Jardiner en hiver : c'est le moment de tailler et de multiplier vos saules

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Écrit par Sophie Gueffier
Une ligne de saules étêtés
Une ligne de saules étêtés © CC Mabel Amber/Pixabay

La neige recouvre encore peut-être vos sols ? Ce n'est pas un temps à mettre un jardinier dehors. Et pourtant si, il y a bien quelques travaux à faire dans son jardin. Si vous avez un saule, c'est le moment de l'étêter ou de le multiplier.

Pour les jardiniers qui se morfondent en ce froid mois de janvier 2021, notre jardinier en chef Éric Charton, animateur du club relais jardin et compostage à l'Eurométropole de Strasbourg , nous propose d'aller nous occuper de nos saules. J'ai bien écrit saules ([sô-l']) et pas sols ([sou]).

Un brin de culture

Dans l'histoire de la paysannerie française, il était d'usage de tailler les saules chaque année. Une fois, les branches de la tête taillées, les paysans les désignaient sous le sobriquet de "têtards", (rien à voir avec les petits batraciens) ou de trognes.

On utilise aussi le verbe rabattre, pour évoquer la taille des branches de tête. Bien sûr, ils ne faisaient pas cela pour le simple plaisir, mais bien parce qu'ils tiraient profit du bois : le plus ancien pour le chauffage, le plus jeune pour la vannerie. Au-delà de ces pratiques qui persistent, il reste de nombreux partisans de l'étêtage. Les jeunes branches peuvent servir de complément de fourrage dans certains élevages et les branches broyées se transforment en paillage autrement nommé bois raméal fragmenté (BRS).

Dans les vignes, les viticulteurs avisés, se servent de l'osier du saule pour fabriquer les liens qui attachent les branches des ceps sur les palissages; Au bout d'un an, la nature aura fait son travail de recyclage et il faudra en mettre de nouveaux. Enfin, vous pouvez aussi utiliser les branchages pour faire des bordures, des treillis, des fascines ou des plessis (et ça rime en plus). Très à la mode dans les jardins de curés, ce sont des bordures tressées, plus ou moins hautes. Vous pouvez même vous servir de boutures de saules en guise de piquets, elles reprendront au printemps et donneront vie à vos tressages. Ce sont des techniques utilisées parfois pour consolider les berges des cours d'eau.

Si aucun de ces usages ne vous intéresse, libre à vous de laisser vivre votre saule tranquille sans jamais le tailler. Surtout s'il s'agit d'un pleureur ou d'une crevette qui sont plus destinés à décorer votre jardin. Laissez-les donc pousser en paix. 

Quelques notions de mathématiques

Ce sont les délices de la langue française. Avez-vous noté que quelques termes de botanique ressemblent à ceux des mathématiques : taille et multiplication sont les deux exercices du moment. Attention, si vous choisissez de tailler votre saule pour la première fois, il vous faudra vous y astreindre ensuite chaque année. Faute de quoi, les souches risquent de ne pas être assez solides pour supporter les branches croissantes qui s'alourdissent. 

Les vertus du saule

Si on le connaît pleureur, on connait un peu moins ses nombreuses qualités. Celles de son tronc tout d'abord, qui est souvent creux et accueille tout un écosystème au jardin. Celles de ses branches ensuite, qui une fois broyées (où l'on retrouve notre BRS expliqué ci-dessus) viennent enrichir la qualité du sol. Celles de son écorce ensuite qui contiennent de l'acide salicylique, utilisé notamment dans la composition de l'aspirine. Et enfin celles de ses feuilles qui contiennent aussi ce même acide et qui, lorsqu'on les fait tremper toute une nuit dans l'eau produisent un excellent facilitateur de bouturage. 

Mais il ne sera même pas utile d'utiliser cette eau de saule, si vous voulez multiplier vos saules, ça reprend avec une facilité déconcertante:

  • Il vous suffira de prendre un bois de l'année que vous venez de tailler, de 30 centimètres à 1 mètre et de l'enfoncer à mi-hauteur dans le sol. 
  • Si votre bois mesure moins de 2 centimètres de diamètre, faites un pré trou et c'est tout. S'il fait plus de 2 centimètres de diamètre, préparez un trou à l'aide d'une barre à mine et enfoncer votre bouture à l'aide d'un marteau. 
  • Enlevez ensuite tous les bourgeons des côtés à la main et conservez ceux de la tête. Une astuce d'Éric, c'est de faire avec votre main comme le pompier fait sur sa barre : serrez la main contre la branche et haut en bas pour retirer doucement les jeunes bourgeons. Et Éric, qui ne manque pas de culture - le comble pour un jardinier - en profite pour expliquer que ce même geste effectué sur un cep de vigne porte le nom d'épamprage. Et toc, j'ai encore appris un mot !

Le saule est peu encombrant, pour peu qu'on le rabatte, et très utile aux jardiniers, alors vous n'avez plus qu'à choisir parmi les variétés : saule blanc, argenté ou pourpre, saule marsault, osier-saule ou des vanniers, saule pleureur, saule crevette ou tortueux et parmi les teintes naturelles de son osier jaune ou rouge. Il y en a pour tous les goûts.

Concluons avec une touche de poésie offerte par notre ami Eric Charton qui continue à imaginer ses faux dictons : "Les gammes de saules sont les clés d'un jardin en harmonie et à la portée de tous !"

 

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