• MÉTÉO
  • SOCIÉTÉ
  • ECONOMIE
  • POLITIQUE
  • DÉCOUVERTE
  • FAITS DIVERS

Frelon asiatique : l'Alsace préservée, mais plus pour longtemps...

Le frelon asiatique, vespa velutina, venu de Chine, a été introduit fortuitement en France au début des années 2000. / © Thierry Creux, maxppp
Le frelon asiatique, vespa velutina, venu de Chine, a été introduit fortuitement en France au début des années 2000. / © Thierry Creux, maxppp

Alors que la présence du frelon asiatique est attestée partout en France, l'Alsace est la dernière région encore relativement à l'abri du super prédateur. Mais plus pour très longtemps...

Par Vincent Lesmiele

L'Alsace semble pour l'instant miraculeusement épargnée par l'invasion du frelon asiatique, lequel a colonisé, en quelques années, un vaste territoire en Europe de l'ouest. Mais combien de temps encore, l'Alsace, protégée à l'ouest par la barrière des Vosges, pourra-t-elle résister ?

L'histoire commence en 2004 dans le Lot-et-Garonne où le frelon asiatique, Vespa velutina nigrithorax, a été signalé pour la première fois en France. L’espèce aurait été introduite, dans ce département, par l’intermédiaire de poteries importées de Chine par un horticulteur. Depuis, l'insecte s’est largement répandu en France et dans les pays limitrophes, au nord de l’Espagne, en Italie, en Suisse, en Allemagne dans la région de Karlsruhe, en Belgique et jusqu’au sud de l’Angleterre. 
 
"Pour l’instant on ne l'a pas vu à Mulhouse et les environs, ni à ma connaissance dans le Haut-Rhin, mais ça ne va pas tarder parce qu’on en a vu en Bourgogne et le Territoire-de-Belfort. La migration arrive vers nous, donc on va être probablement touché très prochainement", explique Véronique Scius Turlot, directrice des Espaces Verts de Mulhouse.

Le danger arriverait donc par le sud, c'est du moins par là qu'il est attendu dans le Haut-Rhin, les Vosges faisant office de barrage aux frelons arrivant par l'ouest. S'il n'existe pas de mesures préventives efficaces contre le frelon asiatique, à Mulhouse on reste vigilant: "C'est en hiver qu'on voit le mieux les nids parce que c'est plus facile de les observer quand il n'y a pas de feuilles. Pour l'instant, on n'a pas vu de nids dans la région. A priori, comme ils viennent du sud-ouest on serait les premiers touchés."
 
Un nid de frelons asiatiques perché dans un arbre. Le nid peut atteindre une hauteur de plus d'un mètre pour une largeur de quarante centimètres. / © Marc Salvet, Maxppp
Un nid de frelons asiatiques perché dans un arbre. Le nid peut atteindre une hauteur de plus d'un mètre pour une largeur de quarante centimètres. / © Marc Salvet, Maxppp

Avec des températures quasi-printanières depuis la mi-février, les frelons vont se réveiller et débarquer plus tôt que prévu, c'est certain. Sauf que "l'invasion" pourrait aussi se produire par là où on ne l'attend pas forcément. Et dans le Bas-Rhin, elle aurait déjà commencé. "Ces insectes suivent les cours d’eau, et comme ils sont présents dans la région de Karlsruhe en Allemagne depuis 2015, qu'ils suivent le Rhin et que la reine a un rayon d’action de 100 km environ, fatalement il a atterri à Strasbourg. On l’attendait par l’ouest et manque de pot, il nous a trompés, il est venu par l’est", explique Charles Huck, apiculteur à Mutzig dans le Bas-Rhin et membre du comité de l'Unaf (Union nationale de l'apiculture française).

Et sa présence est attestée effectivement, sur quelques cas, depuis 2017, à Strasbourg dans le quartier de la Robertsau, plus au nord, à Seltz et aussi, semblerait-il, à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Strasbourg, dans la région d'Oberhaslach.
 
La reine fait un nid primaire à l'automne puis un second, plus important à partir de mai-juin. / © David Becus, Maxppp
La reine fait un nid primaire à l'automne puis un second, plus important à partir de mai-juin. / © David Becus, Maxppp

Alexis Ballis, le conseiller technique apicole de la Chambre d'Agriculture d'Alsace confirme cette présence dans le Bas-Rhin depuis deux ans. Mis à part l'inspection et la destruction des nids, il n'y a pas grand-chose à faire selon lui pour tenter d'endiguer l'invasion à venir. Le piégeage pratiqué au printemps est pour lui une hérésie : "C’est le gros problème. La plupart des gens font du piégeage et c’est une catastrophe. Il ne faut surtout pas faire ça. Ça piège énormément d’insectes, il n’y pas de pièges qui soient sélectifs. De manière préventive le piège ne sert à rien, poser des pièges au printemps c’est une hérésie."
 
 
Que faire contre ce super prédateur qui fait de nos abeilles son festin préféré? Un nid est capable d'ingurgiter 15.000 insectes par jour, coléoptères et papillons y compris. Une catastrophe pour les ruches qui peuvent être décimées en très peu de temps par ce redoutable chasseur. Les chercheurs, de différents laboratoires et instituts en France, sont sur le coup: le Museum d'histoires naturelles de Paris fait un bilan des connaissances sur l'invasion des frelons asiatiques en France et dans le monde. A l'université de Tours, Eric Darrouzet mène des études sur la lutte ciblée par les phéromones contre le frelon asiatique. Enfin, l'Institut de l'Abeille a de son côté permis de mieux comprendre la complexité du piégeage.
 

Le frelon asiatique est facilement reconnaissable à son thorax brun, sa tête orange et ses pattes jaunes. Son cousin européen, Vespa crabo, un peu plus petit, a un abdomen à dominante jaune clair, avec des bandes noires et une tête jaune de face.
 
 

Sur le même sujet

Interview du doyen de la faculté des sciences de Nancy

Les + Lus