Déconfinement : dans le Grand Est, les malades chroniques rechignent à retourner chez leur médecin

Plusieurs assocations comme la Fédération Française des Diabétiques ou l'Alliance du coeur lancent un cri d'alarme. Les patients atteints de maladie chroniques rechignent à retourner chez leur médecin généraliste ou chez les spécialistes. Un comportement qui n'est pas sans danger.

Une campagne de sensibilisation vient d'être lancée par plusieurs associations pour encourager les malades chroniques à retourner chez leur médecin
Une campagne de sensibilisation vient d'être lancée par plusieurs associations pour encourager les malades chroniques à retourner chez leur médecin © Marc Ollivier / Max PPP

Le Covid19 ne doit pas faire plus de victimes qu'il n'en a déjà fait. Plus de victimes collatérales. C'est le mot d'ordre lancé par plusieurs association qui s'inquiètent de voir les malades chroniques déserter les salles d'attente. Le phénomène est national mais la région Grand Est semble particulièrement touchée par cette frilosité. Depuis la fin du confinement, selon un sondage réalisé par l’Institut B3TSI pour la Fédération Française des Diabétiques, Un peu moins de la moitié des personnes touchées par une maladie chronique ne sont pas retournées voir leur médecin généraliste, spécialiste ou repris leurs soins courants. Un comportement à risques.

 

Le Grand Est mauvais élève de la téléconsultation

 

Ce sondage commandé par la Fédération française des diabétiques (FFD) et quatre autres partenaires porte sur 2 400 personnes touchées par une maladie chronique en France (du 29 mai au 8 juin 2020) dont 200 personnes en région Grand-Est.  Le résultat est alarmant : la moitié (44%) de ces dernières ne sont pas revenues consultées depuis la fin du confinement. 30 % ont envisagé de le faire dans les quatre prochaines semaines et 14 % pas du tout. 

Principale raison invoquée, outre l'annulation et le report des rendez-vous durant ces deux mois d'enfermement : la peur. La peur de la propagation du Covid19. Le sondage met également en exergue la méconnaissance des habitants de notre région quant au dispositif de téléconsultation. Ainsi, à la question de savoir pourquoi les personnes touchées par une maladie chronique n’ont pas consulté (de façon présentielle) depuis le déconfinement, le fait de ne pas savoir comment fonctionne la téléconsultation (et la prise de rendez-vous en ligne) est plus fort en région Grand-Est 28 % versus 22 % de ces personnes en France.

"Il faut savoir que la grande majorité des patients atteints du diabète de type 2 sont des personnes âgées. Parfois elles n'ont pas de smartphone ou ont besoin d'aide pour se servir d'un ordinateur : la téléconsultation est tout simplement impossible. Moi je les appelle pour rétablir le contact, voir si tout va bien et les convaincre le cas échéant de venir me voir." explique le docteur François Moreau, endocrinologue à Schiltigheim (67). Il poursuit : "Depuis deux semaines, l'activité repart mais c'est vrai que jusque là mes patients habituels se sont fait timides. Ce qui est paradoxal dans un sens. Quand le diabète est déséquilibré, on est surexposé au risque infectieux. Du coup, ils ne venaient par peur d'être contaminés par le Covid19 mais c'est en ne venant pas qu'ils augmentaient le risque de l'être. Sans compter que chez bon nombre de mes patients, 1/5 de mes patients diabétiques, le diabète a explosé pendant le confinement : sédentarité, stress et grignottage n'ont pas aidé. "

 

Le diabète a explosé pendant le confinement

François Moreau, endocrinologue

 

Et surtout, cette désertion peut avoir de graves conséquences sur la santé de ces malades dits "chroniques". Ils seraient 15 à 20 millions en France. Jean-François Thébaut, président de la FFD  tire la sonette d'alarme : "Nous redoutons l’explosion des complications liées aux maladies chroniques, aux maladies cardio-métaboliques, à l’hypertension, à l’obésité et même au retard pris pour le dépistage des cancers et qui vont d’un seul coup resurgir tous ensemble. Il s’agit d’une véritable bombe à retardement car la maladie chronique est sournoise." 

 

L'Alsace : les ravages du diabète

 

7à 8% de la population alsacienne est atteinte de diabète. Soit environ 150 000 personnes. L'Alsace fait partie des trois régions françaises les plus touchées par la maladie avec l'île de la Réunion et les Hauts-de-France. Triste record. On comprend alors, très vite, les ravages que pourraient entraîner chez nous le moindre retard dans la prise en charge de ces personnes.

Christine Damge, présidente de l'association des diabétiques du Bas-Rhin, est catégorique. "C'est simple quand on est diabétique, on a des rendez-vous médicaux tout le temps. Aller faire des analyses tous les trois mois, une fois par an chez l'ophtalmo, une fois par semestre chez le cardiologue, faire des dialyses ... Il faut se surveiller constamment. Tout peut aller très vite sinon." Et Christine connaît bien les risques. "Si les diabétiques ne retournent pas consulter très rapidement, les risques sont énormes : accidents cardio-vasculaires, problèmes rénaux, cécité. Moi, j'appelle tous mes adhérents, une centaine, régulièrement pour avoir de leurs nouvelles et surtout pour savoir s'ils ont été vus par un médecin depuis le déconfinement."

La mortalité liée au diabète représente 8,8 % des décès en Alsace, soit +46 % par rapport au taux national. Il ne s'agit ni plus ni moins dès lors que d'une question de survie. D'autant que le diabète est insidieux. "On peut avoir un mauvais taux de HBA1C, hémoglobine glyquée, et ne se rendre compte de rien. Il n'y aucun symptôme. C'est après, au bout de quelques semaines, de quelques mois, que ça se complique. Pour les personnes âgées, de plus de 80 ans disons, il y a risque de faire un coma hyperglycémique .." C'est pourquoi il est important aussi de retourner dans les laboratoires d'analyses. Tous les trois mois. Jamais moins.  "Il y a des patients qui me disent, ho maintenant il y a toujours la queue devant le laboratoire, j'irai la prochaine fois. Je leur dit non. Allez-y et attendez votre tour. Il faut reprendre les bonnes habitudes et un suivi régulier : c'est primordial." 

Pour autant, pas besoin de rajouter de la panique à la peur. La FFD a opté pour l'incitation plutôt que l'injonction. Exemple avec ce post Facebook.

 

 

 

Campagne d'incitation

 

C'est pour rappeler ce qui semblait naturel jusqu'alors que cette campagne nationale a été lancée le 11 juin dernier. Avec un hashtag #revoirsonmedecin et un slogan on ne peut plus simple "Maintenant, prenez soin de vous, prenez rendez-vous, en consultation ou téléconsultation", la FFD met le point sur le i de consultation. Sur les réseaux sociaux et les médias traditionnels. Pour toucher un vaste public.  


"C'est important que les patients sachent qu'ils risquent plus en restant chez eux qu'en venant me voir" poursuit François Moreau. "Cette campagne a le mérite d'être rassurante. Et dans les faits, nous pouvons être rassurants : les chiffres du Covid19 en Alsace sont bons, la maladie circule peu, au cabinet nous espaçons les rendez-vous afin de désengorger la salle d'attente, nous portons le masque. Nous offrons aussi à ceux qui le souhaitent la possibilité de faire une première audi ou visio consultation, remboursée à 100% par la CPAM jusqu'en décembre. Tous les professionnels de santé sont prêts." Et vous ?

 

 

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