Strasbourg - Ma thèse en 180 secondes : Inès Jorge l'emporte en nous parlant des batteries de voitures électriques

Inès Jorge a remporté la finale régionale de Ma thèse en 180 secondes, jeudi 18 mars. Ingénieure en génie électrique en deuxième année de doctorat à l'université de Strasbourg, elle a vulgarisé ses recherches sur l'autonomie des batteries de voitures électriques.

L'autonomie des batteries de voitures électriques, un thème crucial pour la transition écologique.
L'autonomie des batteries de voitures électriques, un thème crucial pour la transition écologique. © Capture d'écran, Jardin des sciences de l'Unistra via Youtube

Un éclair de génie aura permis à Inès Jorge de vulgariser l'objet de sa thèse, portant sur "la maintenance prévisionnelle des batteries au lithium dans les véhicules électriques". Elle est doctorante à l'université de Strasbourg (Bas-Rhin, voir sur la carte ci-dessous), au sein du laboratoire ICube, et plus précisément à l'Institut national des sciences appliquées (Insa). Elle a présenté sa thèse dans le cadre de Ma thèse en 180 secondes (MT180). Elle en a remporté la finale régionale, le jeudi 18 mars 2021.

Le but, on le rappelle, est de résumer en trois minutes une thèse (préparée au cours d'un doctorat, titre universitaire le plus élevé) qui prend trois à quatre années pour être finalisée. Ceci devant un aréopage de personnes non-spécialisées dans ce thème, qui doivent pourtant pouvoir tout comprendre. Coronavirus oblige, le public et une partie du jury se trouvaient derrière l'écran.
 


Au cours de ces trois minutes (à retrouver dans la vidéo ci-dessous), on apprend que la fin de la commercialisation des véhicules thermiques est prévue pour 2040, au profit des véhicules électriques (entre autres). Mais les batteries de ces derniers manquent d'autonomie et sont chères. À l'aide de batteries miniatures et de l'intelligence artificielle, la doctorante travaille sur un modèle informatique pour prédire leur fin de vie. Car c'est un enjeu de la transition écologique, de notre avenir à tous et toutes.

Comportement de la personne au volant, tenue de route, météo : tout cela influe sur l'usure de la batterie. Compilées et analysées, les données de vieillissement - que partagent rarement les constructeurs automobiles - permettraient de générer des conseils personnalisés pour préserver la durée de vie de sa batterie. Résumer tout ça avec si peu de temps est donc un exercice peu aisé, pourtant réussi avec brio par Inès Jorge. France 3 Alsace lui a demandé comment ça s'était passé.
 


Quel est votre parcours ?

"Je ne suis pas de la région alsacienne, j'ai fait mes études à Dijon, de la maternelle à la prépa. Dès la terminale - j'ai eu mon bac S en 2014 - je savais que je voulais intégrer une école d'ingénieurs. J'ai candidaté à l'Insa en deuxième année de prépa, ce qui m'a permis d'intégrer l'école directement en troisième année de génie électrique. J'y ai fait mon cursus en trois ans, y compris un semestre en Erasmus - je suis partie au bon moment - en Espagne."

"J'ai fait mon stage de fin d'études à Paris, dans une entreprise fabriquant des enceintes audio haut de gamme. J'ai pu me familiariser avec les batteries, et commencer à m'y intéresser. Mon professeur référent à Strasbourg m'a proposé de poursuivre mes travaux sur les batteries dans le cadre d'une thèse. J'ai un peu hésité, longuement réfléchi, car ce n'était pas forcément ce que j'avais prévu."
 

Les fameuses mini-batteries sur lesquelles Inès Jorge accomplit ses mesures.
Les fameuses mini-batteries sur lesquelles Inès Jorge accomplit ses mesures. © Inès Jorge


"Et j'ai accepté : ça me permettait d'approfondir mes connaissances en programmation informatique, de bénéficier d'un accompagnement de qualité, de garder un pied dans la vie étudiante tout en me professionnalisant... Et retourner à Strasbourg : c'est une belle ville où j'ai envie de rester." 
 

Comment vous êtes-vous retrouvée à faire MT180 ? 

"J'ai eu envie de m'essayer à cet exercice. Quand on fait un doctorat, on se rend compte que c'est un challenge de faire comprendre son sujet, ce n'est pas facile. J'étais un peu frustrée de ne pas savoir expliquer ce que je faisais. Donc ça me paraissait être un bon défi, j'en avais entendu parler par d'autres étudiants. Et j'ai toujours aimé communiquer, partager. J'ai donc appris à synthétiser mon travail, en simplifiant sans infantiliser non plus."
 

Savoir vulgariser et vendre son sujet, pas réciter un texte banal... / Gif Les Simpson via GIPHY


À quoi ressemblait votre entraînement ?

"On a eu deux journées de formation. On nous avait demandé de venir avec une ébauche - trois minutes tiennent sur une feuille A4 - et on partageait nos textes en groupe avec les autres candidats. C'était constructif, on bénéficiait de retours bienveillants entre nous. J'ai utilisé certains de ces conseils pour retravailler mon premier jet. La deuxième journée, nous avons bénéficié des conseils du metteur en scène Christophe Muller. On a travaillé sur la voix, sur notre gestuelle : il ne s'agit pas de répéter bêtement le texte qu'on a préparé, il faut le faire vivre."

"Ça a pris un paquet d'heures, et le travail s'est fait petit à petit. Mon premier jet m'avait pris une bonne semaine. Le retravailler a pris du temps : ce n'est pas simple, c'est un travail à faire sur soi. Une fois mon texte finalisé, ce n'était pas très compliqué car il était dans ma tête. Je me suis mise à le réciter au quotidien : c'était un automatisme. En faisant mes trajets à vélo, en me brossant les dents, en prenant le tramway... Le masque y a d'ailleurs été bien pratique : les passagers ne se rendaient pas compte que je parlais toute seule..."
 

Auriez-vous aimé caser un élément supplémentaire ?

"Tout était déjà contenu dans mon premier jet : je n'ai eu qu'à reformuler. J'ai dit tout ce qui me tenait à coeur. Introduire un élément supplémentaire, ça aurait été d'emblée plus technique. Il m'aurait fallu beaucoup plus de temps pour expliquer, et il y aurait eu le risque de vite se perdre."
 

Je me suis mise à réciter mon texte au quotidien : c'était un automatisme.

Inès Jorge, finaliste régionale de Ma thèse en 180 secondes à l'Unistra

 

Qu'est-ce que le distanciel a changé ?

"Ce n'est pas le même stress, mais il y en a quand même : il faut savoir fixer la caméra... Et c'était en une seule prise, alors que d'habitude, je fais 40.000 coupures - pour effacer mes 'euh' par exemple. En tout cas, ça a été super formateur. S'exprimer ainsi n'est jamais facile, même si on l'a déjà fait pour des présentations d'articles, des exposés... Mais j'aimerais bien que tout ça soit bientôt derrière nous, pour qu'on retrouve nos amphithéâtres avec du public."
 

Vous avez gagné : quelle est la suite ?

"Là, je me remets de mes émotions... La suite, c'est la demi-finale nationale qui a lieu le 1er avril. On sait que ce sera rude, mais c'est une fierté de représenter notre université."
 

L'ordinateur avec lequel Inès Jorge planche sur sa thèse en génie électrique.
L'ordinateur avec lequel Inès Jorge planche sur sa thèse en génie électrique. © Inès Jorge

 

Qui aimeriez-vous remercier ?

"Les équipes du Jardin des sciences de l'Unistra ont été super efficaces. Mon directeur de thèse et mes encadrants m'ont encouragée à le faire, car c'est hyper important de savoir vulgariser nos travaux. Mon copain qui est hanté par mon discours après m'avoir aidée, soutenue, filmée, fait des retours... Après moi, c'est celui qui connaît le mieux mon discours. Et mes parents, mes frères et soeurs, ma tante, pour leurs encouragements..."


Si Inès Jorge a remporté le premier prix du jury, c'est François Claeys qui a gagné le deuxième prix du jury ainsi que celui des internautes. En trois minutes et tout en rimes, il a présenté avec poésie la réaction en chaîne conduisant à la fission nucléaire, son objet de thèse...
 

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