Dans les Ardennes, à Rimogne, le dernier chevalement minier, sauvé grâce à la mission Bern

Le Puits de Saint-Quentin à Rimogne, dernier chevalement minier des Ardennes encore debout, va pouvoir être restauré grâce à la Fondation Patrimoine et à la Mission Bern. Une nouvelle qui réjouit les habitants attachés à leur patrimoine.

Situé à Rimogne, ce chevalement du Puits Saint-Quentin est représentatif des puits d'extraction du temps de l'industrie minière et plus particulièrement celle des ardoises. Une histoire et un ouvrage que connaît très bien Christian Thullier, Délégué de la Fondation du Patrimoine des Ardennes. " J'ai connu cet ouvrage en activité, mes grands-parents comme mes parents et beaux-parents y ont travaillé. Et ce chevalement a fait des heureux, car il permettait aux ardoisiers qui devaient remonter des blocs d'ardoise sur leur dos d'être aidé. La descente des ardoisiers jusqu’à 120 mètres se faisait par un ascenseur dont le treuil est installé au sommet du chevalement." raconte Christian.

Inauguré le 4 décembre 1961, le puits de St Quentin fonctionnera durant une décennie uniquement. En effet, dix ans après son inauguration, les ardoisières de Rimogne ferment. Aujourd'hui, prudemment, Christian Thullier avance dans cette friche industrielle. Entre les feuillages et les planches en bois abimées par le temps, le Puits de St Quentin, est le dernier chevalement minier des Ardennes encore debout. Sa sélection par la Mission Bern, pour la sauvegarde du patrimoine en péril, réjouit cet enfant du pays. Lui qui a passé du temps pour étudier toutes les possibilités pour restaurer ce bâtiment et sauvegarder son histoire." J'ai passé quelques mois étudier différents diagnostiques autour de ce bâtiment et j'en ai parlé à la municipalité qui a accueilli ce projet de rénovation avec enthousiasme. Ensuite, tout s'est enchaîné jusqu'à cette sélection par la mission Bern qui fait qu'aujourd'hui ce chevalement est sauvé, car c'est important aussi de laisser ce patrimoine vivant et présent pour les générations futures afin qu'elles comprennent et connaissent l'histoire des ardoisiers des Ardennes et de Rimogne" explique Christian Thullier.

Un symbole de l'âge d'or 

Un sentiment partagé par Christian Schneider, Ancien Directeur des Ardoisières de Rimogne et qui a participé aux différents diagnostiques réalisés pour présenter le dossier à la Fondation Patrimoine. " Il est important ce chevalement, car il explique et rappelle l'époque où les ardoisières de Rimogne étaient en pleine expansion. Rappelons aussi qu'à l'époque, le bassin ardoisier a montré de sérieux signes d’épuisement après la Seconde Guerre mondiale, et que la société des ardoisières a décidé de relancer la production de la fosse Saint-Quentin, abandonnée depuis un certain temps pour relancer sa production " relate l'ancien directeur.

Exploitée depuis le XIIIe siècle, le site des ardoisières amène de nouvelles techniques d’extraction. L’installation du chevalement qui servait à la fois d’ascenseur et de treuil en fait partie. Inauguré en 1961, il fermera dix ans plus tard, car il ne pourra pas faire face à la rude concurrence espagnole. Le chevalement est aussi synonyme de beaucoup d'accidents et marque les esprits comme un ouvrage qui aura causé de lourdes pertes humaines. Depuis 50 ans, le chevalement résiste aux intempéries et reste le témoin de l’activité. Pour l'ancien directeur des ardoisières, aujourd'hui à la retraite, la sauvegarde de cet ouvrage permet de rappeler l'âge d'or de la production.

Pendant des années, ce bâtiment privé fera l'objet d'un bail en partenariat avec le Conseil général qui finira par se désengager et le céder à la commune pour un euro symbolique. Sa rénovation permet d'envisager une seconde vie pour cet ouvrage fascinant." La Fondation du patrimoine est une formidable opportunité et la Mission Bern, la petite étape qui nous manquait. Nous sommes très fiers, à Rimogne, d’en faire partie, pour protéger le témoin visible du travail de nos ardoisiers" explique Yannick Rossato, le maire de Rimogne.

Une seconde vie pour le site 

Si l’édifice est le seul représentant ardennais de la Mission Bern, il lui reste encore une étape à franchir pour profiter de cette aide exceptionnelle. “La Mission Bern peut nous apporter des fonds, mais pour en profiter, nous devons lancer une souscription et obtenir 15 000 € pour valider notre ticket au loto du patrimoine“, souligne le maire de Rimogne, Yannick Rossato. Dans son projet, l’élu prévoit, dans un premier temps, la réhabilitation du chevalement et plus particulièrement la toiture et le bardage afin d’éviter que le site ne se dégrade davantage. Le montant des travaux a été évalué à 250 000 €. La commune a donc besoin de vous pour obtenir les 15 000 premiers euros et lancer concrètement son projet.

"Nous aimerions installer tout en haut, un restaurant où l'on pourrait bénéficier et profiter d'une vue remarquable et créer des événements sur ce site pour le faire vivre bien sûr et faire rayonner Rimogne un peu partout en Champagne-Ardenne, mais aussi au-delà" espère le maire. Le site sera refait à l'identique avec le toit en ardoise et les armatures en zinc pour respecter le patrimoine d'origine rassure Christian Thullier Délégué de la Fondation du Patrimoine des Ardennes. Les travaux devraient débuter à la fin du second semestre 2022 pour une durée d'un an et pour un montant de 400 000 euros.

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