Centrale nucléaire de Fessenheim : des agents d'EDF refusent de procéder à l'arrêt du réacteur n°1

Le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) doit être "découplé" du réseau national de production d'électricité. La coupure doit intervenir le samedi 22 février, à 2 heures du matin. Mais les équipes chargées de la mettre en oeuvre refusent de le faire.

À l'intérieur du centre de contrôle de la centrale nucléaire de Fessenheim.
À l'intérieur du centre de contrôle de la centrale nucléaire de Fessenheim. © Thierry Gachon, MaxPPP
Le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) doit être "découplé" du réseau national d'Électricité de France (EDF) le samedi 22 février 2020, à 2 heures du matin. C'est inscrit noir sur blanc dans le Journal officiel en date du mercredi 19 février (voir PDF plus bas). Mais une partie du personnel de la centrale refuse de l'accepter.

France 3 Alsace a joint par téléphone l'un de ces exploitants d'EDF qui tient à rester anonyme : il refusera "d'appuyer sur le bouton" pour arrêter le réacteur (il n'y a pas de bouton, c'est une figure de style). Il n'est pas le seul. 
   

Que se passe-t-il à Fessenheim ?

"Quand la fermeture de la centrale a été décidée, on a signé un accompagnement social. Il prévoit un maintien du personnel. Mais on constate de plus en plus de blocages, les textes ne sont pas respectés par la direction. Ça cristallise les tensions avec le personnel. La date d'échéance approche, et on s'oppose toujours à cette fermeture anticipée."
 

Quel est le problème avec cette fermeture anticipée ?

"Cette fermeture est politique ! Elle n'est pas étayée par la technique. Les résultats de production en 2019 classent Fessenheim parmi les meilleures centrales. Ils ont fait ça pour des voix électorales, et les salariés y restent fermement opposés."
 

Mais cette centrale n'est-elle pas trop vieille ?

"Fessenheim [mise en service en 1977; ndlr] avait été prévue pour 40 ans. De nouvelles études ont montré qu'elle était exploitable jusqu'à 60 ans. L'Autorité de sûreté nucléaire n'était pas contre, mais il y a eu Fukushima... À nous, l'employeur nous a vendu des embauches sur 40, 60 ans. Ces carrières n'auront pas lieu."
 

Que réclamez-vous ?

"On souhaite le respect du protocole, qu'il soit respecté à la lettre, et non pas interprété. Par exemple, une prime d'adaptation a été négociée, valable pour un salarié qui change de métier et qui doit faire une formation de longue durée - plus de six mois - mais la direction ne l'applique pas. On voudrait aussi le paiement de nos heures de grève : c'est la direction qui nous a incités à faire grève depuis 2012 pour protester contre la fermeture. Et aussi un accompagnement plus juste, par exemple une aide au logement pour les salariés qui vont rester."
   

Comment va se passer l'arrêt de ce réacteur ?

"Pour arrêter le réacteur, on va commencer par baisser sa tension. Ensuite, on va le découpler du réseau. C'est à dire qu'il arrêtera de produire pour le réseau d'EDF. Mais nous, on refuse de baisser la tension et de découpler. On va continuer à injecter de l'électricité dans le réseau."


Quel soutien recevez-vous ?

"On est une vingtaine dans mon équipe. Et on sera trois équipes ce week-end, donc une soixantaine. On est aussi suivis par d'autres collègues, mais ils ne seront pas d'effectif à ce moment-là."

"On va se baser sur le préavis national de la Fédération CGT des mines et de l'énergie. Les syndicats locaux n'ont pas pu répondre à nos demandes avec un préavis. Ils nous soutiennent, mais il leur aurait fallu cinq jours pour déposer un préavis et ils n'ont été mis au courant que lundi." 
 

Que risquez-vous en n'exécutant pas l'ordre de couper ?

"La direction nous menace avec des lettres de réquisition nous obligeant à le faire. Elles prévoient qu'on aura droit à une sanction disciplinaire d'EDF, et à une sanction pénale car cette fermeture est inscrite dans le code de l'environnement. Le directeur de Fessenheim devrait venir sur place avec un huissier pour relever les noms des réfractaires."
 

Décret n° 2020-129 du 18 février 2020 portant abrogation de l'autorisation d'exploiter la centrale nucléair... by Vincent Ballester on Scribd


Jointe par téléphone, la communication d'EDF expliquait jeudi matin "n'avoir pas été mise au courant" et n'avoir, "faute d'éléments", aucun "commentaire à faire pour le moment"

Une source syndicale au sein de la FNME-CGT déclare quant à elle : "On communiquera là-dessus en temps voulu. C'est encore un peu trop tôt pour le faire." 

Anne Laszlo, déléguée syndicale de la Confédération française de l'encadrement (CFE) Énergies, conclut de son côté : "On reste respectueux de la sûreté et de la légalité. On ne va évidemment pas couper de plein gré, mais ça reste une obligation : on ne peut plus l'empêcher. On ne soutient pas cette action, même si nous comprenons que ce soit extrêmement difficile. On a le coeur gros, mais la loi, c'est la loi." 

La ministre Elisabeth Borne a promis qu'aucun emploi ne serait perdu. Elle sera à Fessenheim le vendredi 21 février, pour le dernier jour d'exploitation du réacteur n°1.
 
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