Déconfinement : réouverture des auto-écoles le 11 mai, tous masqués mais pas gantés

Les 12.000 auto-écoles de France rouvriront le 11 mai et les candidats pourraient passer le permis B début juin. Confrontée à la proximité "moniteurs-éléves" dans les véhicules, cette profession est particulièrement exposée au coronavirus. Un protocole sanitaire attend d'être validé par l'État.

Les élèves pourront rouler en toute sécurité dans les auto-écoles dès le 11 mai. Yannick Jeannel, Président Grand Est du Conseil National des Professions de l'Automobile-Education routière.
Les élèves pourront rouler en toute sécurité dans les auto-écoles dès le 11 mai. Yannick Jeannel, Président Grand Est du Conseil National des Professions de l'Automobile-Education routière. © Document remis

Dans les voitures, le port du masque est obligatoire pour l’enseignant et l’élève.
- Yannick Jeannel, Président Grand Est du Conseil National des Professions de l'Automobile - Education routière

"Si l’élève n’en a pas, nous lui fournirons et lui facturerons. Chacun se désinfectera les mains avant de rentrer dans le véhicule, c’est pourquoi les gants ne sont pas nécessaires. Le véhicule sera totalement désinfecté après le passage de chaque élève : commodo, boîte de vitesse, volant, frein à main, tous les accessoires (rétroviseurs, manettes des sièges),  le siège de l’élève lui-même, les poignées de porte," précise Yannick Jeannel.
Distanciation impossible dans un véhicule école.
Distanciation impossible dans un véhicule école. © archives FTV

Pas de distanciation sociale dans un véhicule

Ce protocole a été validé par une virologue de l’hôpital de Mulhouse, il correspond à celui que l’Etat demande selon Yannick Jeannel. Il a été envoyé au Ministère de la Santé, ainsi qu’au Ministère du Travail. Sa validation est attendue durant le week-end. Reste la problématique de la distanciation sociale d’au moins un mètre : impossible à respecter dans l’habitacle d’un véhicule. La mise en place d’un plexiglass entre l’élève et le moniteur avait été envisagée avant d’être abandonnée.

C’est impossible à respecter dans une voiture école ! Comment voulez-vous qu’on apprenne à conduire à un élève avec un plexi entre l’élève et le moniteur ? C’est non seulement insensé, dangereux mais interdit par les constructeurs. Il n’y a aucune solution !
Yannick Jeannel.

Sauf à rester fermées pour les auto-écoles. Ou à tester chacun des occupants du véhicule, ce qui pour l’heure est exclu. Chaque auto-école peut faire remplir, si elle le souhaite, une charte attestant sur l’honneur que l’élève et l’instructeur n’ont aucun symptôme du coronavirus (fièvre, toux...). C’est d’ailleurs ce que va faire Yannick Jeannel dans ses six agences réparties entre Verdun (Meuse) et Jarny (Meurthe-et-Moselle).

Aucun problème en revanche pour faire respecter la distanciation sociale (4m2 pour 1 élève) dans les salles de code, ou bien encore dans les halls d’accueil des auto-écoles.

L’examen du permis début juin

"Nous allons prioriser tous les élèves qui étaient en fin de formation et qui étaient prêts pour passer le permis fin mars. Nous n’avons pas encore de date officielle concernant le redémarrage des sessions d’examens mais ce pourrait être début juin. Il faut tenir compte des instructeurs" ajoute Yannick Jeannel.

Cela va-t-il engendrer un surcoût ? "Forcément ! Imaginez un élève qui n’a pas conduit pendant deux mois, il devra reprendre une ou deux heures de conduite, que nous serons obligés de lui facturer. Nous ne pouvons pas lui offrir, ce n’est pas possible au vu de la crise que nous venons de traverser, d’autant plus que la profession est malmenée depuis plusieurs années avec l’ubérisation de la profession et l’arrivée des plateformes en ligne."
Masque, visière et gel pour les moniteurs. Yannick Jeannel à Verdun.
Masque, visière et gel pour les moniteurs. Yannick Jeannel à Verdun. © Document remis

Pas d'infos pour Adrien, surcoût pour Ynès

Le permis de conduire est le premier examen de France avec plus d’un million de candidats chaque année sur le territoire. Un examen forcément très attendu, synonyme d’emploi et d’indépendance.

Adrien, 18 ans, est en terminale, il devait commencer ses leçons de conduite le 30 mars dans l’agglomération nancéienne, il pensait décrocher son permis de conduire durant l’été. Précieux sésame qui lui aurait permis d’emprunter la voiture de ses parents pour pouvoir faire la cueillette des mirabelles cet été et gagner un peu d’argent avant d’attaquer une rentrée scolaire à Freyming-Merlebach (Moselle) ou Epinal (Vosges), lieu de sa future rentrée scolaire dans l’enseignement supérieur. Là encore, son permis lui aurait été bien utile. Sauf que là, il lui faudra patienter.

"Je vais peut-être pouvoir commencer mes leçons cet été, et les samedis vu qu’à la rentrée, je ne serai plus sur Nancy. Du coup, je ne sais pas quand je vais passer le permis ? En décembre avec un peu de chance ?" 

Je n’ai aucune information de l’auto-école pour l’instant. J’ai essayé d’appeler mais je suis tombé sur un répondeur

"Je vais toujours être dépendant de mes parents selon l’endroit où je vais aller étudier à la rentrée. Si je vais à Epinal, ça va, il y a beaucoup de trains, mais si c’est Freyming-Merlebach, c’est compliqué depuis Nancy en train : il faut passer par Metz, prendre une autre ligne, il y a beaucoup d’attente.  Mes parents m’avaient proposé la petite voiture de ma mère si j’avais eu mon permis. Là, c’est mort !" témoigne Adrien.

L'heure à 48 euros

Ynès, 18 ans, devait quant à elle, passer son permis le 24 mars. Avec 2.000 euros au compteur déjà facturés, elle redoute le surcoût engendré par le confinement. "Une heure de conduite coûte 48 euros ! C’est cher ! Si je dois reprendre deux ou trois heures de leçons pour me remettre correctement à niveau et être dans de bonnes conditions pour passer le permis, ça fait 144 euros !"

Tout le monde n’a pas les moyens de payer ça ! 

"C’est frustrant d’autant qu’on a aucune information des auto-écoles. Aucun mail, aucun appel, rien ! C’est vous qui m’apprenez que ça rouvre lundi !"s’étonne Ynès.

Précision pour ceux qui devaient débuter les leçons : des avenants à leur contrat seront proposés selon les formules choisies (classique, conduite accompagnée, stage accéléré). Normalement... sans surcoût.
 
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