Strasbourg : quand la musique balance du 220 volts

Publié le Mis à jour le
Écrit par Cécile Poure

Dans le cadre du festival Exhibitronic, consacré aux musiques électroniques, j'ai testé pour vous un workshop d'improvisation. Vous ne comprenez rien ? Lisez la suite et vous y verrez plus clair. Peut-être.

Un "workshop d'improvisation", avouez, que le mot intrigue. Moi en tous cas, ça a marché. J'ai même couru. J'ai couru au Shadok, cet étrange lieu strasbourgeois, laboratoire numérique sur pattes. Notez, j'aurais dû me douter que là bas, dans le genre expérimental, j'en aurais plein les oreilles. Je n'ai pas été déçue.


Electro 2000


On me conduit au deuxième étage du Shadok, dans un minuscule studio d'enregistrement. Bien insonorisé. Nous verrons plus tard que c'est pas plus mal. Au début, le temps que mes yeux s'habituent, je ne vois que ça. Un fatras de câbles, de prises, de vieilles consoles, de pistolets en plastoc (oui, oui). J'ai l'impression de me retrouvez chez Electro 2000, le magasin qui vend des ampoules à côté de chez mémé.

Et puis, je vois six têtes. Six mecs souriants. Du style geek mélomanes. A mi-chemin entre Pierre Henry, pour le côté musicien foutraque et génial, et Mac Gyver, pour celui bricolo sympatoche. Vous voyez le genre ?




Eux, les petits jeunes, sont étudiants en musicologie à la Haute école des arts du Rhin. Ils suivent depuis deux jours cet atelier d'improvisation musicale. Lui, c'est Nicolas Thirion, le professeur. musicien de rock et de techno, il s'est lancé il y a 10 ans dans la musique expérimentale. Extrait.
 
Voilà pour le décor. Entrons un peu plus dans les détails.



Synthés DIY


J'avoue que je ne sais pas par où commencer. Tout est si exotique ici. "Heu ... c'est quoi ça ?"  Ouah, je me surpasse aujourd'hui. Nicolas m'explique que ce sont de vieilles tables de mix glanées chez Emmaüs qu'ils ont retapées pour en faire des synthés.  Des synthés "DIY" . Do It Yourself . On est branché par ici, 

"Avec des trucs bricolés, on peut faire de la musique remplie d'émotions". "Y a pas de bons et de mauvais instruments." C'est tout l'inverse des chasseurs du Bouchonois. "On peut fabriquer des instruments à l'infini avec n'importe quoi.. "On utilise tout ce qui peut faire du bruit." J'en ai la preuve sous les yeux.

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Bidule musical ©France 3 Alsace


Par exemple, cette vieille table de mixage qu'on a recâblée pour que le signal y entre et y sorte à l'infini, créant des larsens presque harmonieux (désolée pour les puristes, mes explications ne sont pas très savantes, mais bon je fais ce que je peux). On appelle cela une console en Feed Back.

Ou encore ce vieux radio cassette à qui on a greffé un modulateur de vitesse. Et qui produit désormais des "miniatures sonores" plutôt sympas. Enfin pas pour tout le monde.

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Nicolas Thirion et les tennismen ©Frabce 3 Alsace
Nicolas Thirion a ainsi samplé les discours de droite ou les chutes de vélo pendant le Tour de France. Il dit que "insérées dans un morceau, ces miniatures sonores donnent tout de suite un côté dramatique." Je le crois sur parole. 


Musicien ou bidouilleur ?



D'où ma deuxième question. Ces gens là sont 'ils musiciens ou bidouilleurs?  Avouez que franchement je progresse.
Un peu des deux me répond-on en canon. Baptiste m'explique que la bidouille, oui c'est important. "Faut brancher des trucs dans des prises." C'est la bidouille niveau expert là quand même. Antoine lui, met l'accent sur la musique "faut quand même être un minimun musicien pour être cohérent dans la structure des morceaux, sinon c'est mort."

Maxime lui a trouvé un bon compromis. Il joue de la guitare ... heroe. 

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Guitar Heroe ©France 3 Alsace

Et quand je lui demande s'il joue de la guitare dans la "vraie vie". Il me dit .... un peu. Ca se voit pas vraiment là tout de suite. Nicolas Thirion tranche : "faut être créatif." Voilà tout. Il m'avoue être "un guitariste moyen". Mais que désormais, c'est le meilleur dans son domaine, sur son instrument. Un instrument unique au monde, qu'il a fait lui même à partir de consoles reliées entre elles. Une belle revanche sur la vie ça. 

Du coup, y a pas de raison, je me lance, moi qui suis une pianiste ... refoulée.

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Ma petite contribution ©France 3 Alsace



Démo



Enfin tout ça moi ça me regonfle le moral. C'est ludique, c'est foufou et il souffle dans cette petite pièce un immense air de liberté. De quoi faire péter les tympans et les carcans du classique.

Paul, un des élèves, approuve "ça nous apprend que la musique, c'est pas rigide. On peut créer du son, on peut tout créer" Et Nicolas Thirion ne dit pas le contraire "on ne peut pas dire qu'il y ait vraiment des harmonies, des harmonies vraiment justes mais elles sont équilibrées." "Nous créons des paysages sonores, d'une beauté un peu aride." "Nous créons des compositions originales au même titre que Wagner."

Des créations collectives à partir tenez-vous bien de ... partitions. La liberté dans la contrainte quoi. Mais attention, ici, les partitions sont étranges. Forcément. Ce sont des "écritures alternatives". Comme Chain 2 de Tom Johnson

En gros vous suivez un circuit, une boucle, dans le sens que vous voulez. "Jouez doucement une note aiguë." "Jouez la même note basse très doucement et maintenez là avant de poursuivre." Les notes ? Vous les choisissez.

Autre morceau, autre partition: Les volontaires de la superstition du compositeur Kurdika (je l'ai googelisé, j'ai rien trouvé). Dont la partition n'est autre qu'une règle du jeu.



En français, c'est pas beaucoup plus simple. "Chaque joueur choisit un son susceptible d'être tenu au moins pendant un petit moment. Chaque joueur choisit un autre joueur, essayant d'anticiper à la fois quand ce joueur commencera et quand il terminera, il devra jouer en même temps que lui son propre son."

Parfois même me dit Nicolas Thirion, "aucun musicien n'ose commencer du coup. Et y a que du silence pendant un long long moment."  Parfois le silence c'est bien aussi. Et quand un courageux démarre et donc perd, en live, ça donne ça.

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"Les volontaires de la superstition" ©France 3 Alsace

Ou ça. Puisque, si vous avez tout bien compris, le morceau est différent à chaque fois. Vivant. Vibrant.

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On pourra les trouver tout ce que vous voulez : loufoques, toqués, fous.  Moi, je les trouve foutrement audacieux et inventifs. Et puis, expérimenter c'est progresser. En sciences comme en sons. Je suis sortie de là, les oreilles un peu en vrac mais gaie comme un pinson.


Exhibitronic



Voilà une parfaite introduction pour le festival Exhibitronic qui a lieu en ce moment même à Strasbourg. Depuis le 1er octobre, il propose des expos, des concerts, des cinés concerts, le tout dédié  aux musiques contemporaines et donc aux musiques électroniques.



Et ce vendredi soir notre professeur, Nicolas Thirion expérimente en live au café La Kultur




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