Groupes de niveau : "ça rajoute plus de problèmes", ce que veulent réellement les enseignants pour la rentrée 2024

Annoncée pour septembre 2024, la mise en place de groupes de niveau pour les classes de 6ᵉ et 5ᵉ passe mal auprès du corps enseignant. La profession, qui multiplie les appels à l'aide, souhaite faire entendre deux revendications majeures.

C'est l'une des grandes mesures du "choc des savoirs", porté par l'ancien ministre de l'Éducation nationale, Gabriel Attal. Les groupes de niveau seront mis en pratique à partir de septembre 2024 dans les classes de 6ᵉ et 5ᵉ. Les autres classes de collèges emboîteront le pas en 2025. Concrètement, les élèves seront divisés, selon leurs capacités scolaires, en trois groupes, pour les cours de français et de mathématiques.

La nouvelle est loin de faire l'unanimité chez les enseignants, qui y voient une incitation au tri social. "C'est de la ségrégation qui tire les élèves en difficulté vers le bas" explique Géraldine Delaye, secrétaire départementale de la FSU67. Ces groupes de niveau imposent également une réorganisation du corps enseignant avec un besoin de 170 nouveaux postes, rien qu'en Alsace.

La mesure est jugée contraire aux problèmes que rencontrent les enseignants. Pour France 3 Grand Est, le syndicat fait état des différentes revendications portées par la profession.

Plus de moyens humains

L'appel à la grève, jeudi 1ᵉʳ février, avait suscité partout en France une grande mobilisation du personnel de l'Éducation nationale. Depuis, rien n'a changé. Les enseignants déplorent toujours un cruel manque de personnel pour assurer l'éducation des élèves. "Il va y avoir 1100 élèves en moins en Alsace dans le premier degré (maternelle et primaire). Au lieu de maintenir les postes, le ministère a décidé d'en supprimer plusieurs pour réaliser des économies", indique Géraldine Delaye. Dans le Bas-Rhin, ce sont 40 classes qui n'existeront plus à partir de la rentrée 2024.

D'après le syndicat, cette baisse des effectifs met en péril les remplacements de professeurs. En cas d'absence de leur part, les élèves doivent être répartis dans d'autres classes, souvent au détriment de leur bon apprentissage. "Les élèves en difficulté sont les plus impactés par ces absences de professeur", explique-t-elle. "Les groupes de niveau, ça nous rajoute encore plus de problèmes." 

Pour les enseignants, ne pas avoir de remplaçant est synonyme de stress en plus, voire de souffrance. Certains culpabilisent d'être malades quand d'autres décident tout simplement de tourner la page face à la charge de travail qui augmente. Selon la FSU, le nombre de démissions a augmenté de 48 % entre 2022 et 2023 dans le Bas-Rhin.

2000 euros par mois pour 15 ans d'ancienneté

Aux manques de moyens matériels s'ajoute une autre contrainte pour la profession : les salaires. La thématique ne date pas d'hier, mais peine toujours à trouver écho auprès du ministère. Dans son projet de loi finance 2024, Emmanuel Macron consacre certes 3,6 milliards d'euros à la revalorisation des revenus des professeurs, mais cette mesure concerne essentiellement les entrants.

Toucher 2000 euros en ayant un Bac+5, c'est très difficile à entendre pour les enseignants

Géraldine Delaye, secrétaire départementale de la FSU67

"Aujourd'hui, un prof qui débute, touche 2000 euros net en prenant compte cette revalorisation. Mais un enseignant avec 15 ans d’ancienneté touchera lui aussi le même salaire", déplore la secrétaire départementale de la FSU. "Avec l'inflation, toucher 2000 euros en ayant un bac + 5, c'est très difficile à entendre pour les enseignants."

Ces conditions de travail ont des répercussions directes sur l'attractivité du métier. La question du renouvellement reste centrale pour les syndicats qui observent une baisse progressive du nombre d'entrants. "Il y a plus de postes offerts en concours que de personnes qui le passent", constate Géraldine Delaye. En Alsace, cette difficulté à recruter se note particulièrement dans les classes bilingues. Selon le FSU67, seuls 32 professeurs ont été recrutés en 2023 alors que 70 classes bilingues ont été ouvertes. Cette pénurie de professeurs titulaires a poussé le département à embaucher 28 enseignants contractuels.

Plusieurs grèves en prévision

En Alsace comme dans d'autres régions de France, le corps enseignant compte faire entendre son mécontentement ces prochains jours. Pour l'heure, des actions sont menées, de manière isolée et avec diverses revendications, dans plusieurs établissements du département. À Brumath ce jeudi 15 février, une journée "collège mort", soutenue par les parents d'élèves, a été mise en place pour dénoncer des manques de moyens. L'opération sera suivie vendredi à Schiltigheim par le collège Leclerc.

À l'échelle nationale, les mouvements sociaux devraient s'accentuer après les vacances de février. "Les établissements du second degré réfléchissent à se mettre en grève bientôt", confie Géraldine Delaye. De quoi entrevoir prochainement de nouveaux mouvements de grève, à l'image de ceux du 1ᵉʳ février.

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