Coronavirus - Entre France et Belgique, pour les travailleurs transfrontaliers : un confinement doublement difficile 

En Belgique aussi, la file d'attente aux magasins est strictement encadrée, et les caissières nettoient régulièrement leur caisse. / © Document remis
En Belgique aussi, la file d'attente aux magasins est strictement encadrée, et les caissières nettoient régulièrement leur caisse. / © Document remis

Fabian Bingoni, 45 ans, sa femme, 40 ans et ses beaux-parents 75 et 63 ans redoutaient cette annonce. La Belgique vient d’annoncer le confinement du pays à partir de ce mercredi 18 mars à 12h. Pour ce brasseur belge, qui travaille en France, c’est une double peine.

Par Rachida Bettioui

Déjà vendredi dernier, le 15 mars, Fabian Bingoni, brasseur belge devait fermer sa brasserie située à Carignan dans les Ardennes à quelques kilomètres de son domicile à Chiny, un village près de Florenville en Belgique. Lorsque lundi soir, il écoute l’allocution du Président français Emmanuel Macron, il espère que les mêmes mesures de confinement en France ne vont pas avoir lieu en Belgique. 
 

Depuis mardi 17 mars, les frontières de l’Union Européenne se ferment 

Aujourd’hui, il se demande déjà quelles seront les démarches pour pouvoir se rendre dans sa brasserie en France. Car sa bière, il la fabrique là-bas sur place à Carignan. Le lendemain, Fabian se rend en ville et se rassure en voyant encore tous les commerces ouverts et avec la température clémente, les gens se promenaient en ville. Personne n’a l’air inquiet par les annonces de la France. Mais l’atmosphère change à l’extérieur du centre ville. Fabian constate qu’il y a de longues files dans les supermarchés mais aussi, qu'aucune mesure n’est prise pour protéger les clients.
 


En revanche, il remarque que les caissières portent un masque et nettoient le tapis roulant des caisses après chaque rush.

Les scénarios français ont été répétés

Les rayons ont été dévalisés de tous les produits de premières nécessités. Mardi, Fabian confie qu’il est comme beaucoup de Belges à ne pas trop comprendre les mesures précédemment annoncées en Belgique. « En tant que Belge, on ne comprend pas bien ces demi-mesures, pourquoi tout fermer les week end et pas en semaine, cela n’incite pas les gens a rester chez eux, nous vivons comme s’il  n y avait pas de mesure, à part que nous avons nos enfants et que nous ne pouvons plus allez  dans un restaurant… »

On se doutait bien qu’il y aura d’autres  mesures qui seront prises. Les indépendant sont super inquiets de la situation et se demandent si l’Etat ne leur a pas demandé de fermer, car ils n’ont prévu aucune mesure pour soutenir les PME ...
-Fabian, entrepreneur

 

Sa micro-brasserie en péril 

Fabian s’est installé à Carignan, il y a moins d’un an pour ouvrir sa micro brasserie. Tous les jours, il fait des allers-retours entre la Belgique et les Ardennes car pour lui « pas question de s’installer la semaine dans les Ardennes et ne pas voir son épouse et ses enfants ». D’autant que le trajet est bon, agréable et fluide à peine une demi-heure. Sa brasserie l'Yvoise c’est vraiment donc un rêve depuis des années. Ce brasseur, ancien restaurateur aime imaginer de nouveaux goûts. Aussi il s’est lancé avec un ami, son voisin, laborantin pour une grande enseigne de bière trappiste en Belgique, dans la création de sa bière. Seulement un produit fabriqué doit être surveillé en permanence. 

« En tant que frontalier travaillant en France et vivant en Belgique, nous ne savons pas quoi faire, demain je dois aller à la brasserie car la bière est un produit vivant qui doit être contrôler et tester.  Les conséquences financières pour nous qui vendons principalement dans notre établissement mais aussi dans les cafés, les restaurants mais aussi lors de foires, salon, Bière festival… sont catastrophiques, c’est l’arrêt total de toute notre activité sans plus aucuns revenus possible avant minimum 3 semaines.  Seulement nos charges restent inchangés, crédit en cours, électricité, eau, Gaz, assurances, Ursaff … Le discours du président Macron nous a un peu rassurés, mais on se pose de nombreuses questions, comment et quand pourrons nous demander ces aides? Quel en sera le montant ? »

Quatre à la maison 

Aujourd’hui Fabian est confiné avec son épouse et leurs deux enfants de 4 ans et 9 ans. Les enseignants envoient des fiches de révisions par mail mais aucun nouvel avancement dans les leçons. Fabian est préoccupé pour sa femme car elle s’inquiète énormément pour ses parents qui vivent de l’autre côté de la frontière à Pure dans les Ardennes. « On s’occupe de nos enfants et on va faire une petite balade par jour. Si c’est pour nous protéger, on n’a plus tellement trop le choix». Fabian va tenter d'envoyer des photos pour garder un échange transfrontalier. Le confinement est annoncé jusqu’au 5 Avril prochain. 

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