Délinquance dans le Haut-Rhin en 2017 : “pour les violences sexuelles, on est loin des faits réels”

Garde à vue dans le commissariat de Mulhouse (photo d'illustration). / © Jean-François Frey / MAXPPP
Garde à vue dans le commissariat de Mulhouse (photo d'illustration). / © Jean-François Frey / MAXPPP

 L'année passée, le département a connu une baisse des vols avec violences, mais aussi un accroissement des cambriolages et surtout, plus de violences sexuelles. Décryptage de Philippe Breton, sociologue.

Par France 3 Alsace / ML

Après une baisse globale des faits de délinquance en 2016, le département du Haut-Rhin a connu une évolution plus contrastée en 2017, d'après les chiffres communiqués par la préfecture ce mercredi. Selon Philippe Breton, sociologue et auteur d'Une Brève Histoire de la Violence (2015, éditions Jean-Claude Béhar), les évolutions dans le département suivent la tendance nationale. Quelques chiffres significatifs ressortent toutefois de ce bilan annuel.


Les vols avec violence reculent

L'évolution  est modeste (-5%), mais significative si l'on en croit le chercheur. Ces faits, qui regroupent les vols commis avec une arme ou ceux engendrant des dommages matériels sont passé de 474 signalements en 2016 à 452 cette année. "C'est une tendance nationale", réagit Philippe Breton, qui pourrait "traduire repli de la délinquance vers des comportements rationnels de ne pas s'armer avant les vols". Les peines étant plus lourdes lorsque des faits de violences sont constatés, un "calcul coût-bénéfice" pousserait les délinquants à s'orienter vers des délits moins risqués.

Une hausse des "violences non crapuleuses"

Selon Philippe Breton, ce premier chiffre est un "signal important". Dans le Haut-Rhin, les faits constatés ont augmenté de 7% en 2017, passant de 3257 à 3488. Cette tendance marquerait une rupture avec les données usuellement constatées. "Ce sont des chiffres qui avaient beaucoup progressé dans les dernières décennies, souligne le sociologue. Si on prend les tendances de long terme, on observe une basse de ce type de violence de façon régulière et drastique depuis le Moyen-Âge." Un "processus de pacification des moeurs" ébranlé aujourd'hui par un "recul de la négociation, de la parole, de la façon pacifique de régler les conflits."


Les violences sexuelles de plus en plus déclarées

C'est l'augmentation la plus significative cette année : en 2017, les violences sexuelles constatées ont connu une hausse de 23%. Cette évolution est à prendre avec précaution : elle peut aussi bien traduire plus d'agressions qu'une déclaration accrue de la part des victimes. "Quoique souvent commis en milieu clos (cercle familial, associatif ou isolé), ce type de méfaits est davantage porté en justice grâce à la libération de la parole des victimes", souligne ainsi la préfecture. 

"On s'y attendait, abonde Philippe Breton. Le climat actuel pousse un certain nombre de femmes, mais aussi d'hommes et d'enfants à déclarer. Mais on est encore très très loin des faits réels." Et le chercheur de rappeler : "la plupart des experts estiment qu'il y a entre cinq et dix fois plus de faits réels que de faits constatés".


Plutôt que de tendance, le chercheur préfère toutefois parler de "signaux". Certains chiffres, comme ceux des cambriolages (+10 % cette année) peuvent grandement varier d'une année à l'autre selon les affaires en cours. C'est donc en replaçant ces données sur le long terme que des tendances pourront véritablement se dégager. 

 

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