Précarité menstruelle : pour la sénatrice alsacienne Patricia Schillinger, "on n'est qu'au début du combat"

C'est la journée de la précarité menstruelle ce vendredi 28 mai. L'occasion de faire le point sur les difficultés rencontrées par les femmes pour se fournir en protections périodiques et aussi sur le regard de la société concernant les règles, un sujet encore trop souvent tabou. 

Un distributeur de protections périodiques gratuites a été installé dans les locaux du service de santé universitaire à Strasbourg
Un distributeur de protections périodiques gratuites a été installé dans les locaux du service de santé universitaire à Strasbourg © Service de santé universitaire

Une Française sur trois déclare avoir déjà été confrontée à la précarité menstruelle : autrement dit ne pas être sereine financièrement au moment d'acheter des protections périodiques voire devoir renoncer à son achat, selon une enquête Ifop publiée en mars 2021. Parmi elles, 10% y sont confrontées quotidiennement soit quasi deux millions de femmes. Un sujet dont on ne parlait pas il y a encore quelques années mais qui devient public depuis trois ans environ, porté par les associations féministes notamment.

Un combat aussi pour la sénatrice du Haut-Rhin Patricia Schillinger (groupe des démocrates, progressistes et indépendants), à qui le gouvernement a demandé un rapport publié à l'automne 2019 et qui préconisait la gratuité des protections périodiques notamment pour les plus précaires : les femmes SDF, incarcérées, étudiantes entre autre.

Des morceaux de draps en guise de protection hygiénique

"J'ai auditionné de nombreuses femmes pour ce rapport et j'ai eu des réponses stupéfiantes, certaines étudiantes notamment ne mettaient qu'une serviette par jour, d'autres découpaient des morceaux de draps!" Patricia Schillinger est donc ravie que le sujet soit désormais abordé dans les médias. "Mais je ne serai satisfaite que lorsqu'il y aura des distributeurs dans tous les toilettes de France. A France 3, vous en avez? me demande-t-elle du tac-au-tac, un brin malicieusement, euh non, en effet. Alors il y a encore du boulot! La priorité absolue, ce sont les établissements scolaires", conclut-elle.

Un appel entendu au niveau du gouvernement puisque la ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal a demandé aux universités de rendre accessibles et gratuites les protections périodiques.

 

Parce que cette précarité touche particulièrement les jeunes : 15% des jeunes femmes de moins de 25 ans déclarent ne pas changer de protection hygiénique aussi souvent qu'elles le souhaiteraient. Il faut savoir qu'une femme aura ses règles environ 500 fois dans sa vie et que les protections périodiques lui coûteront entre 8.000 et 23.000 euros. Alors, le ministère de la Santé et le ministère chargé de l’Égalité femmes-hommes ont annoncé une enveloppe de cinq millions d'euros pour lutter contre cette précarité, source de discrimination.

 

Des distributeurs à la rentrée dans les couloirs de l'Université de Strasbourg

L'Université de Strasbourg a justement profité de la journée de la précarité menstruelle pour annoncer qu'elle mettait ce dispositif en place dès la rentrée prochaine. "Dans un objectif de lutte contre la précarité menstruelle, il sera possible pour toutes les étudiantes d’accéder à des protections hygiéniques gratuites (et respectueuses de l’environnement), dès la rentrée 2021", est-il précisé dans le post de l'Université. Par ailleurs, un point de collecte est mis en place ce vendredi 28 mai à Gallia pour récolter des dons de protections périodiques.

 

"Nous avons d'ailleurs déjà un distributeur de protections périodiques dans notre service, précise le docteur Aude Rochoux, directrice du service de santé universitaire situé rue de Palerme à Strasbourg. Et visiblement il fonctionne, puisqu'il est régulièrement réapprovisionné. Nous avons le projet d'en mettre davantage à la rentrée. Nous sommes en ce moment à la recherche des lieux les plus adéquats, accessibles à tous et faciles à réapprovisionner".

27 distributeurs ont également été mis à disposition des étudiantes ces dernières semaines dans les couloirs des résidences universitaires alsaciennes. Une initiative du CROUS qui propose aussi régulièrement des distributions de serviettes lavables et de coupes hygiéniques, les cups. "Nous sommes très vigilants par ailleurs à ce que nous proposons, les serviettes lavables sont fabriquées en France dans des entreprises locales et les cups sont à 100% en silicone médical", explique Lucie Lecoq-Simon, adjointe au service vie du CROUS de Strasbourg. La prochaine distribution sur les campus alsaciens devrait avoir lieu à la rentrée de septembre.

 

"T'as tes règles ou quoi?"

Les femmes qui ne peuvent se permettre d'acheter des protections périodiques les remplacent aussi et majoritairement par du papier toilette ou des serviettes en papier. Une précarité menstruelle qui interroge sur le regard que porte notre société sur les règles des femmes, un sujet encore trop souvent tabou.

D'après une enquête Ifop, (réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 17 au 28 avril 2021 auprès d’un échantillon de 1 010 femmes, représentatif de la population féminine française âgée de 15 à 49 ans résidant en France métropolitaine) pour Intimina, une femme sur deux déclare subir des règles douloureuses, des douleurs sous-estimées par leur entourage masculin pour 46% d'entre elles. Qui n'a pas déjà entendu le fameux : "t'as tes règles ou quoi?" Résultat, 9 femmes sur 10 souhaiteraient ne plus avoir leurs règles. Comme le rappelle Patricia Schillinger, on n'est qu'au début du combat.

 

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
société femmes université éducation