Coronavirus : "l'hôpital public a été considéré comme une variable d'ajustement des finances publiques"

Dans le cadre du Forum européen de bioéthique, qui a lieu du 25 au 30 janvier en version digitale, nous avons rencontré Syamak Agha Babaei, médecin urgentiste aux CHU de Strasbourg, premier adjoint au maire de Strasbourg et vice-président de l’Eurométropole.

Les soignants sont en souffrance pendant la crise de la Covid-19.
Les soignants sont en souffrance pendant la crise de la Covid-19. © Vincent Isore - Maxppp

Pour la 11 édition, le Forum européen de bioéthique propose une thématique au cœur des préoccupations actuelles : « La Bioéthique en temps de crises ». Syamak Agha Babaei, médecin urgentiste aux CHU de Strasbourg, premier adjoint au maire de Strasbourg et vice-président de l’Eurométropole, interviendra vendredi 29 janvier à 16 heures lors de la conférence « Enjeux éthiques des décisions politiques », que vous pourrez (re)visionner en replay sur le site du forum.  

Doit-on faire confiance au vaccin ou s’en méfier ?

Confiance dans les vaccins ! Confiance, d’abord, parce que c’est nécessaire. L’histoire nous a montré que la vaccination pouvait venir à bout ou contrôler un certain nombre de maladies. Il y a des études sérieuses, parues dans des revues scientifiques de renom, qui permettent de faire confiance aux vaccins qui sont en place, ceux-ci sont passés par des phases et des tests de développement, y compris des tests sur des populations humaines. Les idées développées notamment dans les deux nouveaux vaccins ARN, existent déjà depuis 20 ans et ont été développées par des chercheurs. S’il y a un message à faire passer : vaccinons-nous !

 

Le système hospitalier est-il à bout de souffle ?

Le système hospitalier, avant d’être un système, ce sont des femmes et des hommes qui, tous les jours, se consacrent au service des autres. Ce que je veux dire, c’est que durant cette crise, malgré les nombreuses difficultés, ces femmes et ces hommes ont été à la hauteur. En termes de souplesse, d’agilité, d’organisation et de réorganisation, pour pouvoir au jour le jour modifier les organisations à l’intérieur des hôpitaux. Je le constate dans mon service des urgences, mais aussi dans tous les services hospitaliers, dans les cliniques. Ce n’est pas l’engagement des femmes et des hommes qui est en cause.

Trois questions posées à Syamak Agha Babaei, urgentiste et élu strasbourgeois ©France Télévisions

Par contre, on peut se poser la question sur la façon dont l’hôpital public a été considéré ces vingt dernières années : comme une variable d’ajustement des finances publiques. Priorité doit être donnée à notre avenir, à l’ensemble des générations, des plus jeunes aux aînés. Une société qui est digne est une société qui sait prendre soin des plus jeunes, des plus fragiles mais aussi des plus âgés, avec une science réaffirmée, des soins de pointe et une solidarité réaffirmée pour chaque génération.

Il faut replacer l’hôpital et l’accès aux soins dans le débat public, pour les prochaines élections, y compris présidentielles. Je rêve d’une élection présidentielle où l’on débattrait d’abord de la question de l’accès à la santé pour tous, sur tout le territoire français.

 

Le médecin est-il toujours en accord avec les décisions politiques ?

Le médecin et l’élu prennent des décisions politiques qui ont des dimensions et enjeux éthiques tous les jours. Pour ma part, je suis partagé entre mon travail d’élu et mon travail à l’hôpital, hier soir j’ai encore travaillé à l’hôpital, ce matin je suis à la mairie. Nos décisions ont des enjeux éthiques, notamment pendant la crise sanitaire. Il nous arrive tous les jours de devoir nous prononcer, à l’hôpital, par exemple pour des soins de réanimation sur un patient, il faut se poser la question si nous sommes délétères dans ce cas-là.

On se prononce aussi parfois sur des enjeux immédiats pour les familles, de la survie ou la perte d’un ou d’une proche. C’est une responsabilité qui est importante, nous avons besoin de plus de collégialité, plus de paroles, plus de formation.

A l’Eurométropole et à la mairie, nous prenons des décisions qui ont aussi des conséquences éthiques. Je me rappelle de ce qui s’est passé pendant le dernier mandat concernant l’interdiction de la mendicité agressive. Cette décision-là a un impact éthique immédiat. J’essaie de garder cela toujours en tête, pour les décisions auxquelles je participe et pour lesquelles je peux avoir une influence, je n’oublie jamais l’enjeu éthique, le bien commun, l’intérêt général. Je ne sais pas si j’y arrive à chaque fois, en tout cas c’est quelque chose que je me fixe comme boussole.

Consultez le programme du Forum européen de bioéthique

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
santé société politique