"Ils attendaient les joueurs pour les frapper" : trois jeunes blessés dans une agression après un match de football à Strasbourg

Ce samedi 9 décembre, une violente agression a éclaté à Strasbourg après un match de football entre l'International Meinau Académie et l'entente Kometrib, qui regroupe plusieurs clubs du nord de l'Alsace. Trois jeunes de Kometrib ont été hospitalisés.

Les U19 de Kometrib n'imaginaient à aucun moment que leur match face à l'International Meinau Académie finirait dans un déferlement de violence ce samedi 9 décembre 2023. Cette section de jeunes qui regroupe cinq clubs du nord du Bas-Rhin (FC Kindwiller, FC Obermodern, US Ettendorf, US Bouxwiller et l'US Imbsheim) se déplaçait à Strasbourg pour la 14e journée de la Poule C de Régional 2. 

Le coup d'envoi a été donné à 13h, au stade de la Canardière, au sud de Strasbourg. Si la première mi-temps s'est déroulée sans accroc, la situation s'est tendue en deuxième période. "Un groupe de supporters est venu et a copieusement insulté nos joueurs", raconte Delhia Lageard, dirigeante du club, présente sur place. Le coach de Kometrib a alors demandé la suspension du match et le capitaine de l'Inter Meinau est venu calmer ses supporters, en vain.

Les choses ont surtout dégénéré après le coup de sifflet final. "Certains supporters ont commencé à pénétrer sur le terrain et deux-trois mots ont été prononcés. Là, on a emmené nos joueurs dans le vestiaire, leur disant de ne pas rentrer dans leur jeu", continue la dirigeante. Des dirigeants du club strasbourgeois ont même conseillé aux visiteurs de rapidement quitter les lieux.

"D'habitude, je ne reste pas dans le vestiaire après le match. Mais samedi, j'ai senti que quelque chose n'allait pas. Je ne me suis pas trompée puisque trois jeunes sont entrés dans le vestiaire", se souvient Delhia Lageard.

À la sortie des vestiaires, une vingtaine de jeunes attendaient les joueurs de Kometrib pour en découdre avec eux. "Ils ne recherchaient pas quelqu'un en particulier. Les trois qui sont sortis en premier, ce sont les trois qui ont le plus pris. Certains ont même enlevé leur survêtement pour ne pas être identifiés comme étant des joueurs du club", nous confie-t-on.

On s'est enfermé dans le vestiaire en attendant les secours

Dalhia Lageard

Dirigeante de l'entente Kometrib

Sur Facebook, l'entente Kometrib décrit des "agressions physiques gratuites", évoquant un traumatisme crânien, des dents cassées, des contusions ou encore des hématomes sous cutanés. Trois joueurs ont été pris en charge par les pompiers et conduits à l'hôpital, dont un en urgence relative. "Les agresseurs sont partis d'eux-mêmes, très vite. On a récupéré nos joueurs et on s'est enfermé dans le vestiaire en attendant les secours", rapporte Dalhia Lageard. Le club ainsi que deux familles ont porté plainte.

D'après plusieurs témoins, il se pourrait qu'un ou plusieurs joueurs de l'Internationale Meinau Académie aient fait partie du groupe d'agresseurs. "Il y a déjà eu des cas de violences et des matches arrêtés cette saison, mais c'était plus en territoire lorrain. En Alsace, on a moins l'habitude", indique un membre de la Ligue du Grand Est de football qui précise que les insultes ne sont pas liées à un fait de jeu, l'International Meinau Académie ayant remporté le match 2-1.

"Je suis dans le football depuis des années et je n'ai jamais vu autant de violence. Ce n'est pas une embrouille de fin de match comme il y en a, malheureusement, tous les week-ends. Là, ils attendaient les joueurs pour les frapper. C'était un guet-apens", affirme Delhia Lageard.

Des "supporters" devenus difficiles à gérer

"C'est devenu difficile de contenir les supporters. Il y a de plus en plus d'événements qui arrivent depuis les tribunes, qui sont extérieurs aux 22 joueurs sur le terrain. D'habitude, ça s'arrête aux insultes et ça ne va pas plus loin", poursuit le membre de la Ligue.

Il ne faut pas dire "je supprime l'équipe et on n'en parle plus"

Ligue du Grand Est de football

Après cette agression, l'Inter Meinau a informé la Ligue qu'elle retirait son équipe U19 jusqu'à la fin de la saison. "Je ne sais pas si les décisions sportives auraient pu aller jusque-là. C'est une décision qui va dans le bon sens, en quelque sorte. Mais il ne faut pas dire "je supprime l'équipe et on n'en parle plus"", prévient la Ligue.

Ce lundi 11 décembre au soir, les membres de l'entente Kometrib doivent se retrouver afin de réunir toutes les pièces à destination de la commission de discipline qui se prononcera sur le cas dans les prochaines semaines. Une réunion de crise est également prévue du côté de l'Inter Meinau.

Si des licenciés sont reconnus parmi les fauteurs de troubles, ils seront sanctionnés sur des mois voire des années

Ligue du Grand Est de football

"La commission de discipline met beaucoup en avant son indépendance. Par le passé, après ce genre de cas, il y a eu des matches à huis clos, un retrait d'équipe, des pertes de matches... Mais si des licenciés sont reconnus parmi les fauteurs de troubles, ils seront sanctionnés sur des mois voire des années", anticipe la Ligue. D'après nos informations, trois personnes ont été interpellées suite à cette rixe et l'enquête suit son cours.

Côté Kometrib, l'entente a annoncé dans son post Facebook qu'elle cessera toutes ses activités "tant qu'il n'y aura pas de réaction forte au niveau des instances". "Ce qu'on veut, c'est que plus personne ne subisse la même chose. Parce que samedi, on est venus avec 14 joueurs et j'ai vraiment eu peur qu'on ne revienne pas à 14", lâche Delhia Lageard au bord des larmes.

"Il faut que partout, là-bas ou ailleurs, on puisse jouer sereinement au football. Il fallait aller porter plainte parce que ça dépasse le football. Il y a un petit peu de désespoir mais il faut aller de l'avant. Pour les joueurs, ils ont beau être des grands gaillards, ils ont été bien bouleversés par tout ça", continue la dirigeante.

Un immense soutien de tout le football alsacien

Sous la publication, de très nombreux clubs de football alsaciens ont affiché leur soutien à Kometrib dans des dizaines de commentaires. "Les partages, les commentaires, c'est extraordinaire. C'est ce qui me fait tenir", salue Delhia Lageard. "Nous soutenons Kometrib avant qu'il y ait un drame ! Notre prochain match doit se jouer à Inter Meinau mais nous allons le boycotter car la violence n'a rien à voir dans le sport. J'espère que tout coeur que les autres équipes se joignent à nous", nous fait savoir Guigo Allenbach, l'entraîneur des U19 de l'Entente Espoirs 16, basé à Phalsbourg (Moselle).

Un climat tendu à l'Inter Meinau ? 

Par ailleurs, depuis les événements du 9 décembre, la Ligue a reçu de nombreux témoignages de dirigeants relatant des faits similaires lors de rencontres avec l'Internationale Meinau Académie.

"On n'avait pas d'échos jusqu'ici comme quoi il y avait un contexte délétère. En tout cas, rien qui nous pousse à envoyer un délégué sur place. Mais aujourd'hui, quand une personne ose parler, ça libère la parole d'autres. Il y a un vrai ras-le-bol. Et on n'y sera pas insensible", répond la Ligue.

La Ligue se réserver le droit de s'associer à la plainte de Kometrib

Le mardi 12 décembre au matin, la Ligue du Grand Est de football a communiqué sur ces faits. Sur son site internet, elle indique "se réserver le droit de s'associer au dépôt de plainte du club et de se porter partie civile pour témoigner de sa solidarité dans cette affaire". On apprend également que la Ligue a déjà obtenu "quelques informations" sur le déroulé des faits et que les commissions compétentes "feront leur travail de la manière la plus consciencieuse afin de faire toute la lumière sur les faits à partir des différents témoignages." 

Les faits ont été signalés à la Fédération française de football (FFF) qui a récemment créé une plateforme dédiée. Elle permet, à leur demande, un accompagnement des victimes par l'association France Victimes.

On ne peut pas nier les évidences, des gens se sont fait frapper

Bruno Demargne

Vice-président de l'International Meinau Académie

Joint le même jour, le vice-président de l'International Meinau Académie Bruno Demargne est revenu sur les faits et sur les suites. "Il y a des éléments à charge légitimes. On ne peut pas nier les évidences, des gens se sont fait frapper. On sera sanctionnés par la commission de discipline qui nous convoquera bientôt", répond-il.

Des agresseurs, pas des supporters

Bruno Demargne ajoute que lors du match, c'est bien groupe de jeunes du quartier, extérieurs au club, qui sont venus aux abords du terrain. "Il y a eu des mots. Ces jeunes ne venaient pas pour le match mais pour chercher l'adversité", continue le vice-président qui s'est entrenu avec Kometrib pour lui présenter ces excuses et son soutien. "Quand on reçoit, on doit assurer la sécurité du club visiteur. Je n'ai pas le droit de fermer le stade qui appartient à la collectivité." 

"Des gens agissent de façon animale et primaire, c'est d'une tristesse absolue. J'ai une pensée particulière pour Kometrib et pour les gens de mon club qui sont depuis menacés par SMS ou sur les réseaux. Je ne suis pas dans la communication, je suis dans le deuil", ajoute-t-il.

Un communiqué de Kometrib est attendu dans la journée.

Article mis à jour le 12 décembre à 9h45 avec le communiqué de la Ligue puis à 12h40 avec la réaction de Bruno Demargne.

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