Alsace : Gin, vodka, whisky... le retour des alcools forts

Fini (ou presque) les eaux-de-vie et place à d'autres spiritueux, plus "tendances", made in Alsace. Entre les grandes maisons que sont Miclo ou Lehmann, des micro-distilleries, comme celle de Strasbourg, se mettent à produire localement avec des produits bio. Et le succès est au rendez-vous.

La micro-distillerie de Strasbourg a mis au point du gin et de la vodka à base d'aromates locaux.
La micro-distillerie de Strasbourg a mis au point du gin et de la vodka à base d'aromates locaux. © Léna Romanowicz / France Télévisions
Alambic, alcool à 96 % et bouteilles en verre, nous ne sommes pas dans un épisode de la série Peaky Blinders mais bien à Strasbourg, dans la nouvelle micro-distillerie installée dans le quartier du Neuhof. Comme elle, une dizaine de distilleries alsaciennes produisent des spiritueux tels que du gin, de la vodka ou du whisky. Les fameuses eaux-de-vie et autres liqueurs de fruits ont du souci à se faire...

Pour plaire à leur public, les producteurs misent de plus en plus sur une production à taille humaine avec des matières premières locales et biologiques. C'est le cas de la distillerie urbaine de Strasbourg, qui propose du gin et de la vodka. Les quatre amis strasbourgeois, Chloé, Nicolas, Arnaud et Julien, ont misé sur la transparence de leur production en affichant les ingrédients au dos de leurs bouteille, ce qui n'est pas obligatoire pour les spiritueux : "Il y a tous nos ingrédients affichés clairement, on a rien à cacher", lance Nicolas Kretz. 

Travailler avec des acteurs locaux

Le choix du bio a été une évidence pour les producteurs, le tout s'inscrivant dans "une démarche qu'on a au quotidien, faire du local et du bio. Ça n'aurait pas eu de sens de faire autre chose." Les acteurs locaux sont donc sollicités, allant de la conception des étiquettes au choix des aromates. "On voulait garder l'esprit nature en lui laissant pas mal de liberté", déclare Nicolas Kretz au sujet des étiquettes du gin bio et de la vodka Poupée Russe dessinés par l'artiste locale AnK von Annika. Même l'eau qui sert à faire baisser le degré d'alcool entre dans cette logique. Ils ont ainsi investi dans un osmoseur pour purifier l'eau de tous ses minéraux et éviter le transport de bidons en plastique. Côté technique, l'alambic en cuivre (voir la photo ci-dessous), garant de la qualité de l'alcool, est fabriqué à quelque kilomètres de Strasbourg par l’entreprise Müller Gmbh. Les aromates, au coeur de la production des 750 bouteilles de gin, proviennent des jardins de la Montagne verte. Genièvre, lavande, romarin ou encore sauge, viennent parfumer le spiritueux. La vodka est quant à elle retravaillée avec de l’orge maltée de la micro-brasserie Bendorf
 
Nicolas, l'un des quatre strasbourgeois à l'origine de la micro-distillerie, devant l'alambic de l'atelier.
Nicolas, l'un des quatre strasbourgeois à l'origine de la micro-distillerie, devant l'alambic de l'atelier. © Léna Romanowicz / France Télévisions

Des alcools plus "jeunes"

Pour les grandes maisons, produire du gin ou de la vodka s'inscrit dans une volonté de renouvellement de leur gamme. C'est le cas de la distillerie familiale Miclo, implantée à Lapoutroie (Haut-Rhin), qui existe depuis trois générations. "Les eaux-de-vie aux fruits ont été beaucoup consommées dans les années 70-80, maintenant ce n'est plus le cas, elles ont une image vieillotte. C'est aussi le fait qu'il n'y ait pas de communication autour de ce produit. C'est souvent des distilleries régionales, comme nous, qui en produisent, ce n'est pas comme le marché de la vodka ou du whisky", explique Bertrand Lutt-Miclo, le directeur général de l'entreprise. Avec sa vodka, le directeur vise un public plutôt jeune, "le gin, c'est plutôt les 30-50 ans. L'idée c'est d'adapter nos produits à des classe d'âge." Et désormais, le développement de son activité se fait grâce à ces produits. Pour son gin, comme sur le post Facebook ci-dessous, Miclo opte pour le local avec des baies et des plantes provenant de la vallée de Lapoutroie. Parmi ses spécialités, la "vodka.g", au gingembre, "fonctionne très bien auprès de la clientèle locale."
 
Toujours dans le Haut-Rhin, la distillerie La Grange, à Sainte-Croix-en-Plaine, s'est lancée dans la fabrication de gin bio, un alcool dit "à la mode". Florian Gill concocte un gin 100% alsacien, le Super Broussard. Le jeune distillateur tient cette passion de son grand-père qui distillait des alcools de fruits. Il a voulu renouveler l’image de la distillerie et produire "quelque chose de plus moderne, le gin" parce que selon lui, "il y a beaucoup de chose à faire avec un alambic, casser les codes et se mettre au goût du jour." Le gin redevient très tendance en France. Le distillateur s’en félicite : "il y a 20 ans c’était un alcool bas de gamme, de second main, aujourd’hui le marché est en plein expansion." Depuis 2 ans, Florian Gill surfe sur la vague du gin bio avec des baies de genièvre cueillies au Petit Ballon dans les Vosges. Et pour sa dernière trouvaille le gin "Rose des Vents", aromatisé au safran, le distillateur s’est associé au safranier de Guémar (Haut-Rhin), Hervé Barbisan.
 

Une qualité made in Alsace

Et qui dit produits locaux dit qualité supérieure. Les spiritueux alsaciens sont des produits "premium", presque tous réservés à la vente directe, aux cavistes ou aux restaurateurs et la gamme de prix demeure élevée. Les producteurs jouent sur ce gage de qualité en se refusant de produire à grande échelle. La distillerie Lehmann, la plus ancienne d'Alsace, est d'ailleurs labellisée "entreprise du patrimoine vivant" (EPV), un label décerné par l'Etat pour leur savoir-faire rare et ancestral. "On n'est pas juste des chimistes, on travaille avec des alambics en cuivre, on a aussi une production soucieuse de l'environnement, nos matières premières sont réutilisés par les paysans ou les lycées agricoles", explique Florent Lehmann.
 
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La production de gin et de vodka demande d'ailleurs du temps, un mois en moyenne pour les produits de la distillerie de Strasbourg. D'autres projets sont en cours pour les quatre trentenaires, comme la production pour la fin de l'année d'Esprit de Malt, un alcool au goût de whisky mais sans son appellation (qui nécessite un vieillissement de minimum trois ans en fût de chêne). Pour finir, Nicolas Kretz livre son petit conseil pour déguster le gin : "C'est comme un vin rouge. Il faut le sentir, deviner les arômes. Si c'est trop fort, passer en tonic ou en cocktail. Mais il ne faut pas le laisser en plein soleil ni ajouter des glaçons", ce qui le ferait perdre en goût. Des spiritueux à savoir déguster certes, mais avec modération.

 
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