Strasbourg : face aux émissions des industries polluantes, des associations demandent davantage de contrôles

Plusieurs collectifs pour la défense de l'environnement et associations de riverains appellent, dans une tribune publiée le 20 octobre, à davantage de contrôles des émissions industrielles au sein de l'Eurométropole de Strasbourg. 

Strasbourg Respire demande une tribune plus de contrôles des émissions industrielles.
Strasbourg Respire demande une tribune plus de contrôles des émissions industrielles. © Jean Marc Loos / Maxppp
Ce n'est pas nouveau, à Strasbourg comme dans l'Eurométropole, la qualité de l'air n'est pas bonne. Mauvaise élève, la ville se fait de nouveau épingler dans une tribune publiée le 20 octobre par différents collectifs, tels que Strasbourg Respire ou Alsace Nature. Des associations de riverains, habitant près de zones industrielles, ont également soutenu la démarche. Les auteurs de cette tribune adressée à l'Eurométropole et à la préfecture du Bas-Rhin demandent davantage de contrôles des émissions industrielles.

Un autocontrôle des industriels

Principale cible de la tribune : les "installations classées" (ICPE), c'est-à-dire les industries les plus polluantes qui doivent répondre, de ce fait, à une réglementation spéciale qui leur permet d'autocontrôler leurs émissions. À Strasbourg, cela concerne essentiellement les industries situées dans le quartier des Deux-Rives et du port du Rhin. "Il  y a quand même des capteurs mais les industries ont la main sur eux. C’est eux qui font les relevés et qui déclarent. C'est un peu juge et partie", lance le médecin Thomas Bourdrel, médecin et fondateur de Strasbourg Respire. Parmi les éléments déclencheurs de cette tribune, le rapport de la Cour des comptes sur les politiques de lutte contre la pollution de l'air, qui épingle, dans ses pages 84 à 91, le mode de contrôle dont bénéficie les industries polluantes, mais aussi les nombreux appels de riverains reçus par le collectif, "qui se plaignaient d'odeurs pendant la nuit."
 

"Il y a un tas de polluants dans l'air"

Autre souci, la pollution industrielle n'est pas ou très peu mesurée. ATMO Grand Est, en charge de la surveillance de la qualité de l'air dans le Grand Est, s'intéresse principalement à trois polluants réglementés : les particules fines, l'ozone et l'oxyde d'azote. Cependant, des dizaines d'autres polluants ne sont pas mesurés, et notamment ceux émis par les industries. Et pourtant, selon le collectif, les instruments pour le faire ne manquent pas.  "Il y a un tas de polluants dans l'air. On n'a que la partie émergée de l'iceberg", commente Thomas Bourdrel.

La préfecture du Bas-Rhin et l'Eurométropole disposent en effet d'une marge de manoeuvre importante concernant le contrôle de ces polluants non réglementés. "Le préfet peut, par arrêté, durcir les contrôles et les amendes. Aujourd'hui, rien ne freine les fraudeurs", poursuit-il en prenant l'exemple des incinérateurs, comme celui de Sénerval. Rue89 Strasbourg avait d'ailleurs publié une enquête sur la méthode employée par deux usines d'incinération alsaciennes pour masquer leurs émissions polluantes.

Pas assez de mesures coercitives

Strasbourg Respire fonde beaucoup d'espoir sur la nouvelle équipe municipale (EELV) qui compte accélérer la mise en place des zones à faibles émissions (ZFE) et l'interdiction des voitures diesel. "C'est bien que les associations s’emparent de ces questions-là, la tribune va dans le bon sens. On est prêt à tout faire, Eurométropole et ville, mais il faut qu’il y ait un financement derrière. Pour l’instant, la surveillance et le contrôle des émissions industrielles sont de la compétence de l’Etat", a réagi Françoise Schaetzel, adjointe à l’urbanisme opérationnel, cadre et qualité de vie, qualité de l'air et santé environnementale. La vice-présidente de l'Eurométropole souligne également ses discussions avec la DREAL (qui se charge des contrôles) et sa participation au comité de l'air.

À la fin de l'année, la plateforme "ODO Strasbourg-Kehl" permettra aux riverains de signaler à ATMO Grand Est la présence d'odeurs dérangeantes. "Cela ne remplace pas du tout la mesure mais permettra aux riverains de s’exprimer et de faire remonter les informations. On pourra ainsi faire des relevés d’odeurs pour en savoir davantage, remonter à l’origine de l’odeur", explique Emmanuel Rivière, directeur délégué d'ATMO Grand Est. À noter qu'une mauvaise odeur n’est pas forcément liée à la présence d'un polluant (et inversement). 
 
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