Covid-19 : "Il faut laisser une trace", les archives départementales collectent les souvenirs de la crise sanitaire

Les archives départementales auboises et marnaises ont demandé à une association de recueillir des témoignages variés, pour retranscrire cette année de crise sanitaire. En Haute-Marne, c'est un photographe qui a monté un long métrage pour garder une trace de cette période inédite.

Le colonel Olivier Peycru, directeur adjoint du SDIS de la Marne, le 22 mars 2021, lors de son entretien avec l'association le Son des choses, durant lequel il est revenu sur la crise sanitaire.
Le colonel Olivier Peycru, directeur adjoint du SDIS de la Marne, le 22 mars 2021, lors de son entretien avec l'association le Son des choses, durant lequel il est revenu sur la crise sanitaire. © SDIS Marne

C'est la deuxième fois qu'Olivier Peycru se confie au micro de Julien Rocipon, ce lundi 22 mars. La première, c'était en juillet 2020, à la sortie du confinement, quelques semaines à peine après le début de l'initiative lancée par les archives départementales de la Marne. "En mai 2020, à la sortie du premier confinement, on a décidé de lancer une collecte de témoignages oraux", se souvient la directrice des archives marnaises, Isabelle Homer. Faute de matériel, elle décide de confier la mission à l'association le Son des choses, également mandatée par les archives de l'Aube. "On sait qu'au fil du temps, les choses s'estompent. C'était important pour nous de recueillir leurs impressions à chaud."

Des archives différentes

Dans l'Aube puis dans la Marne, après la sidération, ces professionnels des archives ont vite compris l'importance de recueillir des témoignages pour les générations futures. "C'est la première fois que nous faisons une telle opération, souligne Isabelle Homer. Jusqu'à présent, nous avions uniquement des archives papiers et électroniques. Elles proviennent d'administrations, de collectivités. Nous n'avons que des points de vue officiels et administratifs. L'objectif est d'avoir l'avis de la population, de recueillir des avis subjectifs." 

Depuis avril 2020 (l'Aube a débuté les entretiens un mois avant la Marne), c'est donc Julien Rocipon qui recueille des témoignages aubois et marnais. En tout, il interroge un peu plus de 80 personnes à plusieurs reprises. "Cela permet d'avoir deux points de vue : les témoignages à chaud, puis une fois que la période a été digérée", explique le salarié du Son des choses. "Un an après, on se dit parfois, mais pourquoi on a fait ça à cette époque ?". Et finalement je pense qu'on a bien réagi, analyse Olivier Peycru, le pompier, de l'autre côté du micro. C'est une certaine fierté de parler de tout ça, de ce qu'on a mis en place."

Pour l'heure, les archives auboises et marnaises travaillent pour un public de profesionnels. "On crée de l'archive, affirme le directeur aubois, Nicolas Dohrmann. Pour l'instant, on a envisagé ce projet sous l'angle 'créons des données pour demain, ne perdons pas l'information et on verra ensuite ce qu'il est intéressant de faire'." Pas de projet pour le grand public pour le moment. "Je pense que pendant quelque temps, voire quelques années, les gens n'auront plus envie d'entendre parler de la Covid", suggère Nicolas Dohrmann. "Le moins que l'on puisse faire, que tout soit bien stocké sur nos serveurs, abonde Isabelle Homer. Ce sera mis à disposition sur nos ordinateurs, nous verrons plus tard ce que nous pourrons proposer."

 

Un long-métrage haut-marnais

Du côté de la Haute-Marne, l'initiative n'est pas venue des archives départementales, mais de Stéphan Maurer. Le photographe chaumontais a recueilli de nombreuses vidéos et des photos, et il les a compilées pour en faire un long-métrage. "J'ai proposé de faire un reportage participatif avec des personnes qui se filmaient, se remémore Stéphan Maurer. Puis ça s'est étendu au département, avec des personnes qui m'ont envoyé des contributions de Langres et Saint-Dizier." Pompiers, élus, bénévoles... après avoir reçu quelques vidéos, le photographe s'est improvisé journaliste. "Je voulais une balance entre des acteurs civils et les institutions. J'ai interrogé le colonel de la gendarmerie, les pompiers... Mais ce n'est pas exhaustif. Je n'ai pas eu de soignants car ils étaient trop occupés", justifie le Haut-Marnais.

Après près de 180 heures de montage, le Chaumontais souhaitait projeter son long-métrage dans un cinéma et inviter ses acteurs improvisés. "Mais depuis que j'ai terminé le montage, les cinémas sont fermés", regrette Stéphan Maurer. Les archives départementales n'ont pas fini d'être alimentées.

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