Confinement : en France comme en Allemagne, l'accès aux jardins familiaux reste possible, sous condition

Il y a eu un flottement à Strasbourg, pendant près de deux semaines. Les jardiniers amateurs ne savaient pas s'ils avaient le droit de se rendre dans leurs potagers pour planter, semer, arroser et entretenir leurs plants et semis. Alors qu'Outre-Rhin, il n'y a pas beaucoup de changements.
Miloudi Harrati retourne la terre de son jardin familial à Strasbourg, dimanche 5 avril 2020
Miloudi Harrati retourne la terre de son jardin familial à Strasbourg, dimanche 5 avril 2020 © Florence Grandon. France Télévisions.
Restrictions de circulation, confusion entre les promenades à 1 kilomètre autour de son domicile et le fait de rejoindre son jardin familial à l'autre bout de l'Eurométropole, peur de payer l'amende qui est passée à 135 euros : les Strasbourgeois ont mis plusieurs jours à comprendre qu'ils avaient le droit de s'occuper de leur jardin potager. Et à y revenir.

La préfecture du Bas-Rhin a fini par dissiper le doute dans son arrêté du 20 mars 2020, article 4, reproduit également dans un tweet en date du 27 mars, "L’accès aux jardins familiaux reste possible pour les seules nécessités liées aux cultures potagères et dans le strict respect des mesures barrières" :
A Strasbourg, plus de barbecues, ni de déjeuners familiaux sous les tonnelles, ni d'arrosages de fleurs. Les enfants ne peuvent pas accompagner leurs parents. Seule la possibilité est donnée pour les jardiniers de venir prendre soin de leur potager, de leurs légumes, fruits et arômates, en respectant les gestes barrières. A Kehl en revanche, tout reste permis, sauf de rencontrer d'autres personnes hors du noyau familial, dans les jardins familiaux comme ailleurs.
 
Et les graines et plantes potagères sont autorisées à la vente des deux côtés du Rhin, même si la France a interdit ces ventes pour les autoriser à nouveau au bout de deux semaines de confinement.
 
Petits portraits de jardiniers souriants et malgré tout heureux d'être en plein air, de part et d'autre de la frontière dans le quartier de la Robertsau, rue de la Fourmi (Strasbourg) et au sud de Kehl.  
Rue de la fourmi, jardins familiaux, Strasbourg
Rue de la fourmi, jardins familiaux, Strasbourg © Florence Grandon. France Télévisions.
 

Christian Gutter, 73 ans, habitant de Strasbourg-Meinau 

Christian Gutter, dans son jardin familial le dimanche 5 avril 2020 à Strasbourg

Christian a son jardin familial depuis dix ans, et c'est une activité qui l'occupe beaucoup, surtout à partir du mois de mars, quand il commence à faire ses semis. Une période cruciale pour tous les jardiniers.

Moi je me suis dit "je sors et on verra bien si je prends un PV"
-Christian Gutter

"Il y a moins de monde, ça c'est sûr", constate Christian, accroupi dans son jardin pour cueillir une salade, "peut-être que les plus âgés n'osent pas sortir, et puis les gens ne savent pas s'ils ont le droit ou pas. Moi je me suis dit "je sors et on verra bien si je prends un PV", parce que j'ai semé des semis, et il faut les arroser tous les jours".

Joëlle Kalk, 57 ans et Pierre Knoll, 63 ans et leur chien Lasko habitent à Schiltigheim 

Joëlle, Pierre et Lasko dans leur jardin familial de la Robertsau, dimanche 5 avril 2020
Joëlle, Pierre et Lasko dans leur jardin familial de la Robertsau, dimanche 5 avril 2020 © Florence Grandon. France Télévisions.


"On serait venu plus tôt, si on avait su que c'était possible. Mais ce n'était pas clair. Aujourd'hui c'est la première fois que nous revenons au jardin depuis le confinement", explique Joëlle en colère, "j'en veux au Président qui a autorisé cette réunion religieuse à Mulhouse, il aurait fallu commencer le confinement plus tôt pour que tout soit fini aux beaux jours. Ma mère de 79 ans ne vient plus, elle aurait aimé s'asseoir avec nous au jardin, mais je la protège."

Aujourd'hui, ils sont venus nettoyer les allées, bêcher et sortir quelques poireaux de terre. Cela fait un an qu'ils ont ce jardin, Pierre sera bientôt en retraite et il compte bien en profiter encore plus alors.

Cette année, ils ont commandé pour la première fois des plants sur Internet, ils devraient arriver dans deux semaines maintenant, "s'ils arrivent", lance Joëlle. "J'attends aussi que le pépiniériste d'Illkirch rouvre, pour m'approvisionner en graines et plantes. Nous sommes en stand by, mais il y a tant à faire."

Leïla et Miloudi Harrati, 39 et 40 ans, habitants de Strasbourg-centre  

Leïla Harrati dans son jardin familial le dimanche 5 avril à Strasbourg

"Je n'ai pas arrêté de passer des coups de fil pour savoir si oui ou non nous pouvions venir au jardin, ça a été très difficile à comprendre. Le responsable des jardins familiaux n'était jamais joignable, la police nationale ne savait pas, la police municipale me disait chaque jour autre chose, soit oui, soit non, selon les jours. Finalement, il y a eu l'arrêté préfectoral du 20 mars, puis un panneau a été affiché dans toutes les allées, maintenant c'est clair", résume Leïla.
 
Arrêté préfectoral du 20 mars 2020, Strasbourg
Arrêté préfectoral du 20 mars 2020, Strasbourg © Florence Grandon. France Télévisions.
 Malgré tout, depuis le confinement, elle ou son mari sont venus tous les jours arroser les semis, et ils n'ont jamais eu de soucis. Et le 1er avril, comme tous les ans, l'eau a été rétablie aux robinets, un bon signe pour ce couple qui a pris un jardin double il y a un an.

"Nous sommes les plus jeunes dans notre allée, une voisine a eu un cancer elle ne vient plus, d'autres voisins de notre jardin sont plus âgés ou ont des problèmes respiratoires, et de puis le confinement, on ne les voit plus", explique-t-elle. C'est pourtant un moment crucial pour tous les jardiniers, ce qui est semé en mars et avril se récoltera ensuite jusqu'à l'automne.

 
Jardins familiaux de Kehl
Jardins familiaux de Kehl © Florence Grandon. France Télévisions.


Hayat et Hassan Laghaoui, 49 et 62 ans, habitants de Kehl-Sundheim  

Hassan Laghaoui nettoie son barbecue après le déjeuner, dimanche 5 avril 2020
Hassan Laghaoui nettoie son barbecue après le déjeuner, dimanche 5 avril 2020 © Florence Grandon. France Télévisions.
 

Un grand sourire sur les lèvres, Hayat explique que pour elle, professionnellement elle ne sait pas où elle va. Elle est vendeuse dans une parfumerie d'Offenbourg, au chômage technique depuis deux semaines, théoriquement jusqu'après les vacances de Pâques, "mais ma chef a fait une demande jusqu'au mois d'août, donc on verra bien. On vit dans un appartement à Kehl, alors le jardin ça nous fait à tous du bien."

Plus d'enfants dans le jardin, nous venons seulement tous les quatre.
- Hayat Laghaoui, jardinière de Kehl

Ils a fini leurs semis. Hassan continue de travailler, alors il passe le soir arroser les plantes, les salades et les semis. "La seule chose qui nous manque, ce sont tous les enfants de la famille que nous prenions avec nous au jardin, là maintenant nous venons seulement tous les quatre. Et puis bien sûr d'aller à Strasbourg, ça nous manque aussi : le boucher "Pro Inter" que j'aime beaucoup, et le marché de la Meinau tous les jeudis. Je passe sinon une fois par semaine faire les course à ma mère qui est très âgée. C'est un peu triste tout ça."

Nina et Alexander Kekalo, 70 et 64 ans, habitants de Kehl  

Nina Kekalo arrose ses tulipes, dimanche 5 avril 2020 à Kehl
Nina Kekalo arrose ses tulipes, dimanche 5 avril 2020 à Kehl © Florence Grandon. France Télévisions.
 


"On vient comme d'habitude, une fois tous les deux jours", dit Alexander calmement, avec un léger accent russe quand il s'exprime en allemand. "La crise sanitaire ne change pas nos habitudes. On a peur comme tout le monde, je vais faire les courses une fois par semaine seulement, très vite et en faisant bien attention." Les deux retraités partagent leur temps entre leur appartement de Kehl et leur petit jardin familial, à quelques kilomètres de la sortie de la ville, au milieu des champs et en bordure de la forêt du Rhin.

La crise ne change pas nos habitudes. Sauf les amis qui ne peuvent plus venir dans le jardin.
- Alexander Kekalo, jardinier amateur de Kehl

Ce qui change surtout, c'est l'interdiction de voir ou d'inviter des amis, y compris dans leur jardin, comme Alexandra Dzenisenja, musicienne et Biélorusse comme eux. Elle fait des concerts dans le monde entier, mais là elle est confinée chez elle à Strasbourg et ne peut plus venir voir ses amis à Kehl. Semis de tomates et poivrons, oignons, concombres, courges et courgettes en terre, tout est semé ou planté, ils n'ont pas chômé. Il y a même quelques petits oeufs dans le pommier, pour attendre Pâques.

Pour ce qui est des enfants et des petits-enfants, rien ne change. "Notre fils habite en Californie, il travaille chez Google et notre fille est en Pennsylvanie, alors on ne voit pas souvent nos petits-enfants. Mais par Internet, on se parle tous les jours, et ça au moins, ça ne change pas !", explique Nina. Tous les deux ont rendu visite à leur fils en Californie, "nous sommes revenus le 11 mars, un jour avant la fermeture de l'aéroport ! ils voulaient venir cet été, ou nous retourner les voir, mais on sait que ça ne sera pas possible.. c'est un peu triste, mais c'est comme ça". 

Le printemps reprend le dessus, les jardiniers se concentrent sur l'arrosage de leurs semis, les plantations, le débroussaillage. Les fleurs s'épanouissent, les oignons sont sortis de terre et les oiseaux chantent, de ce côté-là pas de changements.

 

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