Strasbourg : le revenu universel promu par Benoît Hamon à la librairie Kléber, la mairie veut l'expérimenter

Benoît Hamon (Génération.s) présente à la librairie Kléber de Strasbourg (Bas-Rhin) son nouveau livre, ce mercredi 18 novembre à 17 heures. Intitulé "Ce qu'il faut de courage", l'ouvrage traite du revenu universel (RU) et de son application en France. La municipalité veut expérimenter.

L'idée du revenu universel est portée au niveau national par Benoît Hamon depuis 2017.
L'idée du revenu universel est portée au niveau national par Benoît Hamon depuis 2017. © J.-C. Tardivon & Richard Villalon, MaxPPP
La librairie Kléber de Strasbourg (Bas-Rhin) accueille ce mercredi 18 novembre 2020 Benoît Hamon (Génération.s)... de chez lui. En direct via Facebook, l'ancien ministre et candidat à la présidentielle de 2017 présente son nouveau livre, Ce qu'il faut de courage. Il porte sur le revenu universel, fer de lance de Benoît Hamon. Rendez-vous à 17 heures (voir le tweet ci-dessous)... mais la vidéo pourra être rattrapée sur Facebook après.

À la mairie nouvellement écologiste, le projet intéresse : il figurait dans le programme de Jeanne Barseghian (EELV). Et il commence à être élaboré en coulisse. Sophie Dupressoir (Génération.s) est conseillère municipale en charge du vélo et des mobilités douces, et élue du quartier Contades. C'est aussi la "madame revenu universel" au sein de la majorité municipale. Elle a répondu aux questions de France 3 Alsace.
 


Où en est le projet à Strasbourg ?

"On souhaite l'expérimenter sur un nombre limité de personnes, pas le généraliser à toute la ville. Pour permettre d'évaluer l'impact de la mesure. On reste sur l'idée de consulter la population, co-construire ce projet avec elle. Il faut qu'on détermine le nombre de personnes concernées, et le montant du revenu. On sait déjà que l'expérimentation sera finançable, et qu'elle ne se substituera pas au versement des aides déjà existantes."

"Avec l'urgence actuelle, on pourrait aller plus vite, faire plus ambitieux : c'est l'occasion de poser la question, de susciter le débat. Même si la ville n'est pas l'échelon le plus compétent pour lutter contre la pauvreté, qui atteint 25% à Strasbourg. C'est plutôt du ressort du département. On travaille encore sur le budget, et on voudrait mettre ça en place à partir de 2021, histoire d'étudier le projet à l'oeuvre plusieurs années avant la fin du mandat."
 

Revenons aux bases : c'est quoi le revenu universel ?

"C'est un outil de protection de tous les individus de la société, en cas de coup dur dans la vie. Ça permet de vivre dignement dans une société riche."
 

Coup dur... comme un confinement ?

"Ce serait utile. Pour l'instant, on a le chômage partiel et ses 13 millions de bénéficiaires. On a là une version préfigurative du revenu universel. Il a fallu débloquer rapidement des fonds pour ce chômage partiel, inconditionnel, pour venir en aide aux gens subissant une perte de revenus. On a pu voir qu'en cas de besoin, notre système de protection sociale, pourtant le meilleur au monde, présentait des insuffisances."
 

Un revenu inconditionnel aiderait beaucoup pendant le confinement.

 

Comment financer tout ça ?

"Nous avons un pays riche, qui a des moyens... et des inégalités très fortes. On pourrait donner un filet de sécurité à ceux qui en ont besoin, en réformant la fiscalité et ses instruments [Benoît Hamon donne des pistes de financement dans son livre; ndlr]."
 

Quel avantage peut-on avoir avec ça ?

"Ça permet de donner une protection effective à toute personne. C'est automatique. Il n'y a pas besoin de passer des heures dans des démarches compliquées avec plein de papiers : c'est un gage d'efficacité. En France, on a un taux de non-recours à ses droits très important. Pour la prime d'activité, il est de 50% : la moitié de ceux qui y ont droit ne la demandent pas."
 

Et pourquoi ça bloque ?

"Une vingtaine de conseils départementaux a demandé à pouvoir faire une expérimentation. Cette demande a été étudiée par l'Assemblée nationale, qui l'a rejetée. Il y a un obstacle institutionnel, car la majorité actuelle est frileuse. Elle reste sur un modèle de lutte contre la pauvreté par l'activité professionnelle. Mais avec la crise actuelle, on en voit les limites."
 


Est-ce que les gens en ont vraiment envie ?

"Vous me dîtes que la mesure est connotée, loin d'être plébiscitée... Mais j'ai une autre lecture. Pendant les confinements, et surtout le premier, ce revenu universel est devenu une réalité pour beaucoup. Le chômage partiel en est devenu une forme primaire. Et il a montré la nécessité d'un tel dispositif pour pouvoir vivre en gardant sa dignité. Il y a eu un regain d'intérêt pour ce sujet."
 

Comment ça a marché, ailleurs ?

"Plusieurs pays ont essayé. Là, l'Allemagne relance une expérimentation. Il y a des résultats intéressants, par exemple en Finlande, où l'on a vu que les bénéficiaires ne se détournaient pas de l'emploi. Ça n'incite donc pas à la paresse [un autre argument en faveur est la hausse des activités culturelles et associatives; ndlr]."

"Plus localement, une expérimentation à Grande-Synthe a montré une hausse du bien-être : on voit un bénéfice pour la santé psychologique. Il y a moins d'incertitude quant au lendemain, et une meilleure projection dans l'avenir."
 
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Pour l'anecdote, Benoît Hamon a sorti son livre la veille de la fermeture des librairies (voir sur Instagram ci-dessus), jugées non-essentielles par le Gouvernement. D'où cette tournée numérique pour présenter son oeuvre. Et ses idées.
 
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