ("Bon si vous me dites pas ce qui se passe, je raccroche" ou "on va tous mourir un jour") sont désormais tristement célèbres. Des propos que l'opératrice du Samu a tenus à la jeune Naomi Musenga en décembre 2017, six heures avant le décès de la jeune Strasbourgeoise de 22 ans. L'émission 66 Minutes de M6 a diffusé ce dimanche 13 mai, la première interview accordée par l'opératrice du Samu à la presse.


L'interview a été rendue possible grâce au président du syndicat CFTC des Hôpitaux de Strasbourg, Jean-Claude Matry, qui a rencontré les auteurs du reportage et qui évoque l'opératrice en ces termes: "Je dirai qu’elle est remarquable parce que malgré son antériorité de soignante, d’ambulancière, elle a accepté ce nouveau métier très très bien, ça fait quatre ans quand-même qu’elle travaille là-bas, elle n’a jamais eu de problème. La preuve en est que ses cadres l’ont toujours sollicitée quand il y a avait des remplacements à faire. Elle était toujours présente."

Si les gens connaissaient mon visage et mon nom, je ne serais peut-être plus de ce monde aujourd’hui.


En présence des reporters, le syndicaliste appelle alors l'opératrice, qui accepte de parler à la journaliste au téléphone: "Je suis lynchée sur la place publique. Je pense que si les gens connaissaient mon visage et mon nom, je ne serais peut-être plus de ce monde aujourd’hui. Je suis à la maison. J’ai eu des collègues qui ont eu des menaces, oui bien sûr, des menaces et les équipes qui interviennent sur le terrain, elles risquent aussi d’être caillassées ou ce genre de choses." "Avec le recul, vous regrettez un peu cette phrase ? lui demande la journaliste.

- "Je veux dire… dans les conditions... elle est mal venue."

- "Mais vous ne lui passez pas les médecins… alors qu’elle vous dit qu’elle est très faible et très en difficulté."

- "Oui, je ne peux pas vous répondre à cette question, ça va rentrer dans les questions qu’on va me poser…" 

Et la journaliste de conclure, "elle garde ses réponses pour la justice."

Mais l’opératrice précise encore qu'elle "ne veut pas porter le chapeau pour le système. On est sous pression en permanence, on travaille 12 heures. En tout cas à Strasbourg, on travaille 12 heures d’affilée. Ce sont des conditions de travail pénibles. Je peux rester deux ou trois heures accrochée à mon téléphone parce que je peux pas me lever, tellement ça déborde de partout. Quand on passe en procédure dégradée parce qu’il y a beaucoup plus d’appels que de monde pour les gérer, on n’arrête pas. On raccroche et on décroche. On raccroche et on décroche."


Nous sommes bien donc sur l’hypothèse d’une faute individuelle


Des arguments contestés par les hôpitaux de Strasbourg et le directeur général des HUS, Christophe Gautier, qui déclare dans la même émission: "Ce jour-là, les conditions n’étaient pas exceptionnelles. Cette opératrice en était à son deuxième jour de travail... Nous sommes bien donc sur l’hypothèse d’une faute individuelle."

L'avocat de l'opératrice Olivier Grimaldi, quant à lui, s'est exprimé sur BFMTV et tient d'autres propos: "Elle avait fait une journée de 12 heures le 26 décembre, en Alsace vous savez, c’est un jour férié donc difficile. Elle était sur la fin de son cycle de trois jours, le 29 décembre. Quand vous avez 2.000 appels en moyenne ou 3.000, mais ça n’excuse rien... Elle est bouleversée, elle a plus de trente ans de carrière. L'enregistrement donne l’impression...oui, mais cette dame s’exprime comme ça. Elle est plus dans l’idée de "je ne veux plus faire ce métier."

Si elles ne l'ont pas aidée, c'est à cause de problèmes dans leur structure.


De son côté, les deux frères de Naomi (Martial et Gloire) comptent sur la marche blanche en hommage à Naomi pour faire entendre l'apaisement qu'ils défendent. "Toutes les personnes qui veulent se joindre à la marche, elles peuvent venir, d'où elles veulent. Mais on appelle vraiment à la non-violence", insiste Gloire. Les deux frères refusent de charger l'opératrice : "si elles ne l'ont pas aidée, c'est à cause de problèmes dans leur structure."

La marche blanche est organisée, mercredi 16 mai à 17h30, Le cortège partira de la place Kléber pour se rendre jusqu’à la place du Maréchal de Lattre de Tassigny.

Sur le même sujet

récolte des mirabelles à Rozelieures

Les + Lus