“L'ENA, une école qui coûte cher et où on n'apprend pas grand-chose”: en 2004, la promotion de Macron déjà très critique

Le bâtiment de l'ENA à Strasbourg / © Matthieu de Martignac / MaxPPP
Le bâtiment de l'ENA à Strasbourg / © Matthieu de Martignac / MaxPPP

Olivier Becht, député du Haut-Rhin (Agir), a étudié à l'ENA, à Strasbourg, entre 2002 et 2004, en même temps qu'Emmanuel Macron. Ils avaient signé à leur sortie de l'école, comme une grande partie de la promotion Léopold Sédar Senghor, un rapport critiquant cette formation.

Par M.C.

Le président de la République Emmanuel Macron avait prévu d'annoncer la suppression de l'ENA (Ecole nationale de l'administration) dans son allocution du lundi 15 avril. Mais l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris l'a contraint à reporter sine die cette annonce. L'ENA, symbole de la technocratie élitiste pour ses détracteurs est installée à Strasbourg depuis le début des années 1990.

La réalité, c’est qu’on n'apprend pas grand-chose à l’ENA
- Olivier Becht, énarque et député du Haut-Rhin -


Olivier Becht, député Agir Haut-Rhin (et président délégué de l'agglomération de Mulhouse) a intégré la prestigieuse école en 2002, en compagnie du futur président de la République Emmanuel Macron. Il fait partie de la fameuse promotion Léopold Sédar Senghor. Et visiblement, elle ne leur a pas laissé des souvenirs impérissables en termes d'apprentissage. Joint par France 3, l'élu alsacien revient sur ses années d'études strasbourgeoises, "l'impression d'un grand gâchis".

"La réalité c’est qu’on n'apprend pas grand-chose à l’ENA. J’ai été très très déçu de la scolarité, comme la plupart des membres de notre promotion dont fait partie Emmanuel Macron. On a tous rédigé, à notre sortie de l'école, un rapport qu’on a rendu à notre direction, en disant que cette scolarité coûtait chère et qu’elle ne servait à rien puisque qu’on n'apprenait pas grand-chose d’autre que ce qu’on apprenait à Sciences Po. Du coup, on avait l’impression d’un grand gâchis par rapport à ce qu’une école d’administration devait normalement apporter comme formation aux futurs cadres de la fonction publique." 
 

L'éventuelle suppression de l'école dans sa forme actuelle ne choque pas le député du Haut-Rhin, même si paradoxalement, il n'est pas forcément favorable à cette décision. Olivier Becht s'interroge sur ce qui pourrait la remplacer, rappelant que cette école a été créée en octobre 1945 par le Conseil national de la résistance, pour répondre à l’époque à la "crise des élites".

"Elle a apporté par rapport à ce système ancien, une sorte de méritocratie républicaine. Il ne faudrait pas revenir au modèle ancien, où la sélection était essentiellement de la cooptation. A l’époque les hauts fonctionnaires étaient recrutés par des concours de corps. Et assez curieusement dans ce type de concours, on se rendait compte que ceux qui étaient pris, c’étaient souvent les enfants de leurs parents...."  
 

"Mettre les futurs hauts fonctionnaires sur le terrain"

Selon Olivier Becht, la solution pourrait consister à rénover le modèle. "Le vrai problème de l’ENA, c’est qu’on a aujourd’hui des jeunes gens, qui à 24 ou 25 ans, sortent de l’ENA, et qui vont aller occuper des postes avec de hautes responsabilités dans les ministères ou les grands corps de la magistrature, sans avoir jamais passé une année sur le terrain, autrement que quelques mois à travers des stages. Et là, vous avez la déconnexion entre les postes décisionnels et la réalité que vivent les gens sur le terrain." 

"Il faut leur dire: «pendant dix ans, vous prenez un poste ou des postes au niveau local, et une fois que vous êtes confronté à ce que vivent les gens au quotidien, vous pouvez ensuite exercer des hautes magistratures, des postes d’administrateurs dans les ministères.» Si c’est pour juste faire un truc un peu démago en disant: «ça y est, on a supprimé l’ENA», et penser qu’à travers ça on aura résolu tous les problèmes du pays, on fait fausse route", conclut-il.

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