REPLAY - Municipales 2020 : les 4 choses à retenir du débat à Strasbourg

L'écologie irrigue tous les programmes pour les élections municipales de 2020 à Strasbourg (Bas-Rhin). / © Vincent Ballester, France Télévisions
L'écologie irrigue tous les programmes pour les élections municipales de 2020 à Strasbourg (Bas-Rhin). / © Vincent Ballester, France Télévisions

Replay. France 3 Alsace organisait le mercredi 11 mars un débat pour les municipales à Strasbourg (Bas-Rhin). Il a opposé Alain Fontanel (LREM), Jeanne Barseghian (EELV), Catherine Trautmann (PS), Kevin Loquais (LFI), Jean-Philippe Vetter (LR), et Hombeline du Parc (RN).

Par Vincent Ballester

Strasbourg (Bas-Rhin) va élire son nouveau ou sa nouvelle maire les 15 et 22 mars 2020. Un débat a été présenté par Marie Pouchin de France 3 Alsace et Lucile Guillotin de France Bleu Alsace, le mercredi 11 mars en direct à 21h05. Voilà ce qu'il faut en retenir.

Ce débat, comme toute la campagne, a beaucoup porté sur l'écologie à Strasbourg (voir les chiffres-clés de la ville dans la vidéo plus bas au-dessus des portraits). Des thèmes déjà abordés lors d'un autre débat entre plusieurs jeunes colistières et colistiers au début du mois. Le débat du 11 mars a opposé six têtes dont la fin de campagne a été troublée par le coronavirus. Soutenu par le maire sortant Roland Ries, l'actuel premier adjoint et "dauphin" Alain Fontanel (LREM) est en tête du dernier sondage.
 

Il est talonné sur sa gauche par Jeanne Barseghian (EELV), nouvelle tête parmi ces personnalités connues : elle décolle grâce à son étiquette écologiste. Catherine Trautmann (PS) les suit d'un bon pas en assumant le bilan des années Ries. Elle a remplacé au pied levé Mathieu Cahn, empêtré dans une affaire de photographies érotiques et en mauvaise position pour sa gestion de l'affaire des harcèlements sexuels à la maison des associations.
 
Suit, toujours à gauche, Kevin Loquais (LFI/G.s) qui emmène en binôme une liste à tendance sociale et écologiste : elle ne comporte aucun élu(e) de l'actuelle mandature. De l'autre côté de l'échiquier politique, Jean-Philippe Vetter (LR) emmène la droite en misant sur la sécurité et des propositions qui retiennent l'attention. Hombeline du Parc (RN) fait une campagne de terrain active après avoir dû remplacer Thibault Gond-Mantaux, rattrapé par son passé raciste et violent.
 

Un échange de piques a lieu en moins d'un quart d'heure, initié par Jeanne Barseghian : "Vous parlez de cohérence, l'écologie doit être cohérente. Je ne comprends pas qu'on parle de lutte pour la qualité de l'air, et qu'ensuite on veuille remettre le stationnement gratuit entre midi et deux pour inciter les personnes à venir déjeuner en ville en voiture. C'est complètement incohérent !" Vetter dégaine : "C'est tout aussi incohérent de continuer à soutenir une autoroute urbaine qui coupe notre ville en deux, l'A35, qui génère une pollution extrêmement forte. Vous êtes contre toutes les solutions concrètes qui permettraient de s'en délester. Le GCO, c'est pas le paradis; mais l'A35, c'est l'enfer."

Au tour de Fontanel de sortir l'artillerie lourde : "Je suis assez admiratif, Jeanne, quand tu vois les choses de manière aussi simpliste et binaire. Je pense que la complexité d'une ville, c'est des problèmes de toutes et de tous. Une municipale, c'est pas un concours de pureté idéologique. Il faut des solutions concrètes." Réplique cinglante de Barseghian à son opposant macroniste : "Je ne crois pas à l'écologie du 'en même temps'." Kevin Loquais vient rajouter une couche : "Plutôt que de verdir les programmes, certaines personnes ici auraient mieux fait de verdir leur bilan. Les actions, c'est avant qu'il fallait les faire, et pas aujourd'hui pendant les municipales. Vous étiez à peu près tous d'accord quand vous étiez à la majorité..."
 

Une municipale, c'est pas un concours de pureté idéologique
- Alain Fontanel, candidat LREM


Hombeline du Parc critique l'idée de Kevin Loquais d'usine de panneaux solaires pour en couvrir les surfaces planes de la ville : "Faut arrêter d'être hypocrite. Vouloir installer une usine de panneaux solaires, c'est très bien; mais ce sont des panneaux qui viennent de Chine et qu'on ne sait pas recycler proprement !" Puis, à sa demande de plus de sécurité en citant "5.000 incivilités et petits incidents par an selon les chiffres de la CTS et plus de 330 agressions" à bord des tramways et bus, Alain Fontanel - qui préside la CTS - répond : "Il y a une confusion de plusieurs problèmes... Cela dit, la sécurité des voyageurs et conducteurs est un vrai sujet, et il faut prendre des mesures." L'occasion pour Catherine Trautmann de caler une mesure issue de son programme: "Je prévois de créer une brigade de sécurité pour les transports, à partir de la police municipale."
 

Je prévois de créer une brigade de sécurité pour les transports
- Catherine Trautmann, candidate PS


Catherine Trautmann a aussi une mesure concrète pour accompagner la jeunesse laissée pour compte dans les quartiers sensibles : "Aujourd'hui, l'un des problèmes qu'on a dans ces quartiers, c'est le trafic de drogue. Et moi, je pense qu'il vaut mieux aider les jeunes à faire du sport. Mieux vaut le sport que l'ennui, ou les ennuis dans le quartier. Et mieux vaut l'entreprise, ou la création d'entreprises, que le trafic." Alain Fontanel commente : "Je crois qu'à 12 ans, à 2 heures du matin, quand on brûle une voiture dans la rue, il faut aussi interroger la responsabilité des parents. Il faut ne stigmatiser personne, mais il faut être à la fois sur la prévention, mais aussi la répression." Et Hombeline du Parc de s'exclamer : "Mieux vaut tard que jamais pour ouvrir les yeux ! Monsieur Ries faisait un appel au calme contre les incivilités : on n'est plus dans l'incivilité, on est dans l'émeute et le vandalisme."

Kevin Loquais réagit : "Monsieur Fontanel a l'air de s'étonner qu'il y ait un mouvement de révolte. Votre président, monsieur Macron, a sa part de responsabilité, il participe à cette montée de la violence. On a fait la tournée de ces quartiers, et en matière de sécurité, on nous demande de trouver un emploi aux jeunes, les ramener à l'école." "Une tournée des quartiers comme les Marcheurs ?" demande la présentatrice. Réponse de Loquais : "Comme les marcheurs ?... Qui est l'oeuf ou la poule... on sait bien qui est l'oeuf !" Petit rire de Fontanel.
 

Dans ces quartiers, on nous demande comme sécurité de trouver un emploi aux jeunes
- Kevin Loquais, candidat LFI/Génération.s


Les réponses rapides s'enchaînent alors qu'arrive la fin du débat : Hombeline du Parc a le temps de proposer de faire des concerts au stade de la Meinau (qui doit être rénové). Kevin Loquais dit avec malice : "61% des Strasbourgeois veulent un renouvellement de l'équipe municipale. Notre liste comporte zéro élu sortant : c'est donc un beau renouvellement." Jeanne Barseghian, elle, propose de suspendre les points de contrôle aux abords du marché de Noël. De quoi récupérer de potentielles nombreuses voix, tant ce lourd dispositif de sécurité insupporte une partie de la population strasbourgeoise.

Jean-Philippe Vetter se montre conquérant : "Je suis la seule liste qui peut gagner et qui propose un changement. Je suis sportif : chaque fois que je suis entré sur un terrain de tennis, c'était pour gagner." Il promet : "Nous souhaitons pouvoir ramener la sécurité dans nos quartiers, la propreté. Arrêter la bétonisation et verdir nos places. Et arrêter de dépenser l'argent qu'on n'a pas, aider nos entreprises." Pour sa conclusion, Jeanne Barseghian lance avec entrain : "Cette élection est une chance unique d'ouvrir une nouvelle ère pour notre ville. Je me présente pour devenir maire de notre belle ville parce que je suis prête à relever ces défis." 
 

 

Jeanne Barseghian (EELV/PCF)

Jeanne Barseghian surfe sur son étiquette écologiste (et ça lui réussit). / © Document remis, Strasbourg écologiste et citoyenne
Jeanne Barseghian surfe sur son étiquette écologiste (et ça lui réussit). / © Document remis, Strasbourg écologiste et citoyenne

Jeanne Barseghian (Strasbourg écologiste et citoyenne) est âgée de 39 ans. Cette juriste spécialisée en droit de l'environnement adhère à Europe Écologie-Les Verts (EELV) en 2013 et entre au conseil municipal et de l'Eurométropole l'année suivante. Elle s'y illustre notamment en voulant débarrasser les cantines de leurs barquettes en plastique. Précisons qu'elle est végétarienne.

Elle a scellé une alliance avec le Parti communiste français (PCF). Dans le programme, on retrouve : l'expérimentation d'un revenu universel communal, la construction de "logements très sociaux", et une fourniture d'eau en partie gratuite. Elle promet aussi une nourriture 100% biologique et locale dans les cantines.
 

Kevin Loquais (LFI/Génération.s)

Kevin Loquais propose de révoquer les élu(e)s à mi-mandat si leurs promesses ne sont pas tenues. / © Document remis, Strasbourg en commun
Kevin Loquais propose de révoquer les élu(e)s à mi-mandat si leurs promesses ne sont pas tenues. / © Document remis, Strasbourg en commun

Kevin Loquais (Strasbourg en commun) est âgé de 29 ans. C'est le benjamin de la campagne. Juriste de formation, il forme avec Améris Amblard (21 ans, étudiante à l'Institut de préparation à l'administration générale (Ipag)) un binôme. Il met l'accent sur l'écologie, les questions sociales, et la démocratie participative. Incarnant un certain "dégagisme", la liste ne présente aucune personne issue de la majorité municipale sortante.

Elle regroupe, outre des "citoyen(ne)s engagé(e)s" sans parti, des membres de la France insoumise (LFI), Génération.s (parti fondé par Benoît Hamon, mais dont il s'est depuis placé en retrait), et Pour une écologie populaire et sociale (Peps). Au programme : réviser les critères d'attribution des logements sociaux et les réhabiliter, et interdire les cirques animaliers. Il propose aussi de révoquer les élu(e)s - maire compris(e) - si les promesses ne sont pas tenues, et d'étudier la possibilité de rendre tramways et bus totalement gratuits.
 

Jean-Philippe Vetter (LR/UDI)

Jean-Philippe Vetter fait des propositions choc : ouvrir la Bibliothèque nationale universitaire (BNU) 24 heures sur 24, ou rendre les transports et les musées gratuits le dimanche. / © Document remis, Un nouveau souffle pour Strasbourg
Jean-Philippe Vetter fait des propositions choc : ouvrir la Bibliothèque nationale universitaire (BNU) 24 heures sur 24, ou rendre les transports et les musées gratuits le dimanche. / © Document remis, Un nouveau souffle pour Strasbourg

Jean-Philippe Vetter (Un nouveau souffle pour Strasbourg) est âgé de 39 ans. Ancien "pion" de lycée, il est encarté au parti Les Républicains (LR). Cet assistant parlementaire de la sénatrice Fabienne Keller (Agir, ex-LR) puis de l'eurodéputé Geoffroy Didier (LR), est entré au conseil municipal dans l'opposition en 2014. Interrogé sur la multiplication des panneaux publicitaires numériques, il avait déclaré : "Je ne veux pas que Strasbourg devienne le Las Vegas du Bas-Rhin."

Et dans ce "Las Vegas", ce n'est pas un casino qu'il veut ouvrir 24 heures sur 24, mais la Bibliothèque nationale universitaire (BNU) : le rêve des étudiantes et étudiants. Autre mesure "choc" qu'il veut mettre en place aux côtés de l'Union des démocrates indépendants (UDI) : la gratuité des transports en commun et des musées le dimanche pour favoriser les sorties en famille ou entre camarades. À grand renfort de réseaux sociaux (voir tweet ci-dessous), il a aussi promis le retour des quatre voies de circulation sur l'avenue des Vosges : une mesure largement commentée, en bien ou en mal.
 

Alain Fontanel (LREM/Modem)

Alain Fontanel est considéré comme l'héritier de Roland Ries, maire depuis 2008. / © Document remis, 100% Strasbourg
Alain Fontanel est considéré comme l'héritier de Roland Ries, maire depuis 2008. / © Document remis, 100% Strasbourg

Alain Fontanel (100% Strasbourg) est âgé de 51 ans. Conseiller à la Cour des comptes, et socialiste dans un premier temps, il rentre dans le bain de la politique municipale en tant que quatrième adjoint de Roland Ries après les municipales de 2008. Il gère alors les finances de la ville. Bombardé premier adjoint en charge de la culture et du patrimoine après celles de 2014, il préside la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS), gère le marché de Noël, et accompagne la remontée du Racing Club de Strasbourg (RCS) en Ligue 1.

Lors de l'attentat du 11 décembre, il ne cache pas ses larmes. Dans un registre plus joyeux, c'est un adepte des déguisements en tout genre. Et son ralliement à En Marche, lorsque la vague Macron déferle sur tout le paysage politique français, lui vaut un retour de bâton (voir publication Reddit ci-dessous) de la part des cortèges des manifestations passant devant son local de campagne...
 
Soutenu par le Mouvement démocrate (Modem), Agir (le mouvement de Fabienne Keller), et plusieurs membres du parti Les Centristes (LC), il propose de "remettre à plat" le système de sécurité du marché de Noël. Il compte aussi prolonger le tramway vers le quartier de Koenigshoffen, et développer le programme "1000 révélateurs de talent". Ce programme vise à mettre en relation des jeunes en recherche d'emploi et des personnes qui ont un travail afin de les coacher (initiation à l'entretien d'embauche ou réseautage par exemple).
 

Catherine Trautmann (PS)

Catherine Trautmann a déjà dirigé Strasbourg entre 1989 et 1997, plus huit mois en 2000-2001 : on lui doit le tramway. / © Document remis, Faire ensemble Strasbourg
Catherine Trautmann a déjà dirigé Strasbourg entre 1989 et 1997, plus huit mois en 2000-2001 : on lui doit le tramway. / © Document remis, Faire ensemble Strasbourg

Catherine Trautmann (Faire ensemble Strasbourg) est âgée de 69 ans. Son curriculum vitae est riche. Cette socialiste de la première heure entre au conseil municipal en 1983 et devient maire en 1989, jusqu'en 1997. C'est la première femme à diriger une grande ville en France. Cette victoire lui permet de (re)construire le tramway à Strasbourg, alors que son opposant de droite Marcel Rudloff proposait de son côté un métro. Elle passe aussi trois ans au gouvernement, où elle dirige le ministère de la Culture de 1997 à 2000.

Elle confie alors son fauteuil de maire à son premier adjoint Roland Ries en 1997, avec l'assurance qu'elle le récupérera. Mais tout ne se passe pas comme prévu : elle ne redevient maire que huit mois, et la droite emmenée par Fabienne Keller récupère la mairie en 2001. Une fois la gauche de retour aux manettes en 2008, elle resiège au conseil municipal. À partir de 2014, elle préside le Port autonome de Strasbourg (PAS). Pour diriger la capitale de l'Europe, elle peut aussi s'enorgueillir de sa longue députation européenne, s'étalant de 1989 à 1997, et de 2004 à 2014. Elle conduit le Parti socialiste (PS) aux municipales en 2020; le score de la liste dans les sondages doublant par rapport à quand Mathieu Cahn était tête de liste (voir tweet ci-dessus).

Trautmann, dorénavant placée en position de "faiseur de roi" (ou de reine, mais elle n'aime pas cette appellation) pourrait devenir l'arbitre du second tour entre Fontanel et Barseghian. Elle projette d'intervenir sur le montant élevé des loyers en centre-ville, et de transformer la friche du môle Citadelle en un "pôle d'excellence de la culture urbaine" dédié au street-art et au skate-board. 
 

Hombeline du Parc (RN)

Hombeline du Parc a voulu faire une campagne proche de la population strasbourgeoise. / © Document remis, Rassemblement pour Strasbourg
Hombeline du Parc a voulu faire une campagne proche de la population strasbourgeoise. / © Document remis, Rassemblement pour Strasbourg

Hombeline du Parc (Rassemblement pour Strasbourg) est âgée de 44 ans. Cette juriste a officié comme responsable des ressources humaines au sein du Rassemblement national (RN, ex-FN). Elle siège au conseil régional du Grand Est et vante son ancrage territorial en disant avoir participé à toutes les élections dans la région alsacienne. 

Elle promet de "rétablir l'ordre et punir les délinquants" : instauration d'un couvre-feu lors des "soirées à risque", application "stricte" de l'arrêté anti-mendicité, et augmentation de 20% des effectifs de la police municipale. Ainsi que de "défendre les racines et sauvegarder la terre" : arrêt de la "bétonisation" de la ville, instaurer une "charte de l'arbre pour préserver le patrimoine arboricole", et installation d'arceaux à vélos en plus grand nombre.
 

Sont aussi candidates et candidats à Strasbourg :  

France 3 propose ce type de débats dans de nombreuses grandes et moyennes villes de France (voir carte ci-dessous). En Alsace, les débats ont lieu avec les candidates et candidats de :  

Un débat aura aussi lieu le mercredi 18 mars. Les résultats du premier tour détermineront les villes concernées.
 
 

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