Convention citoyenne pour le climat : voici ce que les Alsaciens tirés au sort choisissent comme propositions

Les 150 citoyens tirés au sort pour faire partie de la Convention citoyenne pour le climat se sont retrouvés pour une dernière session avant de rencontrer Emmanuel Macron. Parmi eux, quatre Alsaciens ont participé au vote de 149 propositions. 

Le président de la République, Emmanuel Macron, accompagné par Patrick Bernasconi, président du Conseil Économique, Social et Environnemental, (CESE) le 10 janvier 2020 lors d'une session de la Convention citoyenne pour le climat.
Le président de la République, Emmanuel Macron, accompagné par Patrick Bernasconi, président du Conseil Économique, Social et Environnemental, (CESE) le 10 janvier 2020 lors d'une session de la Convention citoyenne pour le climat. © Stephane Lemouton /Maxppp

La Convention citoyenne pour le climat (CCC), dont l'objectif est de réduire d'au moins 40% des gaz à effet de serre d'ici à 2030 par rapport à 1990, a rendu sa feuille de route le 21 juin 2020. Durant leur dernière session, débuté le 19 juin, les 150 Français tirés au sort ont voté pour les 149 propositions que le gouvernement doit examiner. Parmi ces citoyens, quatre Alsaciens ont retenu une mesure phare et nous explique pourquoi.

Pendant neuf mois, ce sont en tout quatre Alsaciens qui ont participé au marathon écologique voulu par Emmanuel Macron pour répondre au changement climatique mais aussi à la crise des Gilets jaunes. Isaura Paron, responsable clients industrie et Jocelyn Brocker, encore lycéen, étaient chacun dans un des cinq groupes de travail de la Convention ("Se nourrir", "Produire-travailler", "Consommer", "Se loger", "Se déplacer").

"La rénovation des bâtiments"

"Cette mesure a beaucoup fait parler, on nous a dit qu'on était totalitaire, qu’on contraignait les propriétaires mais c'est une filière qui émet beaucoup de gaz à effet de serre", explique Isaura Paron, qui a travaillé dans le groupe "se loger." Parmi les propositions du groupe, celle de "rendre obligatoire la rénovation énergétique globale des bâtiments d’ici 2040", qui comprend plusieurs objectifs. Le but premier est de réduire "de 10% les gaz à effet de serre" émis par le parc immobilier français qui représente en tout 16%. "On veut favoriser la production plus responsable en développant des filières de recyclage et de gestion des déchets, encourager l’ écoconception, encourager les entreprises à gérer les déchets d’une manière plus respectueuses", poursuit la Strasbourgeoise. Elle pointe notamment la nécessité de redonner vie à chaque produit qu'on utilise en raison de nos "limites matérielles." Isaura Paron a pu rencontrer divers acteurs du milieu, mais aussi des associations écologiques pour (presque) devenir une experte en rénovation énergétique.

"La consommation responsable"

Jocelyn Brocker a quant à lui travaillé dans le groupe "consommer" avec une trentaine de personnes. La mesure qu'il a choisi, "faire de l’éducation, de la formation et de la sensibilisation des leviers d’actions de la consommation responsable", concerne le long terme et tous types de générations. "Je suis au lycée donc l'éducation nationale, je suis encore dedans, j'avais connaissance du terrain et ce qui se faisait en faveur de l'écologie", explique Jocelyn Brocker, âgé de 17 ans. Instinctif et naturel, c'est comme cela qu'il résume son aventure au sein du groupe. Le but de la mesure : promouvoir et apprendre les comportements écoresponsables dès le plus jeune âge pour "changer les pratiques en profondeur." Parmi les objectifs, on retrouve notamment la "sensibilisation de l'ensemble de la population sur l'urgence climatique et le passage à l'action." La mesure doit concerner un panel très large allant des élèves aux professeurs en passant par les parents. L'idée est également d'ouvrir le champ des possibles aux étudiants pour laisser parler leur créativité : "On voudrait des formations plus poussées dans ce domaine mais aussi dans l’agriculture et s’appuyer sur un modèle éducatif basé sur l’action, la créativité, donner à l’élève le moyen d’agir." Fatigué mais soulagé du travail fourni, le lycéen se réjouit d'une expérience aussi enrichissante, comme il l'explique dans une vidéo partagée sur Twitter ci-dessous.

"Sortir des énergies fossiles"

Dans son groupe "produire-travailler", Nadine, originaire de Kingersheim (Haut-Rhin) s'est spécialisée dans la domaine de l'énergie. L'intitulé exacte, "production, stockage et redistribution d’énergie pour et par tous", vise à développer les "énergies vertes pour sortir des énergies fossiles" et surtout de travailler en coopération. "En Alsace on a des villages et des villes qui montent des coopératives énergétiques, des énergies vertes, et je trouve que c’est une excellente solution et ça permet de créer un collectif inter-quartier. On a le solaire, l’hydraulique, ça permettrait pour la région Grand Est de partager ces énergies et de créer de la solidarité", explique Nadine. Elle prend d'ailleurs l'exemple  de sa commune qui a monté une "coopérative d'énergie. La ville appelle à la participation des citoyens." Justice sociale et égalité pour tous, c'est le maître-mot de cette mesure dont trois grands volets sont à relever : la création d'une "gouvernance territoriale, avec la participation de citoyens, qui gère localement la production et la redistribution d'énergie sur le territoire. il faut pouvoir participer à tous les niveaux de l'échelle." Second volet, la régionalisation des Programmations pluriannuelles de l'énergie (PPE), pour que chaque région définisse sa "propre capacité, toujours en accord avec le national." Et enfin, la participation citoyenne, "c'est très important pour nous", insiste Nadine.

Limiter nos déplacements polluants

Au sein du groupe "se déplacer", Tina Steltzlen a travaillé sur les solutions à apporter pour réduire l'impact environnemental des déplacements du quotidien. Elle a décidé de ne pas retenir une seule mesure phare mais de mettre en avant un ensemble de mesures qui auront (si elles sont appliquées) un impact sur les émissions de gaz à effet de serre. "Nous avons cherché des solutions applicables assez rapidement et qui entrent dans le cadre de la justice sociale." La voiture est, de ce fait, omniprésente dans les propositions. A la fois émettrice de pollution, elle est nécessaire aux déplacements des citoyens et sa suppression "est infaisable. L'idée est plutôt de se déplacer avec des moyens plus doux", explique la Mulhousienne. Parmi les mesures, celle de réduire la vitesse sur l'autoroute, en passant de 130 à 110 km/h, "cette idée est décriée, mais regardez aujourd'hui, on a demandé aux automobilistes de rouler moins vite puisqu’il fait trop chaud et on pollue plus. On n'a pas voulu entrer dans quelque chose de punitif." Les 31 mesures développées vont plus loin que la voiture individuelle et les déplacements maison-travail, elles passent par les poids lourds, l'aménagement des voies ou encore les effets néfastes du transport aérien.

Mais l'aventure de s'arrête pas là, le président de la République va rencontrer les trois Alsaciens le 29 juin pour leur donner une première réponse aux propositions. "C’est un grand moment, et il va être "sans filtre", comme il l’avait promis, rejeter ou accepter nos propositions", rappelle Isaura Paron. Ils devraient encore suivre un moment la concrétisation (ou non) de leurs mesures au sein de l'association "les 150", qui est en cours de création.

 

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