Témoignage. Obligé par les services sociaux de s'appeler Jean-Pierre Guérin, Mohammed lutte pour retrouver sa véritable identité, "ça a été un calvaire"

Publié le Mis à jour le Écrit par Etienne Merle

Arrivé à Strasbourg en 1966, Mohamed Guerroumi s'est vu imposer par les services sociaux un changement de nom et de prénom alors qu'il était adolescent. Depuis, il bataille pour retrouver son identité de naissance.

Sur sa carte d'identité, Mohammed Guerroumi s'appelle Jean-Pierre Guérin. "Je vis avec un masque", souffle-t-il. Depuis près de cinquante ans, ce Franco-Algérien, arrivé à Strasbourg il y a près de soixante ans, lutte pour que la France reconnaisse sa véritable identité.

Un combat qui n'a rien d'évident même s'il vient de remporter une première bataille grâce à la loi de modernisation de la Justice. "J'ai enfin pu récupérer mon prénom", se félicite-t-il. Mais pour ce qui est du nom de famille, la tâche s'annonce plus compliquée.

Une identité imposée à l'adolescence

Pour comprendre l'histoire de Mohammed Guerroumi, il faut replonger près de soixante ans en arrière. En 1966, il est âgé de 14 ans et quitte l'Algérie pour atterrir à Strasbourg. L'adolescent est reconnu pupille de la nation puis placé sous tutelle au foyer Charles Frey dans le quartier du Neudorf. 

C'est son tuteur qui va alors lui demander de changer d'identité pour quelque chose de "plus français": "Quand vous êtes jeune, vos amis s'appellent Marc et Monique, donc vous ne vous posez pas la question, raconte-t-il. C'est lorsque vous rentrez dans la société, que vous travaillez, que vous prenez conscience des problèmes que cela va créer, du racisme ordinaire."

Deux noms, beaucoup de problèmes

À sa majorité, il souhaite récupérer son identité de naissance. Sauf que c'est impossible. En France, les premiers assouplissements en matière de changement de noms et de prénoms n'interviennent qu'à partir de 1993. Mais Mohammed Guerroumi a de la ressource. "J'ai trouvé une petite astuce en faisant rajouter mon nom de naissance comme nom d'usage sur ma pièce d'identité."

À l'époque, on parlait d'assimilation et pas d'intégration. On vous impose une identité et après on est tous pareil. Elle est où la richesse là-dedans ?

Mohammed Guerroumi

Depuis, il est inscrit sur ses papiers d'identité la mention "Jean-Pierre Guérin, nom d'usage Guerroumi". Une maigre consolation qui va lui causer beaucoup de soucis lors de ses recherches d'emploi ou de logement en raison de cette identité ambivalente.

Entre-temps, l'homme obtient un passeport algérien sous son identité de naissance. Aux douanes, il devient alors un suspect. "Une fois, j'ai du présenté mes deux passseports. Or, les noms ne correspondaient pas, raconte-t-il. J'ai donc dû batailler pour obtenir un certificat de correspondance de la part du consulat algérien. Avec ma tête, Jean-Pierre, ça ne correspondait pas, ça a été un calvaire toutes ces années."

Un geste du ministère de la Justice ?

La bataille du prénom désormais remportée, Mohammed Gueroumi espère pouvoir définitivement récupérer son nom de famille et se débarrasser de l'identité qui lui a été imposée. Il vient de faire une requête auprès du ministère de la Justice, seule institution autorisée à acter un changement de nom de famille, par décret.

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