Strasbourg : il passe d'apprenti à patron d'un magasin de costumes haut de gamme

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Écrit par Sabine Pfeiffer
Manuel Engelhard, l'apprenti devenu patron
Manuel Engelhard, l'apprenti devenu patron © Manuel Engelhard

Arrivé comme apprenti en 2008, Manuel Engelhard n’est jamais reparti de JP Costumes, petite entreprise de grossiste de vêtements de marques pour hommes. Douze ans plus tard, il se retrouve aux commandes. Mais doit essuyer les plâtres dès le jour du rachat, pour cause de 3e confinement.

L’adresse est presque confidentielle, "au rez-de-chaussée d’une maison de maître du quartier du Contades, à Strasbourg", au 12 boulevard Ohmacht. JP Costumes est un appartement, transformé en magasin d’exposition. Un showroom où le client peut prendre le temps de choisir et d’essayer chemises, costumes ou chaussures dans une atmosphère intimiste. Et, si besoin, se faire prendre les mesures en vue de retouches, ou pour commander des pièces sur-mesure.

"Notre premier job : on était grossiste" explique Manuel Engelhard, le nouveau maître des lieux. "On achetait des vêtements de marque, et on les revendait à d’autres magasins." C’était encore le cas lorsque lui-même est arrivé en tant qu’apprenti. Mais rapidement, la petite entreprise a évolué en lieu de vente directe, assez unique en son genre. "Depuis une dizaine d’années, on travaille directement avec les particuliers." 

Un apprenti devenu repreneur

Lui-même a accompagné cette progression. "Je me suis formé ici, et j’ai participé aux différentes étapes de l’entreprise, et à l’évolution du showroom", raconte-t-il. Sans avoir jamais eu l’envie d’aller voir ailleurs. Car avec son patron, créateur de la société, l’entente est excellente : "On s’est bien trouvés, tous les deux, et on a développé l’affaire et le concept ensemble." 

On s'est bien trouvés, tous les deux, et on a développé le concept ensemble.

Manuel Engelhard, nouveau patron de JP Costumes

Une entente telle que, lorsque son patron envisage de prendre une pré-retraite, son ancien apprenti fait figure de successeur naturel. "Je savais qu’à un moment, il me laisserait l’affaire. Depuis le début, je travaillais comme si c’était mon entreprise" reconnaît-il. 

Une belle reprise, véritable cauchemar de bizuth

Survient le premier confinement, et une période de vaches maigres. "On a deux cibles de clientèle" explique Manuel Engelhard. "Ceux qui mettent un costume comme d’autres leur bleu de travail : les banquiers, les commerciaux, etc. Mais ils sont restés chez eux, au chômage ou en télétravail." Et l’autre cible, "ceux qui cherchent un costume de mariage" avait également décalé ses achats, pour cause d’annulations ou de reports des festivités.

D’abord prévue pour l’automne 2020, la reprise de JP Costumes est donc décalée de six mois, dans l’espoir que la crise sanitaire serait dépassée. "On avait acté auprès du notaire que la vente se déroulerait le 30 mars 2021 à 15 heures", précise Manuel Engelhard. Tout se passe comme prévu, et suivent quelques heures d’euphorie : "tout va bien, tout est beau, tout est mignon." Jusqu’à ce que, ce même jour à 20 heures, le président de la République annonce le troisième confinement, "et la re-fermeture des commerces non essentiels."

Il fallait trouver des solutions pour survivre.

Manuel Engelhard, nouveau patron de JP Costumes

Pour le tout nouveau patron, c’est l’épreuve du feu. Financière et émotionnelle. Il a le sentiment très fort d’avoir "repris une entreprise de famille, avec l’ensemble de ses salariés. Une société familiale où les parents ont réussi à pérenniser la structure." Et donc, d’avoir "moins droit à l’échec."

Mais en tant que "nouvelle structure", les aides auxquelles il peut prétendre sont limitées. "Il fallait donc trouver des solutions pour survivre" mais aussi sauver les emplois de ses trois collaborateurs, et ceux "des tailleurs sous-traitants, des fabricants et des transporteurs." Toute une chaîne dont il se sent soudain profondément responsable.

Après le click and collect, la reprise de la vente directe

Histoire de garder la tête hors de l'eau, il lance donc du click and collect et de la vente à distance. Mais abandonne ces pis-aller dès que la situation retourne à la normale, car "ce n'est pas le même métier." Rapidement, JP Costumes revient à ce qui fait son ADN : le contact direct avec le client, l’accompagnement et les conseils.  

Un client qui peut venir aux heures d’ouverture du showroom, mais également sur rendez-vous, "même le dimanche". Et bénéficier des dernières collections haut de gamme à prix préférentiels. "On n’a pas d’intermédiaires, on peut vendre moins cher" explique Manuel Engelhard, qui estime qu’au final, "on s’en est bien sortis. Et on a eu de la chance, les clients ont répondu présent."

A nouveau, le bouche à oreille fonctionne, et les salons de mariage, lieux privilégiés pour se faire connaître, ont repris. Près de six mois après ses débuts en tant que chef d’entreprise, Manuel Engelhard se sent un peu plus serein, et en terrain connu. "Les achats, la comptabilité, je m’en occupais déjà avant. Et un collaborateurs en qui j’ai confiance me seconde."

Mais il n'oublie pas son "devoir de réussite" par rapport à son ancien patron puis collaborateur, qui lui téléphone encore "plusieurs fois par jour". Par ailleurs, parmi les six membres actuels de l’équipe, trois sont des alternants. Car, fort de sa propre expérience, l'apprentissage, Manuel Engelhard y croit. "Pendant huit ans, j’ai donné des cours à des apprentis dans le cadre de la CCI (Chambre de commerce et d’industrie)" confie-t-il. "Je crois en l’apprentissage. Il y a vraiment quelque chose à faire."

 

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