Strasbourg : "une agression antisémite" envers le colleur d'affiches, selon son avocat et le Crif

Publié le Mis à jour le

Le caractère antisémite de l'agression à l'encontre du mari de la candidate LR Audrey Rozenhaft, jeudi 2 juin à Strasbourg-Hautepierre, ne fait aucun doute pour le Crif Alsace. Ni pour l'avocat de la victime, Raphaël Nisand, qui va compléter la plainte par la circonstance aggravante d'antisémitisme.

Jeudi 2 juin, Liron Rozenhaft, mari d'Audrey Rozenhaft, candidate Les Républicains (LR) aux législatives dans la première circonscription du Bas-Rhin (Strasbourg), a été tabassé alors qu'il collait des affiches électorales de son épouse dans le quartier de Strasbourg-Hautepierre.

Une agression clairement de nature antisémite, selon le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) Alsace, mais également pour l'avocat Raphaël Nisand, à qui Audrey Rozenhaft a demandé de défendre son mari.

Alors qu'une dizaine de jeunes le rouaient de coups, Liron Rozenhaft aurait entendu ses agresseurs l'insulter et le taxer de "sale juif". Ce qu'il a ensuite raconté à plusieurs reprises.

Le CRIF Alsace se portera partie civile

Dans un communiqué, le Crif Alsace annonce qu'il "s'est associé à la plainte de la victime et se portera partie civile, compte tenu de la circonstance aggravante d’antisémitisme."  

"J'imagine mal Liron Rozenhaft inventer cela, ce ne serait absolument pas dans l'intérêt de son épouse, en pleine campagne électorale" précise à France 3 Alsace Pierre Haas, délégué du CRIF Alsace et auteur du communiqué. "Pour lui, c'était clair, et il en a été profondément choqué."

"Nous avons demandé à Audrey si elle nous autorisait à communiquer" autour de cette affaire, "et à nous porter partie civile avec son mari. Comme elle est en campagne, nous ne voulions pas interférer. Mais dès son accord, on a sorti le communiqué pour exprimer notre émotion."

Un déchaînement purement antisémite pour l'avocat Raphaël Nisand

Pour l'avocat de Liron Rozenhaft, Raphaël Nisand, également, le caractère antisémite ne fait aucun doute. "Ce n'est pas la petite altercation entre colleurs d'affiches" précise-t-il. "Il y a eu lynchage à partir du moment où il a décliné son identité de mari de la candidate. C'est là que ça s'est déchaîné, un déchaînement purement antisémite."

Les faits se sont produits en début de soirée, alors que Liron Rozenhaft venait de coller une affiche sur le panneau officiel devant l'école maternelle et primaire Rosa Parks, à Strasbourg-Hautepierre. L'avocat raconte : "Deux jeunes sur un scooter passent et redécollent l'affiche directement derrière lui."  

Jamais il n'aurait été agressé comme ça s'ils n'avaient pas su qu'il était juif.  

Raphaël Nisand, avocat

"Il entreprend de recoller, poursuit Raphaël Nisand, et leur explique qu'il est le mari de la candidate. Et qu'il est interdit de décoller des affiches sur les panneaux officiels. Là, ils disparaissent immédiatement, et reviennent à dix, pour lui tomber dessus." A coups de pieds et de poings, sous le regard d'une trentaine de témoins.

L'avocat, ancien maire socialiste de Schiltigheim, n'exclut pas une composante politique dans ce "lynchage". Dans un texte publié ce dimanche sur le site du magazine Tribune Juive, il dénonce un "fascisme d'extrême gauche" qu'il perçoit dans ce quartier de Hautepierre, où Jean-Luc Mélanchon est arrivé largement en tête lors du premier tour de l'élection présidentielle.

"Je parle de fascisme, parce que dans ce quartier, on interdit l'expression d'idée politique autre que celle qui est dominante" explique-t-il. "Mais en tout cas, il y a de l'antisémitisme, car jamais il n'aurait été agressé comme ça s'ils n'avaient pas su qu'il était juif." 

Une prise de parole des élus LR

De leur côté, quelques élus LR ont organisé ce 6 juin au matin un temps de "prise de parole" sur le lieu même des événements. "Nous avons tout d'abord voulu affirmer notre soutien et notre solidarité à Audrey" explique l'un des organisateurs, Jean-Philippe Vetter, conseiller d'Alsace et président du groupe LR au conseil municipal de Strasbourg.

L'autre objectif était "d'aider symboliquement Audrey à recoller l'affiche." Et la troisième, de "porter un message républicain" dans ce quartier où l'arrachage des affiches électorales priverait la population d'un "accès à une vie démocratique." 

Audrey a réaffirmé que Liron a entendu des insultes de 'sale juif'.

Jean-Philippe Vetter

Cette petite cérémonie ne mettait pas la cause antisémite du déferlement de violence contre Liron Rozenhaft particulièrement en avant. Mais pour Audrey Rozenhaft, elle a été l'occasion de "réaffirmer que Liron a entendu des insultes de 'sale juif'" tandis qu'il était passé à tabac.

Aujourd'hui, la victime est toujours dans un état préoccupant. "Audrey a été contrainte de l'amener trois fois à l'hôpital ces trois derniers jours" précise Raphaël Nisand.

Dimanche soir, Liron Rozenhaft a été réhospitalisé, suite à de graves problèmes pulmonaires détectés lors d'examens complémentaires. L'avocat veut faire réévaluer son incapacité temporaire de travail, seulement fixée à cinq jours.

Et dès que son état le permettra, Raphaël Nisand souhaite aussi l'accompagner au commissariat, afin de compléter la plainte, déposée vendredi dernier, par la circonstance aggravante d'antisémitisme.

Dans son communiqué, le CRIF Alsace en appelle "à une réponse judiciaire forte, à la mesure de la gravité de l'agression."