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DECRYPTAGE - Malmerspach, des riverains en colère contre une usine de recyclage de métaux

A Malmerspach, une partie des villageois ne veulent pas de l'entreprise Cyclamen, accusée de pollution. / © Bernard Stemmer. France 3 Alsace
A Malmerspach, une partie des villageois ne veulent pas de l'entreprise Cyclamen, accusée de pollution. / © Bernard Stemmer. France 3 Alsace

Dans cette commune de la vallée de Saint-Amarin (Haut-Rhin), les riverains de la zone industrielle s'opposent au projet d'implantation d'une entreprise de recyclage de déchets métalliques. Elle est accusée de polluer et d'être bruyante. "Faux" répliquent l'entreprise et la communauté de communes.

Par vincent.lemiesle

Dialogue de sourd entre les villageois en colère de Malmerspach, petite commune du Haut-Rhin et François Tacquard, le président de la communauté de communes de la vallée de Saint-Amarin. Et au milieu, l'entreprise Cyclamen, dirigée par le chef d'entreprise Adrien Antenen. Pour ou contre l'installation de Cyclamen? Chacune des parties avance ses arguments, mais tout le monde partage le même constat: la vallée de Saint-Amarin gagnerait à se ré-industrialiser, après la série de crises qui a décimé ses entreprises ces vingt dernières années.
 

Décryptage avec Maryline Gstalder qui fait partie des riverains en colère et François Tacquard, président de la communauté des communes de la vallée de Saint-Amarin. 
 

Depuis quand les riverains sont-ils au courant ?

Maryline Gstalder : "Le dossier est en cours depuis 2017, mais les riverains ont été prévenus au début de l'année 2019, il y a trois mois. Tout s’est fait de façon insidieuse. Actuellement, les travaux sont en cours, la consultation publique vient de prendre fin. Bref, monsieur Tacquard essaye de nous faire passer le projet au forceps."

François Tacquard : "On a déjà 20 entreprises à Malmerspach. On ré-industrialise un site qui est prévu pour ça, au vu et au su de tout le monde. Ça fait maintenant 5 ans qu’on dit qu’on va remettre des entreprises dans le bulletin intercommunal."
 

L'entreprise Cyclamen, c'est quoi au juste ?

Maryline Gstalder : "C’est une usine de recyclage de métaux, de mâchefer, le résidu ultime des hauts-fourneaux, qui devrait s’implanter à Malmerspach."

François Tacquard : "C'est faux, ce sont des nodules métalliques non-ferreux qui ont déjà été extraits de mâchefer ailleurs, desquels on va séparer le cuivre, l’aluminium, le laiton, l’or et l’argent."
 
Malmerspach, panneau d'installation de l'entreprise Cyclamen / © Bernard Stemmer, France 3 Alsace
Malmerspach, panneau d'installation de l'entreprise Cyclamen / © Bernard Stemmer, France 3 Alsace


Quel vont être les conséquences pour l'environnement ?

Maryline Gstalder : "Nos craintes : la pollution, les nuisances sonores. L’usine tournerait vingt-quatre heures sur vingt-quatre, six jours sur sept. Les décibels, la journée, s’élèvent à 70 db et la nuit à 60, plus les camions qui vont aller et venir. Les habitations sont à une quinzaine de mètres pour les premières alors que d’après le cahier des charges, il était nécessaire qu’elles soient à plus de 100 mètres."

"On se demande où est le bon sens. On est bien conscients qu’il nous faut des entreprises dans notre site industriel, mais pas à tout prix."

François Tacquard : "On est conscient qu’il y a des riverains tout proche et la communauté de communes est prête à faire un talus pour diminuer le bruit et pour que les riverains n’aient pas vue sur l’usine.  Concernant la pollution, les procédés utilisés pour l'extraction des métaux sont mécaniques et non chimiques. La Dreal dit que c’est un procédé non dangereux, de son côté le cabinet d'expertise mulhousien Sterne affirme que les impacts de l’entreprise sont très faibles. En plus l’entreprise s’est engagée au niveau de la com-com à accepter un contrat précaire jusqu’à ce qu’on puisse vérifier, six mois après, qu'il n’y a pas d’impact ni sur l’air ni sur le bruit."

"Nous avons dit aux riverains que nous sommes d’accord pour engager un cabinet d’expertise, désigné par eux, pour vérifier qu’il n’y a pas de pollution. S’il y a pollution, on les fout dehors [les dirigeants de Cyclamen] mais il faut être franc : dans ces conditions je pense malheureusement que l’entreprise risque de ne pas rester et nous on va perdre une super PME et 100.000 euros par an de loyer. Je suis un peu triste."


Pourquoi le choix de Malmerspach ?

Maryline Gstalder : "L’argument de monsieur Antenen [Adrien Antenen, PDG de l'entreprise Cyclamen] ce serait l'attractivité du pôle rhénan et la proximité d’un port fluvial. On est à Malmerspach, le seul cours d’eau c’est la Thur, quant au port fluvial... Au fur et à mesure qu’on argumente, le dossier évolue au niveau de Cyclamen. Il y a de grosses contradictions et des incohérences dans le dossier de présentation de l’entreprise."

François Tacquard : "Le site est voué à l’industrie depuis 1840, l’usine existait avant les riverains. La vallée de Saint-Amarin a subi beaucoup de crises industrielles et nous avons hérité de beaucoup de friches. La com-com, que je préside, les achète les unes à la suite des autres pour éviter de laisser s’installer les ruines. On transforme ces friches, en beaux parcs paysagers avec jardins, habitat et entreprises. C’est le projet du parc de Malsmarpach, à l’exemple de celui de Wesserling. Ici doit s'installer Cyclamen où il y a déjà une douzaine de PME. On est accueillant, on a de beaux bâtiments et on adapte le projet à la demande l’entreprise, projet dont l’installation sera financée par la région Grand Est".
 
Les habitations se sont construites dans les années 70, bien après les usines de la zone industrielle / © Bernard Stemmer, France 3 Alsace
Les habitations se sont construites dans les années 70, bien après les usines de la zone industrielle / © Bernard Stemmer, France 3 Alsace
 

Pour François Tacquard le fond de l'affaire réside dans la façon dont a circulé l'information. "Une masse d'informations fausses, peut-être volontairement fausses, ont provoqué cet émoi. Internet permet tous les amalgames". Ce que confirme Andrien Antenen, le PDG de Cyclamen : "la majorité des rumeurs qui circulent n’ont pour but que de faire peur au voisinage et je dois dire que moi-même si j’avais lu ces rumeurs, j’aurais eu peur. Donc maintenant, il s’agit de mettre sur la table les vraies données et de tirer les conclusions sur les solutions techniques, notamment sur le bruit et les poussières."

L'entreprise, dont les machines sont prêtes à tourner et qui n'attendent que l'arrêté préfectoral pour le faire, devrait embaucher une quinzaine de personnes.

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