Dessin de Yannick Lefrançois dans les DNA : "le terme de censure est excessif, il n'y a pas de problème"

La polémique sur le financement de la mosquée Eyyub Sultan à Strasbourg (Bas-Rhin) est loin d'être retombée. Le dimanche 28 mars, un dessin à ce sujet n'a pas été publié dans les Dernières Nouvelles d'Alsace (DNA). Des internautes crient à la censure, ce que Yannick Lefrançois juge "excessif".

Le chantier de la mosquée Eyyub Sultan, à la Meinau, le 22 mars 2021.
Le chantier de la mosquée Eyyub Sultan, à la Meinau, le 22 mars 2021. © Karine Gélébart, FranceTélévisions

À Strasbourg (Bas-Rhin), le financement d'une mosquée continue à susciter la polémique tant à l'échelle locale que nationale. Un nouveau volet a été ouvert le dimanche 28 mars 2021 quand une caricature sur le sujet n'a pas été publiée dans les Dernières Nouvelles d'Alsace (DNA). C'est pourtant le cas chaque dimanche, dans la rubrique locale strasbourgeoise.

Ce dessin de Yannick Lefrançois est visible sur son compte Facebook (voir ci-dessous). C'est l'un des dessinateurs attitrés du quotidien régional. Sur celui-ci : la maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian, en robe verte. Elle a le pas léger, et un panier de fleurs au bras. "J'ai tout de suite vu que j'avais affaire à des gens sympathiques", s'exclame-t-elle en mettant de l'argent dans une tirelire en forme de mosquée. Les "personnes sympathiques" apparaissent dans la pénombre et ne semblent pas vraiment l'être : un représentant du culte musulman et le président turc Erdogan.
 


Dans l'édition des DNA de ce lundi 29 mars, on trouve une autre caricature à la page des chuchotements (comme chaque lundi). La thématique est la même, cette fois sous la forme d'un bras de fer.

Emmanuel Macron affronte Erdogan, qui paraît moins inquiétant que sur la caricature de dimanche. Sur leurs poings enserrés, une petite Jeanne Barseghian en train de sautiller. Elle est en tenue de ville et porte une besace remplie de fleurs, qu'elle lance à la volée. La maire de Strasbourg est donc au centre des deux dessins.

 

La caricature publiée lundi, assez semblable à la caricature non-publiée le dimanche.
La caricature publiée lundi, assez semblable à la caricature non-publiée le dimanche. © Dernières Nouvelles d'Alsace (DNA) & Yannick Lefrançois



Sur les réseaux sociaux, il y a presque un effet Streisand (partage en masse d'un contenu qu'on cherchait à écarter ou dissimuler). On y est prompt à soutenir le dessinateur et/ou hurler à la censure. Le conseiller municipal d'opposition Pierre Jakubowicz (LREM), notamment, a relayé ce dessin (voir son tweet ci-dessous). Il évoque la "liberté de caricaturer".
 


France 3 Alsace a contacté Yannick Lefrançois... qui désamorce toute polémique. Il s'étonne de ce "battage" et ne s'estime en rien censuré. "Ces deux dessins portent sur le même sujet, mais dans deux parutions différentes. Je connais bien la ligne éditoriale, je pensais que celui de dimanche ne poserait pas de problème. Il n'a pas été retenu par la rédaction, c'est tout. Ils ont le droit, il n'y a pas de problème avec ça. Je suis propriétaire de mes dessins, et je me réserve le droit de les publier sur mon Facebook. Je ne m'attendais pas à ce que ça provoque autant de réactions, ça c'est sûr..."

C'est donc une simple nouvelle polémique en ligne liée à la mosquée (voir son lieu de construction sur la carte ci-dessous). "C'est les réseaux sociaux, c'est comme ça. Quand je vois certaines personnes qui hurlent à l'attentat contre la liberté d'expression, la censure... C'est excessif, on n'est pas du tout dans ce sujet. C'est le jeu : je propose un dessin, ils peuvent refuser. Même s'il n'est pas publié, moi je le publie sur ma page : je le fais à chaque fois."
 


"En plus, c'est déjà arrivé avant, ça arrive. Mais sur des sujets moins brûlants. Là, ça provoque des réactions irrationnelles car des gens ont vu que le dessin n'est pas paru... et sur un sujet aussi brûlant, ils ont fait le rapprochement, et c'est parti en vrille. C'est dingue comme certaines personnes récupèrent un fait et s'en servent pour faire passer leur idéologie, leurs idées... et font des caisses avec ça. Ça m'échappe, ça provoque des remous, et je le regrette bien. Pas de quoi en faire tout un pataquès."

"Il n'y a rien d'autre à dire. Pour ce qui est de la liberté d'expression, je l'ai totalement. Il n'y a pas de problème, j'ai fait un seul et unique commentaire dans mon post Facebook : c'est le droit le plus strict de la rédaction de ne pas publier un dessin, et c'est mon droit absolu de le publier sur ma page. Je n'ai pas fait de commentaire désagréable vis-à-vis du journal car j'ai toujours gardé une loyauté absolue envers les DNA. Et je continuerai à le faire."
 

C'est déjà arrivé avant, ça arrive. Mais sur des sujets moins brûlants. Là, ça provoque des réactions irrationnelles...

Yannick Lefrançois, dessinateur des DNA


Il ne compte pas "en rajouter" en communiquant plus. De toute façon, les réseaux sociaux "passeront vite à autre chose". Sollicité par France 3 Alsace, le rédacteur en chef des DNA, Frédéric Vézard, n'a voulu faire aucun commentaire. Quoi qu'il en soit, on découvrira un nouveau dessin de Yannick Lefrançois dans les DNA, dès le dimanche 4 avril.

 

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