Déconfinement : extrême déception dans l’Eglise, après le maintien de la jauge dans les lieux de culte

L'annonce de la mise en place d'une jauge de 30 personnes pour la célébration des cultes avait provoqué la colère de différents responsables religieux. Mgr de Moulins-Beaufort, notamment, avait demandé une révision de cette mesure. Il n’en est rien. L’incompréhension domine.
 
Dans les Ardennes, à Rethel, l'église Saint Nicolas peut accueillir de nombreux fidèles.
Dans les Ardennes, à Rethel, l'église Saint Nicolas peut accueillir de nombreux fidèles. © Xavier Claeys FTV
Dès le 25 novembre, au lendemain de l'annonce par le président de la République Emmanuel Macron d'une jauge à trente personnes dans les lieux de culte, peut importe leurs tailles, le président de la Conférence des évêques de France et archevêque de Reims, Eric de Moulins-Beaufort l'assurait : "après un échange hier soir avec M. Macron, une nouvelle jauge réaliste sera définie d’ici jeudi matin".
 

Pas de place au doute donc, une nouvelle jauge devait être présentée ce jeudi 26 novembre par le Premier ministre, Jean Castex, lors de sa conférence de presse détaillant les mesures d'ajustement du confinement. Seulement voilà, quelques minutes avant la prise de parole du premier des ministres, à l'archevêché de Reims, on ignorait si la question des cultes serait abordée.
 

"C'est soit dangereux, soit ridicule"

L’attente était forte. La déception a été à la hauteur ! Après avoir fait le point, notamment, sur les règles sanitaires à respecter dans les commerces, Jean Castex explique que la reprise des cérémonies qui avaient été suspendues, " ne peut être que progressive ", confirmant qu’une jauge de 30 personnes s’appliquerait à partir du samedi 28 novembre. "Cette jauge évoluera progressivement ", a-t-il poursuivi. A l’échéance du 15 décembre, la jauge évoluera en fonction de la situation épidémiologique, et en tenant compte de la capacité globale du lieu.

Dès ces annonces, Mgr Bruno Feillet, évêque auxiliaire de Reims, a fait part de son extrême déception. "Trente, c’est un nombre absolu, pas une jauge. Trente, c’est soit dangereux, soit ridicule. Cela fait plus de quatre mois qu’on discute avec les services du Premier Ministre. Nous avons élaboré un protocole de neuf pages très détaillé. On ne sait pas ce qu’on peut apporter de plus au Premier Ministre. On ne connaît pas les raisons de cette décision. On attend des explications. Il n’y a aucune pédagogie, aucune explication. Nous sommes déçus, voire en colère."
 

Réunion du conseil de l’Archevêque

En tout début d’après-midi, Mgr Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims a tweetté le communiqué de la Conférence des évêques de France qu’il préside. La conférence y fait part de son regret après l’annonce du maintien de la jauge. " Après l’appel du Président de la République à l’issue de son discours du 24 novembre, elle (la Conférence des évêques) attendait une rectification de cette mesure et la mise en place d’une jauge réaliste dès ce 28 novembre. Il n’en est rien….Les protocoles présentés par les différentes religions auraient pu permettre des décisions plus facilement applicables et équitables… Certes, les cultes ne sont pas des commerces, mais traiter ainsi les religions, c’est considérer comme accessoire la foi de millions de croyants. C’est une grave erreur pour notre société toute entière."
 

La Conférence des évêques réclame une concertation pour aboutir à un accord et se réserve la possibilité d’utiliser les moyens de droit appropriés. Cette question sera sans doute au cœur des discussions qui auront lieu ce 27 novembre, comme chaque vendredi, à l’occasion du conseil de l’Archevêque où sont étudiés les différents sujets d’actualité de l’Eglise.

Autour de Mgr de Moulins-Beaufort, le vicaire général, l’évêque-auxiliaire, le chancelier, l’économe, la responsable de la communication et le responsable de la formation réfléchiront probablement à un éventuel recours devant le Conseil d’Etat. " On respecte l’état de droit , indique Sixte-Anne Rousselot, responsable de la communication du diocèse de Reims et des Ardennes. On applique les gestes barrières. Le protocole d’après juin organise notamment la communion. On communie à la main. Le ministre qui distribue les hosties doit utiliser du gel avant et après la communion. Pourquoi ne pas nous autoriser à accueillir les fidèles sur quatre à huit mètres carrés par foyer, ou un tiers de la capacité du lieu de la célébration ? " 

Lors du premier confinement, le 17 mai dernier, Mgr François Touvet, évêque de Châlons-en-Champagne, dans la Marne, depuis 2016, avait célébré une messe en drive, sur le parking du Capitole. Il avait indiqué, à l’époque: " L’Eglise doit se montrer inventive pour transmettre son message d’espérance ". Mais après l’annonce du chef de l’Etat, mardi dernier, le ton a changé. Il a jugé "ridicule et absurde " la jauge de 30 personnes. Ironique et pédagogue, il a même conseillé "d’apprendre à compter. Dans ma cathédrale, on peut mettre 600 personnes", a-t-il tweeté.
 


Pour les musulmans, c’est une décision inacceptable, incompréhensible


A la grande mosquée de Reims, où l’on était informé de l’appel téléphonique de Mgr de Moulins-Beaufort au président de la République, on attendait également un allègement des contraintes. M. Mohamed Bouzaggou, président de la Grande Mosquée de Reims explique : " comment va-t-on faire pour choisir les 30 fidèles qui pourront participer à la prière. On nous pousse à la discrimination. Le vendredi, il y a au moins 1.000 personnes, et chaque jour, 100 à 150 viennent prier à la mosquée. Au sol, on a installé du balatum. Des morceaux de quatre mètres carrés. Ça permet d’accueillir jusqu’à 350 personnes. On a aussi mis en place un sens de circulation. Les corans ont été retirés, la bibliothèque est condamnée. Chacun vient avec son tapis de prière personnel.

C’est donc également une immense déception pour les musulmans de Reims. Les catholiques, eux, voient Noël approcher. Ils espèrent qu’à cette date, une jauge d’un tiers sera admise par le gouvernement.
 
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