Incendie chez OVH : protection des données, serveurs informatiques... un expert de l'université de Strasbourg décrypte

Après l'incendie du 10 mars qui a détruit des serveurs d'OVH à Strasbourg (Bas-Rhin), des sites Internet sont inaccessibles. Faute de protection suffisante de leurs données hébergées sur ces serveurs. Romaric David, responsable du centre de données de l'université de Strasbourg (Unistra), décrypte.

Le batiment SBG2 d'OVH a été complètement détruit par l'incendie, la structure métallique s'est affaissée.
Le batiment SBG2 d'OVH a été complètement détruit par l'incendie, la structure métallique s'est affaissée. © Jérôme Gosset, France Télévisions

Suite à l'incendie qui a détruit une partie des serveurs du géant français OVH, à Strasbourg (Bas-Rhin), le mercredi 10 mars 2021, de nombreux sites Internet et/ou entreprises, institutions, etc. ont du mal à fonctionner à cause de l'indisponibilité - ou la disparition - de leurs données.

Les répercussions de cet incendie pourtant très localisé, quartier Port du Rhin (voir sur la carte ci-dessous), ont été majeures. Romaric David, responsable du centre de données de l'université de Strasbourg (Unistra), donne quelques explications techniques à France 3 Alsace.
 


Qu'est-ce qu'un centre de donnés (data center) ?

"C'est une infrastructure technique qui vise à héberger un grand nombre de serveurs informatiques. Pour cela, il faut des armoires permettant de ranger ces serveurs, et il faut amener beaucoup d'électricité et évacuer beaucoup de chaleur. C'est donc un ensemble bâtiment-informatique."
 

Et à quoi ça sert ? 

"Le data center regroupe l'ensemble de l'informatique centrale de l'université, et au fur et à mesure, l'informatique des composantes des laboratoires de recherche associés."
 

 

Comment celui de l'Unistra est protégé ?

"Il date de 2019. En cas de panne de courant, des gros moteurs prendront le relais pour fournir du courant aux serveurs et assurer la continuité de fonctionnement. Ce n'est encore jamais arrivé, mais ces groupes électrogènes sont testés régulièrement. L'ensemble des installations informatiques et techniques est sous extinction incendie à l'azote."

"Une salle permet de produire de l'eau à seize degrés qui va aller refroidir les serveurs. L'intérêt, c'est qu'il n'y a aucun groupe frigorifique pour refroidir le data center. Ça a un côté écoresponsable."
 

Romaric David, dans la salle contrôlant la réfrigération du centre de données de l'université de Strasbourg.
Romaric David, dans la salle contrôlant la réfrigération du centre de données de l'université de Strasbourg. © Thierry Sitter, France Télévisions


Comment éviter ce qui s'est passé chez OVH ?

"J'aimerais apporter mon soutien et ma solidarité aux équipes techniques d'OVH, qui passent - je pense - un très mauvais moment... Pour se prémunir de tels incidents, on fait au mieux. C'est à dire qu'on essaie de mettre en place une détection incendie. Malgré tout, il se peut que ça ne fonctionne pas."
 

Faut-il multiplier les sauvegardes ?

"La meilleure protection qu'on peut avoir aujourd'hui quand on héberge ses données dans un data center, c'est de les héberger dans un second data center. Au cas cas où le premier connaitrait un problème. À l'université, les applications les plus sensibles sont aussi hébergées sur un serveur de reprise d'activité..."
 

Quels sont les principaux risques pour un data center ?

"Quand on conçoit un data center, on essaie d'assurer sa résilience. C'est à dire sa capacité à fonctionner même en situation dégradée. Soit un risque physique - il n'y a plus de courant ou de froid ou bien un incendie - soit une attaque informatique." 
 

Le dirigeant d'OVH, Octave Klaba, a communiqué sur les suites de cet incendie via le réseau social Twitter (consulter la vidéo ci-dessous).
 


Les redémarrages des serveurs épargnés chez OVH pourraient intervenir à compter du début de la semaine du 15 mars.
 

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