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Se reconstruire après l'attentat de Strasbourg: “toutes les victimes n'ont pas été prises en charge”

L'Espace d’information et d'accompagnement (EIA) est ouvert depuis le 19 décembre en relais du Centre d’accueil des familles (CAF). Photo d'archives. / © Sébastien Bozon / AFP Photo
L'Espace d’information et d'accompagnement (EIA) est ouvert depuis le 19 décembre en relais du Centre d’accueil des familles (CAF). Photo d'archives. / © Sébastien Bozon / AFP Photo

Depuis son ouverture le 19 décembre 2018, l'Espace d'information et d'accompagnement des victimes de l'attentat de Strasbourg a reçu 330 visites. Il joue un rôle indispensable pour le suivi des victimes.

Par Aurélia Abdelbost

"Une victime, c'est toute personne qui exprime un besoin en lien avec l'attentat que ce soit par exemple la famille de victimes, des personnes qui sont restées confinées ou des personnes qui habitaient à proximité", explique Sandra Di Rosa, magistrate déléguée à la politique associative et à l'aide aux victimes. Au quatrième étage du bâtiment qui abrite l'Ecole de musique du centre de Strasbourg, rue du Jeu-des-Enfants, se trouve l'Espace d'information et d'accompagnement (EIA) qui accueille les victimes de l'attentat de Strasbourg.

Faouzia Sarahoui distingue deux profils parmi les victimes: "Il y a ceux qui font très vite les démarches et ceux qui se disent: je ne dors pas bien mais ça va passer, c'est surmontable. Ils vont peut-être attendre six mois voire un an et la situation sera encore plus compliquée."
 

"Des personnes ont même abandonné leur travail"

Un stress post-traumatique ne se déclare pas forcément dans l'immédiat. "Un stress post-traumatique peut se déclarer dans les 72 heures comme deux ans après. Le cerveau ne sait pas comment gérer l'idée de mort, d'effroi. Parfois ça peut rester dans un coin du cerveau mais d'autres fois, cela peut affecter les autres sphères de la personnalité. Nous ne sommes pas égaux, chacun va réagir différemment", explique Faouzia Sarahoui, qui est également psychologue. Il n'y a donc pas de critères précis pour définir si l'aide d'un psychologue est nécessaire mais elle conseille de venir: "Si vous constatez des éléments inhabituels, persistants ou des gênes.
 

Les personnes qui sont venues à l'EIA sont principalement des femmes (73%) et des personnes entre 25 et 45 ans, il y a peu de mineurs (9%). "Certaines ne se sentent pas bien, ne mangent pas bien, n'ont pas la force d'aller au travail", indique Faouzia Sarahoui, coordinatrice de l'EIA. Elle poursuit: "Des personnes ont même abandonné leur travail. Elles peuvent avoir des problèmes au travail et même au sein de leur famille car leur hypervigilance peut être mal comprise." Les victimes ont aussi parfois du mal à se considérer comme tel et ont énormément de pudeur. Un trait caractéristique des Alsaciens pour Faouzia Sarahoui. "On a même une personne qui est venue en nous disant: je ne demande rien, je venais juste m'assurer que les gens sont bien pris en charge", se souvient-elle.
 

Ce dispositif relaie le Centre d’accueil des familles (CAF) depuis le 19 décembre 2018, il est piloté conjointement par l'Etat et le ministère de la Justice et  animé par deux associations d'Aide aux victimes (SOS Aide aux habitants et Viaduq 67). L'EIA a reçu 330 visites, soit 101 personnes en décembre et 229 en janvier. Il restera ouvert tant que les victimes en auront besoin car il faut du temps : "On sait qu'il y a encore à Strasbourg des victimes qui n'ont pas encore été prises en charge", souligne Chantal Cutajar, adjointe au maire en charge de l'aide aux victimes. 
 

"Par exemple, les gens n'imaginent pas qu'ils peuvent recevoir une indemnisation"

Pour que les personnes se sentent en à l'aise et en sécurité, il est important qu'elles puissent revoir les mêmes visages. "La prise en charge doit se faire de façon continue, pour ne pas renforcer le sentiment d'abandon, et doit être globale. Les gens n'ont pas idée de tout ce qui se déclenche. Il faut un dispositif complet qui ne soit pas défaillant dans un domaine ou un autre", explique Sabrina Belluci, à la tête de l'association Viaduq 67, qui co-anime l'EIA.

Les bureaux s'enchaînent dans le couloir des locaux de l'EIA. Ce "guichet unique", selon l'expression de Sandra Di Rosa, abrite des psychologues, des travailleurs sociaux, des juristes, des avocats, des psychiatres, des agents de la CAF, de la CPAM, etc. 266 entretiens psychologiques et 76 entretiens juridiques ont été réalisés depuis l'ouverture de l'EIA. Si les personnes viennent d'abord pour être écoutées par un psychologue, elles peuvent trouver toute sorte d'aide, confidentielle et gratuite.
L'Espace d'information et d'accueil est piloté par l'Etat et le ministère de la Justice et est animé par deux associations. De gauche à droite : Chantal Cutajar - adjointe au maire en charge de l'aide aux victimes, Sandra Di Rosa - magistrate déléguée à la politique associative et à l'aide aux victimes, Faouzia Sahraoui - coordinatrice de l'EIA et directrice de l'association SOS Aide aux habitants et Sabrina Bellucci, directrice de Viaduq 67. / © Aurélia Abdelbost / France 3 Alsace
L'Espace d'information et d'accueil est piloté par l'Etat et le ministère de la Justice et est animé par deux associations. De gauche à droite : Chantal Cutajar - adjointe au maire en charge de l'aide aux victimes, Sandra Di Rosa - magistrate déléguée à la politique associative et à l'aide aux victimes, Faouzia Sahraoui - coordinatrice de l'EIA et directrice de l'association SOS Aide aux habitants et Sabrina Bellucci, directrice de Viaduq 67. / © Aurélia Abdelbost / France 3 Alsace

C'est un lieu d'information aussi. "Par exemple, les gens n'imaginent pas qu'ils peuvent recevoir une indemnisation sur d'autres postes que la perte de salaire à cause d'un arrêt maladie. Certains me disent : ce que j'ai eu n'est rien par rapport aux autres. Mais c'est un droit qui leur est ouvert", souligne Laura Facy, juriste à l'EIA. Le Fonds de Garantie indemnise les victimes d'attentats et d'infractions de droit commun. Il repose sur la solidarité des citoyens et est financé par une contribution de l’ensemble des assurés d’un montant de 5,90 euros.

Cet organisme public doit définir un périmètre de danger qui permettra de dire si les personnes présentes sur les lieux de l'attentat peuvent prétendre à une indemnisation. Laura Facy accompagne les victimes dans ces démarches comme dans le dépôt de plainte permettant de se constituer partie civile. "Plus on dépose plainte tôt, plus c'est facile car on se souvient mieux des faits. Et puis il y a un dossier à constituer, il faut prouver qu'on était sur place avec des tickets de tram par exemple", précise-t-elle.
 

Tout a été pensé pour faciliter les démarches et accompagner les victimes avec bienveillance. La salle de réunion qui fait office de grande salle d'attente comporte même une table avec des jeux pour enfants. "C'est assez incroyable le dispositif qui s'est mis en place à Strasbourg, il y a eu une implication immédiate de tous", fait remarquer Sabrina Bellucci. Avant de prendre la direction de l'association Viaduq 67, elle a été directrice générale de France Victimes et a connu plusieurs attentats. "Après les attentats du Bataclan, le dispositif a été long à se mettre en place. Ici tout est allé très vite", indique-t-elle. "C'est triste à dire mais on était prêt", lâche la magistrate déléguée à la politique associative et à l'aide aux victimes. Depuis deux ans, la préfecture, la justice et la ville (qui a mis à disposition le local) ont travaillé ensemble avec les associations d'aide aux victimes pour préparer ce dispositif.
 

Informations pratiques

Accueil sur rendez-vous et sur place au 6 rue du Jeu-des-Enfants, à Strasbourg.

Horaires : le lundi de 14h à 18h, le mardi de 9h à 12h et de 14h à 17h, le mercredi et le jeudi de 9h à 12h et de 14h à 18h, le vendredi de 10h à 18h et le samedi de 9h à 12h.

Contact :  06.01.70.53.37 ou contact@eiastrasbourg.org
 

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