Municipales 2020 : faut-il davantage de panneaux publicitaires numériques ? On a demandé aux candidats

Le panneau publicitaire numérique installé sur le quai des Bateliers à Strasbourg. / © Léna Romanowicz / France Télévisions
Le panneau publicitaire numérique installé sur le quai des Bateliers à Strasbourg. / © Léna Romanowicz / France Télévisions

Avec le nouveau règlement local de publicité, 58 panneaux numériques vont bientôt fleurir dans le paysage strasbourgeois. Nouveau mode de communication ou technologie trop polluante, voici ce qu'en pensent les candidats aux municipales 2020 de Strasbourg.
 

Par Léna Romanowicz

Approuvé en juin 2019 au sein de l'Eurométropole, le nouveau règlement local de publicité (RPLi) prévoit l'installation de 58 panneaux publicitaires numériques à Strasbourg. Agressive, polluante ou encore envahissante, la publicité numérique ne fait pas l'unanimité chez les candidats aux municipales. À chacun son argument pour faire la différence.
 

"C'est une aberration écologique"

Si l'Eurométropole met en avant le besoin de "développer les nouveaux modes de communication publicitaire", l'impact écologique revient chez tous les candidats. Selon l'association Résistance à l'agression publicitaire Strasbourg, un panneau équivaut à la consommation d'énergie de trois ménages français par an. En plus d'être énergivores, de tels panneaux peuvent nuire à la biodiversité. Chantal Cutajar, tête de liste des Citoyens engagés, souligne également "le problème lié à leur fabrication. Il faut extraire des métaux rares, au mépris des travailleurs. Tout cela sans compter la banalisation des écrans dans nos sociétés".
 

Lors du conseil de l’Eurométropole, on débattait sur le règlement local de publicité et en même temps sur le plan climat, c'était incohérent.
-Jeanne Barseghian, tête de liste d'Europe Écologie Les Verts.

 

Kévin Loquais, tête de liste de Strasbourg en commun, parle quant à lui "d'aberration écologique. Pour nous, ce ne sont pas des modes de communication". Jeanne Barseghian, candidate EELV, insiste sur le fait que l'impact environnemental va de pair avec l'impact social : "C'est indécent au niveau environnemental mais aussi au niveau social. C’est de l’énergie gaspillé pour de la publicité."
 

Je ne veux pas que Strasbourg devienne le Las Vegas du Bas-Rhin.
-Jean-Philippe Vetter, tête de liste Les Républicains.

  

Des avancées au niveau local

Charlotte Ribaute, membre de Résistance à l'agression publicitaire, relève néanmoins plusieurs restrictions importantes par rapport au niveau national, "l'extinction des enseignes des magasins va s'harmoniser. Alors qu’elle est prévue entre 1h et 6h dans le règlement national, la restriction est plus grande au niveau local avec une extinction comprise entre 23h et 7h.
 
Alain Fontanel, l'actuel premier adjoint au maire et candidat sous l'étiquette La République En Marche (LREM), parle quant à lui d'une "bonne limitation concernant l'impact esthétique et environnemental des enseignes. Je suis pour la protection patrimoniale."
 

L’idée c’était de permettre une installation limitée et modérée et pas de transformer la ville en un parc numérique.
-Mathieu Cahn, tête de liste du Parti socialiste.

 
Le règlement local ne prévoit pas non plus l'installation de publicités aux abords des routes "à grande circulation" et des autoroutes. Le candidat socialiste (PS)  Mathieu Cahn est d'avis de répondre aux demandes des annonceurs et souligne l'importance de "prendre en compte les nouveaux modes de communication tout en les maîtrisant. Ça ne sert à rien d’aller contre son temps et contre la nouvelle technologie." Mais pour ceux qui militent contre la publicité numérique, ces installations vont surtout bénéficier aux entreprises qui en ont les moyens.

 

"Un texte difficile d'accès pour les citoyens"

D'environ 300 pages, le caractère indigeste du nouveau règlement a été pointé du doigt par les candidats. "En envoyant un document de 300 pages la veille du vote, personne ne peut prendre acte de ce qui est écrit, c’est anti-démocratique", dénonce Kévin Loquais. De son côté, Résistance à l'agression publicitaire avait souligné le manque de visibilité du texte, "il a été ouvert à la concertation, mais il n'y a pas eu d'autre communication autour", accuse l'une des membres. Et la tête de liste Les Républicains (LR), Jean-Philippe Vetter, de renchérir : "On ne les considère pas comme des habitants mais comme des consommateurs."
 

L'opinion des citoyens n’a pas été prise en compte alors que c’est une question qui engage leur bien-être.
-Chantal Cutajar, tête de liste des Citoyens engagés.

 
Censée aiguiller le choix des élus, une enquête publique a été menée pour connaître l'avis des habitants. Problème, cette enquête a été partagée aux élus la veille du vote du règlement local de publicité. Mathieu Cahn confirme qu'elle n’a pas fait l’objet d’un "débat aussi transparent que prévu. Les élus n’ont pas eu le temps de se l’approprier".
 

Il faudra rencontrer les acteurs locaux pour trouver de meilleurs emplacements, pour de la publicité à visée non commerciale.
Kévin Loquais, tête de liste de Strasbourg en commun.

 
Au-delà de sa difficulté d'accès, le nouveau règlement local de publicité devrait faire l'objet "d'une consultation de la population pour associer les citoyens au renouveau de leur environnement publicitaire. Citoyens et associations seront consultés (...) dans la logique de notre volonté de promouvoir la démocratie directe", estime la candidate du Rassemblement National, Hombeline du Parc. Une chose est sûre, le/la futur(e) maire devra tirer un bilan de ces nouvelles technologies pour mieux en débattre au niveau de l'Eurométropole.
 

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