Deux SDF meurent en quatre jours à Strasbourg : quelles solutions d'hébergement d'urgence en Alsace ?

Deux personnes sans-abri dorment sur des cartons en plein centre-ville de Colmar. / © Maxppp/Thierry Gachon
Deux personnes sans-abri dorment sur des cartons en plein centre-ville de Colmar. / © Maxppp/Thierry Gachon

Deux sans-abri ont été retrouvés morts sur la voie publique à Strasbourg en moins d'une semaine. Les circonstances exactes de leur décès ne sont pas encore connues mais le froid a sans doute été une donnée aggravante. A l'approche des grands frimats, le point sur l'hébergement d'urgence en Alsace. 

Par Astrid Servent

Novembre est là avec Noël en ligne de mire. Si certains n'ont la tête qu'à l'organisation des festivités de fin d'année, d'autres regardent avec angoisse le mercure descendre. Le froid, inexorable, est à nos portes. Enfin, pour ceux qui en ont.

En moins d'une semaine, deux personnes sans domicile fixe sont mortes en pleine rue à Strasbourg. Un homme âgé d'une quarantaine d'années a été retrouvé mort, ce samedi 16 novembre vers 10h30, quai de Paris; un autre était en arrêt cardio-respiratoire à la Robertsau, chemin du Doernelbruck, ce mardi 19 novembre lorsque les secours sont arrivés sur place vers 22h. A ce jour, les circonstances ne sont pas encore connues, mais le froid a dû être une circonstance aggravante dans ces deux tristes affaires.
 

Inconditionnel et gratuit

L'hébergement d'urgence est le premier niveau d'accueil pour les personnes sans-abri. Il est, par nature, inconditionnel et gratuit. Le 115 est le numéro à composer. Cette plateforme téléphonique est accessible 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. On y renseigne les personnes qui recherchent un abri pour la nuit, un accueil de jour ou simplement un endroit pour se restaurer ou se laver.
 

A l’approche de l’hiver, le gouvernement vient de dévoiler son plan en la matière. Au niveau national, il ouvre 14.000 places d'hébergement d’urgence supplémentaires (qui viennent s’ajouter aux 146.000 ouvertes toute l’année) du 1er novembre 2019 jusqu’au 31 mars 2020. La moitié de ces places seront absorbées par la région parisienne. Une enveloppe de 9 millions d’euros est par ailleurs débloquée pour financer ce dispositif.

Comme chaque année, l’enjeu, c’est d’aller au-devant des sans-abri qui ont renoncé à appeler le Samu social au 115 pour demander un hébergement. Le gouvernement prévoit pour cela une enveloppe de 5 millions d’euros aux maraudes des associations, et 4 millions pour améliorer les accueils de jour.


L'hébergement d'urgence : zoom sur l'Alsace

En Alsace, le plan hiver est déclenché dans les deux départements depuis le 1er novembre. Actif jusqu'au 31 mars, il permet, en fonction des conditions climatiques dégradées, de renforcer les dispositifs activés le reste de l'année pour les personnes en grande précarité. Ce plan hiver est construit sur 3 niveaux : 
  • Niveau 1 : la veille saisonnière (celle qui est en cours depuis le 1er novembre). Elle prévoit la mise à l'abri des personnes les plus vulnérables signalées.
  • Niveau 2 : avertissement froid. Les horaires d'accueil et les passages des maraudes sont étendus et des places supplémentaires sont mobilisées. Ce niveau est en principe activé quand les températures ressenties sont comprises entre –5°C et -10°C.
  • Niveau 3 : alerte grand froid. Le préfet réquisitionne un ou plusieurs gymnases avec l’appui logistique de la Croix rouge et la Sécurité civile. Ce niveau est en principe activé à partir de températures ressenties de -11°C.
Dans les deux départements alsaciens, le dispositif est piloté par la direction départementale de la cohésion sociale.

Dans le Bas-Rhin, il s'articule autour :
  1. du renforcement de la veille sociale : 4 accueils de jours sont mobilisés
  2. de l'intensification des maraudes avec en plus cette année la création d'une maraude professionnelle. Constituée par le Service Intégré d’Accueil et d’Orientation (SIAO), elle est opérationnelle 7 jours sur 7 et compétente sur l'ensemble du département. Active tous les soirs, cette maraude sera effectuée un soir par semaine hors Eurométropole de Strasbourg (Haguenau, Saverne,  Sélestat, Molsheim)
  3. de la mobilisation de 321 places d'hébergement supplémentaires ouvertes au fur et à mesure, en fonction des situations identifées et des conditions météorologiques constatées


Dans le Haut-Rhin, le dispositif hivernal se déploie autour : 
  1. de l'ouverture progressive et en fonction des besoins de 203 places supplémentaires, dont un abri de nuit d'une capacité de 30 places à Mulhouse
  2. du renforcement des services de veille sociale et des maraudes, assurées par la Croix-Rouge française et l'Ordre de Malte à Mulhouse et Colmar
  3. d'un dispositif hôtelier sollicité pour une trentaine de places
Si le plan "Grand froid" est activé, des mesures complémentaires seront prises pour mettre à l’abri les plus fragiles : les plages horaires d'ouvertures des accueils de jour à Colmar et Mulhouse seront étendues. Idem pour les tournées des maraudes dans ces deux villes. Une offre supplémentaire d'hébergement d'au moins 30 places sera mobilisée.


Guide de bonne conduite face à une personne en difficulté

Il faut impérativement composer le 115. On vous conseille d'être précis dans votre signalement : communiquez l’adresse exacte et la nature des difficultés repérées. Si la personne semble être en détresse physique, appelez sans attendre le Samu en composant le 15 et attendez avec elle l’arrivée des secours.

Reste que pour certains sans-abri, appeler le 115 est impossible. Non parce qu'ils ne le peuvent pas, mais parce qu'ils ne le veulent pas. Ce sont les "grands réfractaires" de l'aide. C'était le cas des deux personnes retrouvées mortes cette semaine à Strasbourg. Bien connus des maraudes strasbourgeoises, ils n'avaient jamais sollicité d'aide.


 

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