Haut-Rhin : un Alsacien amputé du bras gauche en équipe de France de football handisport

L'année dernière, Frédéric Fuentes, habitant du Bonhomme (Haut-Rhin), intégrait l'EFFA, l’équipe de France de football des amputés. Il est le seul représentant du Grand Est, région dans laquelle il voudrait créer son propre club et va participer à la Champions League de football amputés 2021.

Frédéric Fuentes, gardien de l'équipe de France de football des amputés.
Frédéric Fuentes, gardien de l'équipe de France de football des amputés. © Frédéric Fuentes

"Tous sur un pied d'égalité". Voilà le slogan de l'EFFA, l’équipe de France de football des amputés. Une équipe créée en 2007, composée de sportifs amputés des membres inférieurs et supérieurs, à la suite d’accidents ou de maladies. Parmi la quarantaine de sélectionnés, Frédéric Fuentes.

"Je suis le seul à représenter le Grand Est, c’est une fierté", avance d’emblée cet habitant du Bonhomme, adepte des défis et du dépassement de soi, depuis que sa vie a basculé le 21 septembre 2014.

Une prothèse bionique

 

Chef d’équipe dans une entreprise de recyclage de matières plastiques à Sainte-Marie-aux-Mines, le père de famille de 32 ans, perd son bras gauche en tentant de débloquer un silo. Un accident du travail, à la suite duquel Frédéric Fuentes sera équipé d’une prothèse bionique, qu’il devra en partie financer à ses frais et pour laquelle il avait lancé une souscription en ligne.

"Aujourd’hui je vais bien, mais les douleurs sont toujours là", confie-t-il. Vivre avec le handicap, une épreuve du quotidien qu’il préfère aborder autant que possible avec optimisme. "Le handicap tout le monde pense que c’est un frein, alors qu’il faut le voir comme un appui".

Dans cette optique, loin de se laisser abattre, en novembre 2018, l’Alsacien donne de sa personne pour faire avancer la recherche. Il devient l’un des premiers amputés français à participer à un programme inédit lancé par le CNRS. La prothèse se commande en mobilisant un membre fantôme, grâce à des électrodes positionnées sur le muscle et reliées à un système d’intelligence artificielle. Bien loin du système traditionnel parfois compliqué à appréhender pour les personnes détentrices.

 

Plus récemment, fin 2020, le voilà investi pour promouvoir le football pour personnes amputeés. Une discipline officiellement lancée en 1980 à Seattle, par un Américain, Sir Don Bennett, lui-même handicapé et qui s’est depuis, largement développée avec des équipes de mieux en mieux entraînées et de plus en plus performantes au niveau mondial. En France, elle reste pourtant reléguée au niveau amateur.

"La fédération française de football et la fédération handisport ne jouent pas en notre faveur. Ils ne nous aident pas à recruter des joueurs alors qu'il y a beaucoup de personnes amputées dans notre pays. Nous ne sommes pas mis en valeur. Médiatiquement, on parle également très peu de nous", argumente Jérôme Venzo, président et entraineur adjoint de l'équipe tricolore.

Malgré tout, quelques clubs fleurissent dans l’Hexagone. Région parisienne, Marseille, Annecy, Nantes. Partout, sauf dans le Grand Est. "Il y a pourtant du potentiel", assure Frédéric Fuentes qui rêve de faire émerger la première équipe locale. Pour le sport, pour lui aussi.

L'équipe de France de football des amputés
L'équipe de France de football des amputés © Frédéric Fuentes

S'intégrer dans le sport est compliqué avec un handicap

A la différence de ses coéquipiers, le gardien n’a pas trouvé de structures amateurs ou professionnelles prêtes à l’accueillir pour qu’il puisse s’entraîner régulièrement. "Dans d’autres département, certains amputés sont dans des clubs de valides et jouent très bien. Je ne demande pas à être en première division. Juste pouvoir me préparer physiquement. Avec le handicap, trouver du travail c’est compliqué, mais s’intégrer dans le sport, ça l’est aussi".

Une fois par mois, pendant quelques jours, c’est à Annecy qu’il retrouve les couleurs tricolores. L’EFFA, association en passe de se structurer en fédération, y effectue des stages de préparation pour aborder les compétitions à venir.  "On est soudés. C’est le collectif. On oublie le handicap. On passe par-dessus ça. On se forme pour atteindre le haut-niveau. Représenter la France, c’est super et affronter les meilleurs clubs de chaque pays, ce n’est pas rien", savoure Frédéric. 

"Ça leur fait du bien de se retrouver. C'est un vrai soulagement de se restructurer dans le sport. Ils n'ont pas la même histoire, mais tous ont la même passion. C'est comme une seconde famille", renchérit le coach.

 

La Champions League de football amputés 2021

Dans 15 jours, direction la Turquie et Gaziantep pour la Champions League de football amputés. L’Alsacien y participera pour le compte du club de Jouy-le-Moutier (Val-d'Oise). Viendra ensuite, un autre gros morceau. La Coupe d’Europe, en Pologne.

"Alors que dans d’autres pays, les équipes comme la nôtre sont professionnelles, nous, on arrive en amateurs, mais on a des chances d’être classés", avance encore Frédéric Fuentes.

Les Français seront dans la poule de l'Angleterre et de la Grèce. Objectif : atteindre le quart de final et se qualifier pour la Coupe du monde, mais aussi "montrer que même sans avoir eu le maximum de soutien, on s’est formés et on est là".

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