ENTRETIEN. Zones blanches, intelligence artificielle... les réponses du ministre de la Transition numérique, Jean-Noël Barrot

Jean-Noël Barrot, ministre délégué à la Transition numérique, se déplace dans la Marne ce vendredi 14 avril. Voici ses réponses à nos questions portant sur les zones blanches et l'intelligence artificielle (IA).

La lutte contre les zones blanches ? C'est lui. L'encadrement et l'étude des perspectives apportées par le développement de l'intelligence artificielle (IA) ? C'est lui également.

Jean-Noël Barrot est le ministre délégué à la Transition numérique. Cet office est rattaché à Bercy, c'est à dire au ministère de l'Économie dirigé par Bruno Le Maire. Les dossiers relatifs au numérique font partie des priorités annoncées du gouvernement français.

Ce vendredi 14 avril 2023, Jean-Noël Barrot est en déplacement dans la Marne sur ces thématiques. Voici ses réponses consultables en avant-première.

Cela suppose enfin de garantir l'égalité d'accès de tous les citoyens aux possibilités offertes par le numérique

Jean-Noël Barrot, ministre délégué à la Transition numérique

En préambule, quel est votre rôle ?

"C'est de réussir la transition numérique. Ça suppose d'oeuvrer pour que la France maîtrise les technologies sur lesquelles reposera demain la société numérique. Cela suppose aussi de faire respecter dans la société numérique les règles de droit, garantir un ordre public numérique. Et ça suppose enfin de garantir l'égalité d'accès de tous les citoyens aux possibilités offertes par le numérique. Cette dernière exige que les infrastructures de télécommunications puissent permettre à chacun de se connecter à l'espace numérique."

La question des zones blanches

Vous parlez d'égalité d'accès : quid des zones blanches ?

"Le nombre de zones blanches a beaucoup reculé grâce à une initiative prise [en 2018, le New Deal Mobile]. Ce nouvel accord mobile a été trouvé entre les opérateurs, l'État, et les collectivités pour effacer 5.000 zones blanches. Chaque année, ces zones sont identifiées par la préfecture, le conseil départemental... et sont effacées progressivement."

"Dans le département de la Marne, par exemple, ce sont 61 zones blanches qui ont été identifiées à date. Elles ont été équipées d'un pylône 4G rassemblant les quatre opérateurs : 41 pylônes sont d'ores-et-déjà en service. Pour l'année 2023, cinq sites supplémentaires vont être identifiés pour que ces zones soient couvertes dans un délai de 18 mois." 

De qui "dépendent" les zones blanches, comment agir ?

"La couverture mobile relève du secteur privé. Mais constatant il y a cinq ans que beaucoup de territoires dans notre pays n'étaient pas couverts, et que jusqu'à présent, aucune solution satisfaisante n'avait été trouvée, l'État a mis son patrimoine immatériel dans la balance. Il a conclu cet accord pour permettre aux opérateurs de prolonger l'utilisation des fréquences en contrepartie d'un engagement à installer à l'horizon 2025 5.000 pylônes mutualisés sur autant de zones blanches. Actuellement, nous sommes dans les temps; l'objectif sera atteint pour 2025."

"La question se posera à l'issue du déploiement de ces 5.000 pylônes de savoir si toutes les zones blanches ont été effectivement couvertes, ou s'il faut aller plus loin, trouver un nouvel accord. Pour s'y préparer, nous avons d'ores-et-déjà demandé à ce qu'on nous fasse remonter le nombre de sites non-couverts qu'ils anticipent à l'issue de ce programme qui va trouver son terme en 2025."

Quels sont vos autres chantiers, vos autres budgets ?

"S'agissant de la fibre, l'État a conclu avec les opérateurs et les collectivités le plan France très haut débit. Selon ce dernier, l'État, au côté des collectivités, contribue au déploiement de la fibre, notamment dans les zones rurales, en sollicitant un fonds qui s'appelle le Fonds national pour la société numérique."

Le futur de l'intelligence artificielle

Quel regard étatique portez-vous sur l'IA ?

"L'intelligence artificielle est une technologie qui permet d'augmenter l'intelligence humaine, et qui apporte à nos concitoyens, au quotidien, des solutions pour se déplacer. Je pense à ces logiciels de cartographie, sur Internet, qui nous permettent de trouver le meilleur itinéraire. Ça fonctionne grâce à l'intelligence artificielle. On peut aussi se loger quand on recherche un logement à louer : on peut passer par des sites fonctionnant sur cette base. Pour se soigner aussi : on estime qu'en 2025, un tiers des médicaments auront été découverts grâce à l'IA. Même pour s'informer, lorsque l'on doit faire une recherche, on va solliciter des moteurs de recherche qui fonctionnent avec. Ce sont des solutions pour améliorer notre vie au quotidien, qui peuvent nous faire faire de grands progrès."

"Par ailleurs, l'intelligence artificielle soulève un certain nombre d'interrogations auxquelles nous entendons bien répondre en posant un certain nombre de bornes. L'IA n'a de sens que si elle est au service de l'humain. C'est la raison pour laquelle j'ai, au niveau européen, participé à la négociation sur le règlement sur l'intelligence artificielle. C'est aussi la raison pour laquelle j'ai saisi en début d'année, quand Chat GPT a fait son irruption dans le débat public, le Comité national pour l'éthique du numérique, pour qu'il nous rende un avis au début de l'été qui éclairera nos décisions à venir sur la manière dont nous voulons l'encadrer pour qu'elle puisse se développer en Europe en conformité avec nos valeurs, mais toujours au service de nos concitoyens."

Quelles sont vos réponses face aux inquiétudes au sujet de l'impact sur l'emploi ?

"Dans l'immense majorité des cas, ce que va faire l'intelligence artificielle, c'est ce qu'elle a déjà commencé à faire : nous libérer de certaines tâches fastidieuses, rébarbatives. Et nous permettre de nous concentrer sur les dimensions du travail où la valeur ajoutée humaine est la plus forte : liens avec les autres, créativité, innovation, etc."

"Il y a un certain nombre de métiers, plus restreint, qui vont peut-être - pas tout de suite mais à l'avenir - être remis en question. Notre responsabilité, c'est de faire en sorte que personne ne reste au bord du chemin, et que chacun puisse être armé pour bénéficier des avantages de l'IA dans le monde du travail. C'est la raison pour laquelle le président de la République, [depuis 2017], a lancé une Stratégie nationale pour l'intelligence artificielle. L'un de ses objectifs est de former le plus grand nombre possible de jeunes Français aux savoir-faire, et pour certains aux métiers de l'intelligence artificielle."

Notre responsabilité, c'est de faire en sorte que personne ne reste au bord du chemin, et que chacun puisse être armé pour bénéficier des avantages de l'IA dans le monde du travail.

Jean-Noël Barrot, ministre délégué à la Transition numérique

Que pouvez-vous dire au sujet de cette formation ?

"S'agissant de l'école, le ministre de l'Éducation nationale a annoncé l'introduction, dès la cinquième, de l'apprentissage du code. Ainsi que la création d'un bac professionnel consacré au numérique et à la cyber. Pour l'enseignement supérieur, la stratégie nationale sur l'IA lancée en 2017 et inspirée par le rapport de Cédric Villani a permis de créer quatre instituts interdisciplinaires pour l'intelligence artificielle, qu'on appelle les 3IA, à Nice, Bordeaux, Toulouse et Paris. Ils ont permis de doubler le nombre de diplômés en intelligence artificielle."

"C'est un effort que nous allons continuer à amplifier, puisque cette stratégie a été rechargée d'un supplément d'un milliard-et-demi d'euros en 2018. Rechargement aussi d'1,2 milliard en 2021 notamment pour soutenir la formation - à hauteur de 700 millions d'euros - et proposer des crédits universitaires pour financer la recherche, soutenir des entreprises qui se lancent dans le développement de solutions d'intelligence artificielle en France et en Europe."

Que pensez-vous de la proposition de Benoît Hamon, en 2017, de taxer les robots - ici l'IA - pour anticiper les pertes d'emploi qu'ils pourraient causer ?

"L'intelligence artificielle prend la forme de logiciels. Des logiciels qui, comme les autres actifs des entreprises, sont partie prenante de la base taxable. Donc elle est d'ores-et-déjà taxée si l'on peut dire. Ce qu'il était important de faire et qu'on a aussi réussi à faire il y a quelques années, c'est de faire en sorte que les grandes entreprises du numérique n'échappent pas à la fiscalité française : c'est la taxe Gafa."

Vous parliez précédemment de Chat GPT : quel en a été votre usage, à titre d'exemple ?

"J'ai essayé de lui confier des exercices de synthèse ou de résumé d'interventions ou de discours que j'avais faits. J'ai été, comme beaucoup de nos concitoyens, assez frappé par sa capacité à le faire. Mais je lui ai aussi demandé des éléments biographiques me concernant. Là, je me suis aperçu qu'il y avait encore beaucoup de progrès à faire en matière de fiabilité."

Le projet Handimoov, porté par deux lycéennes des Ardennes

Vous avez reçu au ministère les conceptrices de Handimoov, destinée à faciliter les déplacements des personnes handicapées. Pourquoi était-ce important ?

"C'était très important pour nous, à l'occasion de la journée du droit des femmes, de jouer notre rôle d'inspirer les jeunes filles, les jeunes femmes, les femmes plus généralement à choisir les métiers du numérique et de la science. Pour cela, de mettre en lien des lycéennes et des collégiennes avec des femmes dont le parcours dans le numérique et les sciences est remarquable et remarqué."

"C'est à cette occasion-là que nous avons réuni des élèves et des dirigeantes du numérique pour qu'elles puissent échanger. Il y avait effectivement la solution développée par Gabrielle et sa complice, Handimoov, très utile et très précieuse. Elle permet justement de mettre le numérique au service de l'accessibilité. C'est l'une des dimensions les plus intéressantes du numérique, qui facilite l'accès à des services et des droits pour celles et ceux qui en sont privés."