WEBSERIE. Pourquoi le minitel est devenu un objet vintage culte symbole des années 1980

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Entre le walkman et le Rubik's Cube, le Minitel s'est fait une place de choix en tant qu'objet culte des années 1980. Souvent moqué pour sa désuétude, il s'inscrit désormais comme un symbole vintage... Direction les années 1980 dans le dernier épisode de "Retour vers le 3615".

En se faisant devancer par Internet, le Minitel a acquis une image désuète synonyme de loupé à la française. Mais avec le retour en grâce des années 1980-1990, il redevient tendance comme objet culte de la pop culture. Pour tout comprendre, suivez le cinquième et dernier épisode de la websérie "Retour vers le 3615" présentée par Fannyfique.

Le symbole de la loose à la française

Evoquer le Minitel prête souvent à sourire. Autrefois fleuron de la technologie mondiale, il a sombré dans les abysses de la ringardise au point de devenir un symbole de l'échec à la française. Nous l'avons vu dans les précédents épisodes, le Minitel est un petit bijou de technologie au moment de sa sortie dans les années 1980, mais il a aussi des défauts non négligeables. Il est cher (avec sa tarification à la minute), très lent (tant de minutes passées à attendre qu'une page s'affiche), peu pratique (impossible de revenir en arrière, en cas de faute de frappe, il faut tout réécrire), ses graphismes sont pauvres et il ne peut afficher ni images ni vidéos...

Autant de raisons qui en ont fait un objet qui prend vite la poussière dans un coin comme le rapporte l'écrivain Aurélien Bellanger, "Une petite partie des utilisateurs consommait énormément de services et une grande majorité laissait son Minitel au placard".

Ci-dessous le deuxième épisode de notre websérie "Minitel : retour vers le 3615".
Retrouvez les cinq épisodes de la playlist.

Si le Minitel est souvent synonyme de ridicule, démodé, c'est aussi parce qu'il a été ringardisé par l'arrivée d'Internet. En comparaison, le web propose un solution plus rapide, plus facile, internationale, et offre des possibilités bien plus importantes (création de pages web, vidéos, images, navigation hypertexte, etc). Et puis il ne faut pas oublier que le Minitel est un "terminal idiot".

A l'inverse d'un ordinateur, il n'effectue aucun calcul, il "reçoit des données et les affiche, ce qui l’oblige à être connecté à un serveur qui va lui envoyer les données qu’il demande". Dès lors, sa conception même en fait un objet limité en terme d'utilisation. Il est donc très tentant (et nous avons cédé à cette tentation car nous sommes des fifous) de comparer Minitel et informatique-Internet, mais en réalité il s'agit de deux choses très différentes quasiment incomparables.

Le paradoxe du Minitel

Quand Internet surgit dans les années 1990, le Minitel se sait en danger mais se montre beau joueur face au concurrent. Une cohabitation s'installe : "la stratégie adoptée par le système télématique de France Télécom a alors été d’offrir la possibilité de relier le réseau Minitel au réseau mondial d’Internet " mais d'un autre coté, "les opérateurs, qui fixent les prix de la connexion Internet et tiennent à la manne du Minitel, rendent très cher l’accès au Web".

Nous voyons ici un des grands paradoxes du Minitel : s'il "a préparé le terrain pour Internet, il a aussi freiné le succès du web en France, les deux outils entrant en concurrence directe." En France, dans les années 1990, Internet peine à prendre son envol et le Minitel est alors considéré comme responsable du retard pris par le pays à se diriger vers le web. La peur de manquer le virage d'Internet est appuyée par le Premier ministre Lionel Jospin en 1997 : "le Minitel, réseau uniquement national, est limité technologiquement et risque de constituer un frein au développement des applications nouvelles et prometteuses des technologies de l'information."

Pour ne pas manquer le coche, "le gouvernement français décide alors de «rattraper le retard» pris sur les technologies informatiques et sur l’Internet, et décide de laisser mourir la mythique boîte beige et marron. Le minitel continuera cependant à vivre de son inertie pendant encore de longues années, sans aucun soutien commercial… Jusqu’en 2012, donc. "

    Un pur produit des années 1980

    Pour moi, dans les années 1980, il y avait l'Overboard, le walkman, le Rubik's cube et le Minitel. Plutôt cool non ? J'aime bien l'atmosphère des années 1980 et me la raconter en disant que je suis née dans cette décennie... bon ok, en septembre 1989 mais ça passe quand même. Mine de rien, c'est une année charnière pour le Minitel. En mars 1989, à Genève, le Britannique Tim Berners-Lee, alors informaticien au CERN, pose les premières bases du Web, un concept qualifié par son supérieur de "vague mais prometteur". C'est l'année de la conceptualisation du grand concurrent du Minitel, rien que ça.

    "Rejoignez-nous dans les années 1980, vous verrez, c'est trop sympa !"

    Pourquoi suis-je si fière de me dire que je suis née dans les années 1980... Sans doute parce que comme beaucoup, cette époque me fascine. Le Minitel, je l'ai touché des doigts sans vraiment le comprendre, sans vraiment en saisir la portée. Et c'est maintenant que je le redécouvre, avec un émerveillement teinté de nostalgie. Je me dis " ouah c'est dingue, j'ai côtoyé des Minitels, mais j'étais trop jeune et je suis totalement passée à côté de ce que ça représentait". C'est une sensation étrange d'avoir connu quelque chose sans le connaître vraiment. Comme si j'étais déçue d'avoir eu l'occasion de vivre un événement historique mais que je ne l'avais pas saisie. Comme si j'étais déçue de ne pas vraiment pouvoir partager des souvenirs, avoir des anecdotes, et pouvoir dire " hey, j'ai connu ça, moi je consultais tel service sur le minitel, c'était dingue!" J'étais si proche de pouvoir le faire pourtant.

    Le Minitel et "Retour vers le 3615" c'est replonger vers les années 1980-1990, retrouver un imaginaire dans lequel Marty McFly, le Tang, les vêtements fluos et les Tamagochis sont hyper à la mode. Mais ils le sont toujours, n'est-ce pas ? Preuve en est avec le succès de Stranger Things. Le Minitel nous ramène vers ces décennies révolues. Vers une époque qui nous parait plus douce que celle que nous vivons, et qui par conséquent, nous fascine, nous attire. Le Minitel s'inscrit désormais dans cette mouvance vintage. Il était bath, il était in, puis il est devenu ringard, avant de redevenir tendance. C'est l'histoire de la vie, le cycle éternel.

    Ironiquement, il aura fallu que le Minitel meure pour retrouver une deuxième vie. Avec la fin du réseau en 2012, sa cote monte et il devient une ressource rare et recherchée notamment pour sa robustesse. Dans les années 1970-1980, le Minitel était un matériel très solide qui était conçu pour une durée de vie d'environ huit ans. A ce moment-là, l'obsolescence programmée n'était pas la règle, s'il naissait aujourd'hui on s'en émerveillerait pour cet aspect "écolo". Dans l'imaginaire des millenials aussi, le Minitel ne semble pas si éloigné. On a vu renaître cet objet de la pop culture grâce à la série humoristique "3615 Monique", diffusée sur OCS, qui retrace la naissance du Minitel rose.

    Avant le confinement, des organisateurs de soirées ont lancé un bar éphémère à Paris qu’ils ont appelé le 3615. Après, ils ont carrément lancé les péniches 3615. Et maintenant, ils réfléchissent même à rouvrir plusieurs bars et faire des soirées à thèmes années 1980 un peu partout en France. Le Minitel a donc encore de beaux jours devant lui, même auprès des plus jeunes.

    Un objet régressif transgénérationnel

    Mine de rien, si le Minitel peut sembler désuet aujourd'hui, il était présent dans des millions de foyers français. Il a donc marqué le quotidien d'un très grand nombre de personnes. Combien se sont inscrits à l'université grâce à lui, combien ont consulté les résultats du bac, combien ont envoyé leur lettre au père Noël (3615 PERENOEL), combien ont effectué des achats grâce à la vente par correspondance ?

    "Wow les petits jeunes, je suis trop content de vous raconter l'époque bénie du Minitel !"

    Comme moi vous entendrez peut-être votre mère, le regard malicieux, vous raconter qu'elle se connectait avec une copine sur le Minitel de son travail pour aller consulter l'horoscope gratuitement et rigoler devant des prédictions peu sérieuses. Ou votre père, annoncer fièrement que ses parents étaient les parmi les premiers à avoir le Minitel à Rennes et que l'Ille-et-Vilaine était à la pointe de la technologie.

    Finalement, chaque famille a une histoire avec le Minitel. Il agit comme une madeleine de Proust pour ceux qui l'ont connu, et intrigue les nouvelles générations qui ne l'ont jamais côtoyé. Certains, comme Cyrille Pennec, s'inquiètent de l'avenir du boitier marron : "Le Minitel a disparu de la mémoire de la nouvelle génération. Même sur les réseaux sociaux, on n’en cause quasiment jamais. Les enfants n’ont pas la moindre idée de ce que ça peut être. Je me demande vraiment ce qui va en rester." 

    Le Minitel est le témoin du temps qui passe, de l'évolution de la société depuis les années 1970-1980. Pour ma part, j'aime croire qu'il permet de réunir les générations grâce à son pouvoir régressif, qu'il permet de partager des anecdotes en famille et d'échanger sur les évolutions technologiques et sociétales qui ont eu lieu entre hier et aujourd'hui. Ouvrir la porte du 3615 c'est replonger dans le passé mais aussi s' interroger sur notre présent. Comprendre d'où vient le Minitel c'est comprendre d'où l'on vient et s'étonner sans cesse de l'influence qu'il a encore sur nos vies : "Elément majeur de l’histoire industrielle, scientifique et sociale de la France, le Minitel n’est pas qu’une curiosité à ranger au rayon des antiquités, mais bien une occasion de comprendre les enjeux actuels de la société numérique, une opportunité de tirer les leçons du passé pour comprendre le présent et, peut-être, préparer l’avenir. "