TRIBUNE - Zone à faibles émissions, interdiction du diesel à Strasbourg : les médecins veulent "des actes"

Thomas Bourdrel, médecin radiologue et fondateur du collectif Strasbourg Respire, signe une tribune avec plusieurs collègues, que France 3 Alsace publie en exclusivité ce samedi 6 mars. Il veut la mise en place rapide d'une zone à faibles émissions (ZFE), qui figurait au programme de la maire.

À long terme, la pollution de l'air engendre des pathologies graves sur les poumons, le coeur, et le cerveau.
À long terme, la pollution de l'air engendre des pathologies graves sur les poumons, le coeur, et le cerveau. © Christin Klose, MaxPPP

L'agglomération strasbourgeoise est trop polluée, et il est urgent d'agir pour que ça change. Voilà, en substance, le message que veut faire passer le médecin radiologue Thomas Bourdrel. Fondateur du collectif Strasbourg Respire (Bas-Rhin), il estime urgent de rendre l'air plus propre dans la capitale alsacienne. L'une des villes les plus polluées de France.

Via sa tribune publiée en exclusivité sur France 3 Alsace ce samedi 6 mars 2021, il appelle Jeanne Barseghian (EELV) à appliquer le programme qui l'a fait élire en juin 2020. Qui prévoyait la poursuite de la mise en place d'une zone à faibles émissions (ZFE). Le calendrier de la ville est plus ambitieux que celui de l'Eurométropole (voir sa localisation sur la carte ci-dessous), où les écologistes - 40 - n'ont pas la majorité des 99 sièges.
 


"C'est la suite de notre appel de 2015, avec 120 signataires", explique le docteur. "Il faut des mesures fortes pour lutter contre la pollution de l'air. C'est une étape cruciale. Strasbourg s'est engagée à mettre en place une ZFE, comme onze autres villes. Actuellement, on tergiverse à cause d'une levée de boucliers d'élus, alors qu'il y a l'obligation de le faire." Il pointe le report pour janvier 2022 (au lieu de 2021) de l'instauration de la ZFE à Strasbourg. Les débats entre élu(e)s sur l'harmonisation du calendrier à la ville et à l'Eurométropole lui fait craindre un nouveau report, d'où ce coup de pression.

À terme, c'est l'interdiction dans l'Eurométropole de tout véhicule roulant au diesel qui est prévue. "Les moteurs diesel récents polluent six fois plus que les moteurs à essence, leur filtre n'est pas efficace car le moteur n'a pas le temps de chauffer lors des trajets courts en ville. Si on les retire, c'est 60% des émissions de dioxyde d'azote en moins." La voiture n'est pas la seule en cause : Thomas Bourdrel plaide pour accompagner les ménages devant acquérir un véhicule plus propre. "Il faut aussi arrêter le chauffage collectif au bois, surveiller les industries..."
 

D'ici 2025, chacune des catégories Crit'air 5 à 2 aura été progressivement interdite dans la ville de Strasbourg, soit 80% des véhicules actuellement existants. Le calendrier n'est pas arrêté pour l'Eurométropole.
D'ici 2025, chacune des catégories Crit'air 5 à 2 aura été progressivement interdite dans la ville de Strasbourg, soit 80% des véhicules actuellement existants. Le calendrier n'est pas arrêté pour l'Eurométropole. © Manuel Ruch, France Télévisions


"C'est comme si l'eau du robinet de Strasbourg n'était pas potable. Eh bien c'est pareil avec l'air. Le problème n'est pas les pics de pollution, mais vivre 10 ans avec un air pollué. Les conséquences pour la santé sont importantes : cancers du poumon, maladies cardiaques et neurologiques. La pollution passe même chez l'enfant in utero." Voici sa tribune, et les signataires de celle-ci.
 


TRIBUNE - Pollution de l'air, impact sanitaire, ZFE : après les paroles, des actes

"Les semaines dernières, Strasbourg et l’Alsace, une fois de plus, malgré le soleil tant attendu, ont dépassé pendant plusieurs jours les seuils d’alerte de pollution aux particules fines. Ces pics de pollution sont responsables de décompensations de maladies chroniques : plus de crise d’asthme, plus de risque d’infarctus, plus d’accidents vasculaires cérébraux. Notons qu’une partie des particules fines en cause dans ces récents pics de pollution sont des poussières de sable désertique qui ne sont pas les plus dangereuses, en effet, toutes les particules ne se valent pas en termes de toxicité. Les particules de combustion issues du trafic routier, chauffage au bois, incinération, sont de loin les plus dangereuses pour la santé humaine.

Nous, médecins sur le terrain, particulièrement mobilisés dans le cadre de la pandémie Covid-19, en contact quotidiennement avec nos patients, rappelons que la pollution quotidienne, pollution dite de fond, à savoir l’air que nous respirons tous les jours est bien plus délétère au long terme que les pics de pollution, aggravant les maladies cardio-vasculaires, maladies respiratoires, maladies neurodégénératives, cancers... Nous savons de longue date que les enfants également sont touchés dès leur plus jeune âge, y compris in-utero, avec des répercussions sur le poids de naissance ainsi que sur la prématurité.

Nous tirons la sonnette d’alarme depuis plus de 20 ans. Certains d’entre nous étaient déjà à l’origine, dès les années 1990... de la première étude française sur le rapport entre pollution de l’air et morbi-mortalité induite. Par la suite de nombreux travaux scientifiques et publications ont confirmé le lien santé-pollution de l’air. En  2015, plus d’une centaine d’entre nous avions signé une pétition  (du Collectif Strasbourg Respire) demandant à nos élus de prendre le problème de la pollution à bras le corps et de passer à l’action. Certains d’entre nous consacrent depuis plusieurs années une part de leur énergie à améliorer les connaissances et sont devenus des experts nationaux reconnus. Les arguments d’aujourd’hui sont adossés aux données actualisées et validées de la science.

Avons-nous été entendus ? Nous voulons aujourd’hui insister plus particulièrement sur le trafic routier qui joue un rôle important dans cette pollution urbaine. Plus de 60% des émissions de NO2 et près d’un tiers des particules fines, avec la problématique prioritaire du diesel : un diesel récent émet six fois plus de NO2 qu’un véhicule essence, et des particules de composition plus toxique. Pourtant, aujourd’hui, en 2021, à Strasbourg et à l’Eurométropole, existe encore un débat, sur la date de mise en œuvre d’une zone à faible émission (ZFE) qui doit permettre autant que possible, de diminuer le trafic et d’avoir des véhicules moins polluants.
 

Le trafic routier joue un rôle important dans cette pollution urbaine.

Tribune des médecins


Rappelons - d’une part – que la mise en place de ces ZFE est désormais obligatoire pour les villes ne respectant les seuils de particules fines et de NO2, et rappelons surtout que l’impact sanitaire de la pollution de l’air ne cesse d’être revu à la hausse et impose des mesures urgentes et prioritaires. Il est - dans ce contexte - difficile d’entendre certain(e)s élu(e)s demander un report ou un nouveau délai dans la mise en place d’une ZFE à Strasbourg. La situation sanitaire liée à la Covid, ne doit pas être une excuse, au contraire même puisque nous avons des solutions concrètes et efficaces pour diminuer l’impact sanitaire de la pollution, qui de plus, constitue un facteur aggravant de la pandémie Covid-19.

La mise en route de la ZFE devra s’accompagner d’aides financières au cas par cas, du développement de transports en commun, des pistes cyclables de bonne qualité, et de tous les moyens possibles pour que tous les habitant de l’agglomération, même les plus éloignés du centre de Strasbourg puissent se déplacer sans avoir besoin impérativement d’une voiture. La ZFE ne saurait être qu’une incitation au changement de véhicules. Il est important que des aides soient proposées pour d’autres modes de transports non polluants ainsi que pour le "retrofit" - à savoir la transformation d’un véhicule diesel ou essence en moteur électrique ou au gaz sans avoir à changer de véhicules.

Enfin, ce serait dommageable de penser que la seule mise en place d’une ZFE réglera d’un coup de baguette magique les problèmes de pollution à Strasbourg, d’autres secteurs doivent également être prioritaires tels que le secteur industriel dont la pollution reste sous-estimée et peu contrôlée. Enfin, il faut cesser d’encourager le développement du chauffage au bois, individuel ou collectif, en ville, et freiner également l’incinération, au risque d’annuler tous les bénéfices attendus de la mise en place d’une ZFE.

Nous sommes également attentifs aux récents travaux rendus de l’Assemblée citoyenne pour le climat, tout comme aux avis du Haut conseil pour le climat, en particulier concernant l’impact des gaz à effets de serre. Nous, médecins et citoyens, en appelons à la responsabilité et au courage de nos élus et demandons la mise en application rapide, prioritaire, des mesures nécessaires à la réduction de la pollution de l’air à Strasbourg, pour la santé publique et la santé de toutes et tous.

La première trentaine de signataires, comprenant des chefs de service du CHU de Strasbourg demeurant anonymes :

Pour signer cette tribune si vous êtes médecin, vous pouvez envoyer un courriel à strasbourgrespire@gmail.com."
 

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