Coronavirus : parti pour l'Australie en auto-stop, un couple d'Alsaciens est confiné dans une ferme en Bulgarie

Publié le Mis à jour le
Écrit par Noémie Gaschy .

Anissa et Stéphane ont entamé en mai 2018 un long voyage vers l'Australie, depuis le village haut-rhinois de Landser. Un périple à travers le monde, à pied et en auto-stop, brutalement interrompu par la pandémie. Confinés en Bulgarie, ils espèrent que la crise sanitaire éveillera les consciences.

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Ils sont partis en avril 2018 du petit village de Landser dans le Haut-Rhin, avec des rêves de rencontres plein la tête. Objectif, Australie… à pied et en auto-stop, la saveur ne serait pas la même autrement. Anissa et Stéphane veulent parcourir les pays, au gré des amitiés nouées avec leurs habitants.
 

En plusieurs mois de voyage, il y en a eu des anecdotes, des petites histoires dévoilées dans une voiture, un jardin ou autour d’une table. Le sac à dos facilite les choses, paraît-il. Et puis d'un coup, plus rien. Car en Bulgarie aussi, la population est confinée. Le coronavirus empêche les vagabonds de poursuite leur route.
 
Anissa et Stéphane rongent leur frein : début janvier, il s'était autorisé une longue pause de sédentarité pour s'épargner un difficile hiver sous une tente. Elle allait se terminer le 17 mars. Le couple devait rejoindre la Turquie, mais trois jours plus tôt, elle a refusé l'accès à son territoire aux ressortissants de neuf pays européens, dont la France, pour limiter la propagation du coronavirus. Entre-temps, de toute façon, le ministère bulgare de la Santé avait imposé des mesures de confinement.
 
 
Les deux Alsaciens ont donc prolongé leur séjour à Aytos, petite ville de 22.000 habitants, dans le sud-est du pays. Ils sont hébergés gratuitement depuis le début de l'année, en échange de leur travail comme volontaires dans une ferme, pas loin. Leur mission : "dog-sitters", autrement dit, ils s'occupent tous les matins d'une meute d'une douzaine de chiens. Comme par hasard... les rencontres, encore, et la nature, aussi. "On n'a vraiment pas à se plaindre, assurent-ils. On a beaucoup de chance, on n'est pas coincés à l'autre bout du monde sans savoir où dormir. On est en sécurité. Ici, l'amende en cas de non-respect du confinement peut atteindre 5.000 leva (environ 2.500 euros). Mais c'est sûr qu'on est un peu frustrés..."
 


"On espère que la crise va illuminer les consciences"

Dans l'appartement qui leur a été mis à disposition par le fermier, les globe-trotters ont le confinement créatif. Ils ont lancé leur chaîne YouTube, My Nomad Project, histoire de passer le temps. De divertir leurs familles, aussi, malgré la distance. Le Haut-Rhin natal d'Anissa souffre terriblement du coronavirus. Chaque dimanche, à 15 heures, la jeune femme et son compagnon donnent rendez-vous pour un épisode : une semaine, un pays. La France, l'Allemagne, le Liechtenstein, l'Autriche, la République Tchèque...
 
Une invitation à participer à l'aventure, et surtout, des convictions à défendre. "On veut montrer qu'on peut voyager de manière lente et durable. On essaye d'être le plus équitable possible", confient les trentenaires. Ils se sont rencontrés en 2014 à Édimbourg, en Écosse. Tous les deux travaillaient dans le tourisme de masse. Ils ont désormais envie d'autre chose, "respecter les gens et la nature". La crise sanitaire renforce leurs certitudes.
 


Tout ça nous conforte dans nos choix
- Anissa et Stéphane, voyageurs alsaciens

"Tout ça nous conforte dans nos choix. On espère que ça va illuminer les consciences... que les gens vont se remettre en question, se rendre compte que le plus important, c'est de passer du temps avec sa famille. On voit bien que manger local et de manière biologique permet d'aider les paysans locaux, de se nourrir correctement", insistent Anissa et Stéphane. À leur retour en France, dans quelques années, ils comptent ouvrir une ferme et se lancer dans la permaculture. "Mais on ne sait pas encore où."
 
 

"On apprécie la lenteur"

Ils ne sont pas pressés. Le temps vaut de l'or : "On apprécie la lenteur. Quand on arrive quelque part, on divague dans le pays. L'habitant du bout du monde devient notre voisin. En voyageant à pied et en auto-stop, on rencontre des gens de milieux très différents, c'est vraiment enrichissant. On arrive parfois dans des endroits complètement reculés et on parvient à tisser des liens". Ils n'oublieront jamais cette famille de bergers qui les a accueillis pendant dix jours dans les montagnes albanaises, en immersion. "Des gens qui vivaient avec presque rien mais d'une richesse exceptionnelle."
 

L'Australie est encore loin et la suite du périple, en question. Même après la levée du confinement, ils ne reprendront pas leur route comme si de rien n'était. Ils se l'interdisent, au cas où, pour ne pas faire voyager le virus.
 

Tout notre voyage est basé sur les rencontres, alors devoir garder nos distances...ça complique les choses
- Anissa et Stéphane, voyageurs alsaciens

"On s'inquiète un peu, admettent-ils. Tout notre voyage est basé sur les rencontres, alors devoir garder nos distances...ça complique les choses. Les habitants nous font part de leurs anecdotes, c'est beaucoup plus intéressant qu'aller visiter les lieux touristiques. On veut rejoindre l'Australie, mais c'est le chemin qui nous importe, plus que la destination." L'auto-stop, ils l'abandonneront sans doute dans un premier temps. Ils utiliseront les transports en commun, avant de re-goûter aux joies des petits sentiers découverts avec les habitants du coin. Les contretemps ne font qu'aiguiser leur appétit : ils se le sont promis, ils arpenteront bien la route de la soie, dont ils rêvent depuis si longtemps.

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