Coronavirus: autorisés à rouvrir leurs cabinets, les kinés s'organisent

Ils étaient fermés en raison du coronavirus. Mais depuis ce lundi 27 avril, les cabinets de kinésithérapie sont autorisés à rouvrir de manière progressive et sous des conditions sanitaires strictes. Une reprise synonyme de réorganisation totale des pratiques.

 

Un kinésithérapeute avec son patient.
Un kinésithérapeute avec son patient. © Claude Cortier - MaxxPPP

Quelques jours avant le confinement, le conseil de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes avait ordonné à l'ensemble des spécialistes de cesser toute activité à leur cabinet. En cause ? Le manque de matériel de protection adapté (masques, surblouses...) pour se protéger du coronavirus et limiter sa propagation. Jusqu'ici, les praticiens exerçaient au domicile de certains patients ou grâce à la téléconsultation.

Mais depuis lundi 27 avril 2020, les kinés sont autorisés à reprendre leur activité au sein de leur cabinet, de manière progressive. Tous doivent s'assurer qu'ils respectent scrupuleusement le guide des bonnes pratiques publié par l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes.
 

Un tri des patients

Les kinésithérapeutes y accueilleront uniquement les personnes "en bonne santé, les plus jeunes et ceux qui peuvent se déplacer facilement", explique Olivier Kotz, kinésithérapeute à Nancy.

Pour Caroline Barbier, kinésithérapeute à Pulligny (Meurthe-et-Moselle), cette nouvelle organisation engendre une charge de travail supplémentaire : elle nécessite d'étudier au cas par cas la situation de chaque patient pour "savoir si le motif de la consultation nécessite une prise en charge rapide ou non, si c'est une urgence...". Dans certains cas, la téléconsultation reste donc l'outil privilégié.

Concernant la patientèle la plus fragile, telles que les personnes âgées ou les personnes souffrants de pathologies, les consultations se dérouleront à domicile pour les protéger : "le cabinet, c'est vraiment le derniers recours", ajoute-t-elle. 

Si jamais un patient atteint du covid-19 a besoin de se rendre au cabinet, il est recommandé de le faire venir en dernier, à la fin de la journée
- Caroline Barbier, kinésithérapeute

Des horaires aménagés et du temps perdu

Pour limiter le flux de patients en salle d'attente, un aménagement des horaires de travail entre collègues est également nécessaire: "Il faut espacer les rendez-vous au maximum pour que personne ne se croise...", souligne Carole Barbier.

Au sein des cabinets pluriprofessionnels avec une salle d'attente commune, la réorganisation s'avère plus délicate. C'est le cas d'Olivier kontz. Pour éviter tout risque de contamination, il a choisi une solution radicale : travailler à mi-temps avec sa collègue de cabinet: "Je travaillerai le matin et elle l'après-midi".

En plus de cela, le respect de l'hygiène peut faire perdre un temps considérable au spécialiste et allonger sa journée de travail : les gouttelettes, rejetés par la respiration et la transpiration du patient ayant fait des exercices sur un vélo, peuvent contaminer l'air : "Nous devons donc attendre vingt minutes entre chaque patients pour aérer la pièce", indique Caroline Barbier.

Par ailleurs, les exercices pratiqués pour soulager les douleurs des patients sont eux-aussi impactés : "Nous travaillons beaucoup avec des élastiques ou des balles. Nous devons veiller à les nettoyer après chaque usage ou éviter de les utiliser. Ce qui limite pas mal ce qu'on peut faire en temps normal".

La situation sanitaire fait qu'on se pose la question de comment utiliser un appareil. Concernant l’appareil d’électrothérapie, est-ce que le patient pourra le toucher, ne pas le toucher ? Faut-il le mettre sous plastique, sous cellophane ?
- Xavier Colin, président de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes de Meurthe-et-Moselle

 

Le cabinet de Caroline Barbier, kinésithérapeute
Le cabinet de Caroline Barbier, kinésithérapeute © Caroline Barbier

De nouvelles contraintes financières pour le praticien

Pour éviter la prolifération du covid-19, le cabinet doit être nettoyé et désinfecté de fond en comble après le passage de chaque patient : table, chaise sur laquelle la personne s'assois ou table sur laquelle il s'allonge... Rien ne doit être laissé au hasard. "On désinfectait déjà tout mais désormais, la quantité de produit utilisé est multipliée par dix ou plus !", précise Xavier Colin.

Ces contraintes matérielles engendrent un coût supplémentaire: "Par exemple, certains collègues, qui demandaient à leurs patients de venir avec leur propre serviette par soucis écologique, doivent se procurer des alaises en papiers. Tout doit être racheté en plus grande quantité : gel, sopalin, lingettes, produits nettoyants. Ce qui chiffre très vite !"
 

Une situation alarmante pour la profession : entre mars et avril, certains cabinets ont vu leur chiffre d'affaire baisser de moitié, voir davantage : "En plus de ne pas pouvoir reprendre notre activité au même rythme qu'avant, nous n'aurons certainement pas les mêmes revenus. En Avril, j'ai fait 3 séances au lieu de 80. J'ai personnellement tiré un trait sur mes vacances d'été pour travailler jusqu'à la fin de l'année", confie Caroline Barbier.

Malgré les mesures barrières prises par le professionnel de santé, le respect des règles sanitaires passe également par une responsabilisation du patient, rappelle Xavier Colin: ''Il doit arriver à l’heure, ne toucher à rien, porter un masque, se laver les mains à l’entrée et la sortie, même plusieurs fois dans la séance s’il le faut !"

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