Coronavirus - Au ralenti, exposés au virus et en colère, les chauffeurs routiers vont exercer leur droit de retrait

"La crise sanitaire a dégradé les conditions de travail ! " Malik Nourdine, chauffeur routier / © Franck Gaillet - Benoît de Butler - FTV
"La crise sanitaire a dégradé les conditions de travail ! " Malik Nourdine, chauffeur routier / © Franck Gaillet - Benoît de Butler - FTV

Stations services et restaurants fermés, sanitaires pas nettoyés, parkings saturés : sur le terrain, la galère s'amplifie pour les chauffeurs routiers. Leur colère monte malgré les promesses du ministre des transports. Les syndicats des transports appellent au droit de retrait dès lundi 30 mars.

Par Jean-François Didier

Sur cette aire de l'A31, proche de Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle) des dizaines de camions à l'arrêt. Presque plus une place pour se garer. La plupart des poids lourds sont immatriculés dans les pays de l'Est. Ils sont là depuis des jours, voire des semaines. Bloqués, en attente de nouvelles missions qui n'arrivent pas : les commandes et les livraisons se font de plus en plus rares. Alors ils "squattent" les aires autorisées.

Ils font du fret et il n'y en a plus, alors on les laisse comme ça stagner sur les parking.
- Malik Nourdine, chauffeur routier
 

Sèche-linge sous le capot du camion. / © Benoit de Butler - FTV
Sèche-linge sous le capot du camion. / © Benoit de Butler - FTV

"Ils sont équipés pour un mois, pour se laver c'est avec une lingette ou un tout petit peu d'eau , ils peuvent rester là longtemps !"
En effet, au sol, près des camions polonais, bulgares ou biélo-russes, des installations de survie durables : fil à linge sous le capot, réchauds, téléviseurs et chaises longues. L'attente fait plus que se prolonger.
 

Fermé. / © Benoit de Butler - FTV
Fermé. / © Benoit de Butler - FTV
Fermé. / © Benoît de Butler - FTV
Fermé. / © Benoît de Butler - FTV


"La situation s'aggrave !"

Pour Malik Nourdine, chauffeur routier Français à son compte, les conditions de travail se sont largement dégradées depuis le début de la crise épidémique.
Avec 31 ans d'expérience routière et 3000 kms hebdomadaires dans toute la France, il a pu constater que de nombreuses stations services et restaurants autoroutiers restaient fermés. Alors c'est la débrouille.

Certaines aires n'ont même pas de toilettes. Quand il y en a elles ne sont pas bien nettoyées ou pas entretenues du tout !
En plus, avec le virus il n'y a aucun contrôle !

Prudent, par mesure de précaution, Malik préfère ne pas utiliser les sanitaires des aires autoroutières, il a son équipement personnel à bord du camion.

Droit de retrait

Pour trouver les bons endroits afin de se nourrir, se laver et se reposer dans des conditions "acceptables", les routiers dépassent souvent les heures autorisées.
Ils risquent alors des amendes. C'est la double ou triple peine : 

Notre métier n'est pas respecté. Pourtant on rend beaucoup de services. Mine de rien, sans le transport routier la France va ramer ! On n'a plus du tout envie de rouler !

Pourtant, face à la grogne des représentants du transport et de la logistique le week-end dernier, les ministres de l'économie et des transports avaient demandé la réouverture des stations et de leurs points de restauration pour les routiers... Une recommandation qui n'a visiblement pas été suivie d'effets.
Pour ces raisons, les syndicats CFDT, FO et CFTC du transport routier appellent les chauffeurs à exercer individuellement leur droit de retrait à partir de lundi 30 mars en cas de manquements aux mesures de protection sanitaire contre le coronavirus.
Sur les routes, les camions vont moins circuler et les approvisionnements vont se raréfier car beaucoup de chauffeurs ont exprimé leur volonté d'appliquer ce droit de retrait. 

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