Affaire Anaïs Guillaume : après plus de quatre heures d'audition, Philippe Gillet continue de démentir

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Écrit par Florence Morel

L'audition de l'accusé a débuté aux alentours de 16h15 ce vendredi aux assises de la Marne.

Un dialogue de sourds. Ce vendredi 16 avril aux alentours de 16h15, la présidente du tribunal Hélène Langlois a débuté l'audition de Philippe Gillet, accusé de l'assassinat d'Anaïs Guillaume. Depuis le début de l'affaire, ce dernier dément toute implication. A la barre de la cour d'assises de Reims, l'exploitant agricole continue de nier son implication. Imposant, il croise ses jambes. Hausse le ton et souvent les épaules. Prend un ton à la limite de l'arrogance. "Comment peut-on dire que vous êtes violent, agressif, craint ?", questionne Hélène Langlois. "Craint, c'est vaste comme mot", rétorque-t-il, désinvolte. "Alors je vais vous donner ses mots : une témoin dit 'j'ai peur de déposer car Philippe Gillet est connu pour sa violence et je le crains'. Comment expliquez-vous qu'elle vous craigne ?", pointe la présidente. "Je comprends pas. Vu l'atmosphère du moment, ils y vont tous de leur petit coup de griffe."

Tous les aspects du dossier sont repris méticuleusement par la magistrate. Rien à faire, l'accusé répond qu'il ne sait pas, nie son implication ou parle de "problèmes de sémantique". Face à une telle attitude, la mère d'Anaïs Guillaume quitte la salle en claquant la porte, furieuse. Un peu plus tôt dans la journée, l'expert psychologue Jean-Luc Ployé a dit de l'accusé : "Quand on lui pose une question il ne répond pas forcément. Il a un mécanisme de défense très structuré. Monsieur Gillet n'a aucun rapport avec la culpabilité. J'émets deux hypothèses : si les faits ne sont pas avérés, c'est qu'il a raison. Mais si les faits sont avérés, ça le déculpabilise et ça le déresponsabilise psychiquement." Et de conclure : "Il y a un verrou psychique qui fait que pour son équilibre personnel, il n'est pas question d'ouvrir ce verrou." Voici ce qu'il fallait retenir de cette neuvième journée d'audience.

>> Pour tout comprendre du procès de Philippe Gillet, lisez notre article

 

  • "On ne s'y fait jamais." Ce vendredi, Philippe Gillet est appelé à s'exprimer sur ses conditions de détention devant la cour. Dans son box, l'agriculteur bafouille. Le ton est nettement moins assuré que lors des débats précédents, notamment face aux experts. Pour que les jurés l'entendent, il est appelé à sortir du box. Imposant, il fait désormais face à la présidente du tribunal Hélène Langlois, qui parcourt le rapport de sa première détention au centre pénitentiaire de Charleville-Mézières. "Il est mentionné que vous ne respectez pas les règles, relève-t-elle. Dont l'introduction de téléphones portables, par votre fille Victoria. Pourquoi vous ne respectez pas les règles ?" Gillet répond, haussant les épaules : "Vous avez deux enfants livrés à eux-mêmes à l'extérieur et une exploitation à gérer..." Et la présidente de répondre : "Vos deux filles ont été confiées à des personnes de confiance. Vous avez des permis de visite. Vos filles viennent au moins deux fois par semaines. Ainsi que Jessica J. qui gère l'exploitation. (...) On a le sentiment que vous considérez que vous n'avez pas à respecter les règles." Dans ces rapports, la présidente relève également le comportement problématique de l'accusé, notamment avec le personnel pénitentiaire féminin. "Monsieur Gillet adopte un comportement arrogant et agressif face aux rappels à l'ordre de personnel féminin", lit Hélène Langlois. "C'est une surveillante qui me cherche en permanence, répond l'accusé. J'ai tendance à me racler la gorge, elle le prend comme un rappel à l'ordre." Un peu plus tard, la présidente évoque également le cas d'une professeur d'anglais, "qui ne se sent pas en sécurité quand elle se retrouve seule avec lui." Là encore, il dit ne pas comprendre. Silence. Il lève les épaules. "J'étais en avance sur le reste du groupe, elle me donnait du travail particulier." Nouveau silence. L'audience s'est poursuivie jusqu'à 12h30 avec l'enquêtrice de personnalité (voir le point ci-dessous). 

 

  • Philippe Gillet décrit comme "sûr de lui" et "impulsif" par l'enquêtrice de personnalité. Il aura fallu un peu plus d'une heure à Laure Olivier pour dépeindre le portrait de Philippe Gillet. "Il se fâche facilement", rapporte-t-elle de la bouche d'un proche. "Il m'a dit qu'il n'était pas respectueux envers les gens, que si on lui demandait de pas fumer, il allait fumer, que si on lui demandait de ne pas se garer, il allait se garer, rapporte l'enquêtrice. Il avance toujours des arguments et ne s'excuse jamais. Il a toujours raison." Mais aussi quelques qualités, évoquant un homme serviable, qui sait s'adapter à ses interlocuteurs. 

 

  • Céline Gillet au coeur des débats depuis mercredi. Une femme au fort caractère, "heureuse malgré son histoire". Ce sont les mots qui reviennent de façon récurrente pour qualifier Céline Gillet, l'épouse de l'accusé, décédée le 3 janvier 2012. Abandonnée par sa mère (qui ne reviendra qu'à l'âge de ses 18 ans), elle est ballotée au sein de sa famille paternelle (son père décède alors qu'elle n'a que six ans). C'est finalement un couple de cousins éloignés qui la prendra en charge. "Nous l'aimions cette petite, elle nous l'a toujours rendu", s'est souvenu Hélène à la barre. Elle s'est également remémoré les derniers instants de la vie de Céline Gillet : "Elle n'était plus heureuse, ne trouvait plus sa place dans la ferme depuis l'arrivée d'Anaïs. Elle souçonnait une liaison. Elle n'aimait pas la traite des vaches. Sa santé a commencé à décliner." D'après les témoins, elle "ne supportait plus" leur relation. Depuis mercredi, les jurés s'évertuent à éclaircir les circonstances de sa mort. Ecrasée par une vache selon Philippe Gillet, les experts doutent de cette version.

 

  • Philippe Gillet condamné à une peine illégale en première instance. Condamné à une peine non prévue par le code pénal de 22 ans de réclusion criminelle, Philippe Gillet est à nouveau jugé pour l'assassinat d'Anaïs Guillaume et "violences ayant entraîné la mort" de son épouse en 2012. Le verdict est attendu dans la semaine du 19 avril.