Strasbourg : Alsace-Cardio teste votre cholestérol pour sa journée du cœur vendredi 6 mars

Dans un service de cardiologie. / © Thierry Thore / MAXPPP
Dans un service de cardiologie. / © Thierry Thore / MAXPPP

La journée du cœur va se dérouler vendredi 6 mars à la salle de la Bourse à Strasbourg. Elle a pour thème en cette année 2020 : le cholestérol. Alsace-Cardio, une association de personnes concernées par les problèmes cardiaques qui intervient dans les hôpitaux et dans la société, l'organise.

Par Claude Lepiouff

En partenariat avec sa fédération Alliance du Cœur, Alsace-Cardio va proposer aux Strasbourgeois de participer à la journée du cœur vendredi 6 mars 2020 à partir de 9h, à la salle de la Bourse. Après le diabète en 2019, elle sera consacrée cette année au cholestérol. L’association réunit des personnes qui ont été ou sont toujours confrontées à des problèmes cardiovasculaires. Beaucoup de ses membres sont des malades ayant subi une opération chirurgicale, des pontages, des changements de valve cardiaque ou qui ont des problèmes d’aorte. D’autres membres sont des proches de personnes qui ont ou ont eu ces ennuis voire qui en sont décédées.



Des motivations liées à des situations vécues

Comme Christiane Vonthron, 63 ans, qui s’est impliquée pour des raisons familiales : «Je me suis senti touchée par les maladies du cœur parce que j’ai un frère qui a fait un arrêt cardiaque à l’âge de 30 ans sur un terrain de foot et qu’on a tenté de réanimer. Mais au bout de trois minutes, la réanimation s'est compliquée et par la suite mon frère n’a plus pu parler. Aujourd’hui, il est dans un EHPAD à Ribeauvillé. C’est ma mère de 85 ans qui le promène trois fois par semaine.»

J’ai subi un quadruple pontage coronarien.
- Pierre Virtel, vice-président d'Alsace-Cardio


Pierre Virtel, lui est vice-président de l’association, ce retraité hyperactif de 75 ans est diabétique depuis l’enfance. En 1996, à cause de sa maladie, il a été amputé : "J’ai perdu mes cinq orteils du pied droit et j’ai subi un quadruple pontage coronarien. J’ai perdu de l’assurance pour me déplacer. Je fais de la gym pour rester en forme et continuer à bouger." et le vice-président ne pratique pas seul son activité physique : "Pour lutter contre la sédentarité des personnes malades, nous organisons dans le Nord-Alsace, mais aussi à Colmar et à Mulhouse, des séances de gym douce. A chacun sa gym, c’est selon les problèmes, à la hanche, dans le dos ou pour la respiration."


"Un contre-pouvoir afin de défendre le droit des patients"

Alsace-Cardio a reçu un agrément du ministère de la Santé qui lui permet d’être représentante des usagers dans les hôpitaux. Elle peut examiner leur situation et pointer les cas de dysfonctionnement. Dans le Haut-Rhin et dans le Bas-Rhin, elle est présente dans 7 établissements publics ou privés. Elle visite des patients qui ont des problèmes d’hospitalisation, et pour Pierre Virtel, des problèmes, il y en a : "Avec le manque de personnel, le ras-le-bol des médecins et le trop peu de moyens pour acheter du matériel, il y a beaucoup à faire. On trouve même des patients qui sont venus pour une opération qui est finalement reportée car il manque quelque-chose."

L'association participe aussi au dépistage, elle compte parmi ses 230 membres, 8 infirmières qui mesurent la glycémie et relèvent la tension artérielle lors de manifestations de santé organisées dans des villes d’Alsace. Christiane Vonthron est l'une d'entre-elles. Aujourd'hui retraitée, elle a travaillé quarante ans au service de chirurgie de l’hôpital Pasteur de Colmar : "Nous faisons du dépistage du diabète et de l’hypertension. En mai prochain par exemple, nous allons tenir un stand à la Foir'Expo du Parc Expo de Mulhouse, nous allons agir sur le terrain, à deux infirmières pendant une dizaine de jours. Il y a énormément de gens qui ont du cholestérol et du diabète, beaucoup ne le savent même pas, certains refusent de le savoir, ils occultent ou le prennent à la légère."

Les associations de malades devraient pouvoir intervenir dans les politiques de santé.
- Gérald Roul, professeur en cardiologie de l’hôpital civil de Strasbourg


Le professeur en cardiologie de l’hôpital civil de Strasbourg, Gérald Roul, est spécialiste de l’insuffisance cardiaque. Il connaît bien Alsace-Cardio et considère qu’elle joue un rôle important : "Elle permet une représentation des malades auprès des acteurs locaux de la santé, comme l'agence régionale de santé (ARS). Elle a un rôle de formation aux gestes d’urgence et fait de la prévention car nombre de membres, d’anciens malades peuvent témoigner de leur expérience. Dans la société, l'association soutient l’importance d’un sujet de santé : le cœur malade. Les associations de malades devraient pouvoir intervenir dans les politiques de santé de par leur expérience. Elle devrait être un contre-pouvoir afin de défendre le droit des patients."


"Le bon cholestérol c'est un 35 tonnes... Le mauvais c'est une camionnette"

Le cholestérol est le thème de la journée de ce vendredi mais en quoi est-il si dangereux ? "L’athéromatose est une maladie chronique", explique Gérald Roul. "C’est un dépôt de graisse sur les artères de gros et moyen calibre, l’aorte, les artères des jambes et les coronaires, dans les zones d’accélération du sang. La maladie infiltre l’intérieur de la paroi. Elle est responsable de l’infarctus du myocarde et le cholestérol est l’un des facteurs de promotion. Elle n’est pas douloureuse en soi mais on peut souffrir de ses conséquences inflammatoires.» 

Mais il n'y a pas un mais des cholestérols. Le bon cholestérol est favorable à la santé. Le professeur utilise une métaphore du transport routier : "On différencie le bon et le mauvais cholestérol mais ce n’est qu’une façon de parler. Les transporteurs ne sont pas les même. Le bon, c’est un 35 tonnes, il passe bien dans les tuyaux. Le mauvais, c’est une camionnette et avec trop de camionnettes, les dernières qui arrivent ne peuvent plus s’en sortir et cela provoquent une réaction inflammatoire."
 

12.500 morts par an des suites d'une maladie cardio-neurovasculaire

Les maladies cardio-neurovasculaires (MCNV) représentent la deuxième cause de mortalité en France comme dans la région. Les derniers chiffres disponibles, issus d'une étude de l'Inserm, datent de la période 2011 à 2013. Chaque année, au cours de ces années, 12.500 personnes sont mortes des suites d’une MCNV dans la région Grand Est. Dans le Bas-Rhin et dans le Haut-Rhin, le taux de mortalité est ainsi "significativement supérieur au niveau observé en France métropolitaine". Pour l’Inserm ces mauvais chiffres sont liés au mode de vie. Cependant depuis le début des années 2000, cette mortalité diminue. 

L’âge aussi joue un rôle non négligeable et il est non modifiable.
- Gérald Roul, professeur en cardiologie de l’hôpital civil de Strasbourg


Cette situation défavorable en Alsace pour les MCNV est donc en partie due à un excès de cholestérol. "Dans certaines zones géographiques, le cholestérol est plus important", précise Gérald Roul. "L’âge aussi joue un rôle non négligeable et il est non modifiable. Le cholestérol touche les sujets âgés. D’autres paramètres viennent favoriser la maladie comme la malbouffe, le gras, le tabac, l’absence d’exercices physiques et l’hypertension artérielle. Certains individus sont prédisposés génétiquement mais c’est très rare."

Les problèmes de cholestérol peuvent être d'origine génétique

Pourtant, le président d'Alsace-Cardio, Daniel Emmendoerffer, 75 ans, a bien eu un problème cardiaque du au cholestérol et d’origine génétique. "En 2001, j’avais 62 ans, ça m’est arrivé un vendredi 13 qui était aussi un vendredi Saint", se souvient ce retraité d’EDF-GDF, à la tête de l’association depuis 2008. "J’étais seul à la maison, j’avais des douleurs à l’estomac. J’ai voulu marcher en ville, à Munster, j’ai fait une crise. J’étais à 200 mètres de chez moi, j’ai réussi à parcourir une partie du chemin et à 50 mètres de la maison, un voisin est venu m’aider à rentrer. Il a appelé la permanence du cabinet médical et puis on m’a envoyé aux urgences, j’ai subi un triple pontage coronarien."

Le président conclut : "Je n’ai pas eu de séquelles contrairement à mon père qui en est mort à 62 ans. Mes deux sœurs ont aussi des problèmes cardiaques. J’ai élevé mes deux filles en faisant très attention à l’alimentation, elles sont en bonne santé, pourtant, elles sont déjà grand-mères."  Après la journée du cœur de Strasbourg, Daniel Emmendoerffer organisera une nouvelle manifestation en octobre à Colmar.

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