Glottophobie : "Ce n'est plus ringard du tout" pour Justin Vogel, défenseur de l'accent alsacien

Le Parlement s'est emparé le jeudi 26 novembre de la question de la glottophobie, cette discrimination fondée sur l'accent. L'occasion de revenir sur la particularité alsacienne avec Justin Vogel, président de l'Office pour la langue et les cultures d'Alsace et de Moselle (Olca).
La langue alsacienne promue sur des éléments du mobilier urbain de Strasbourg.
La langue alsacienne promue sur des éléments du mobilier urbain de Strasbourg. © Corinne Fugler, MaxPPP
C'est à Paris, ville longtemps hostile aux accents régionaux qu'est étudiée une proposition de loi pour lutter contre la glottophobie, cette discrimination fondée sur... l'accent. Le travail parlementaire sur la question a franchi une étape importante à l'Assemblée nationale le jeudi 26 novembre 2020 : c'est désormais au tour du Sénat de se prononcer. 

Il semble loin, l'accent alsacien source de honte ou de ringardise. Le président de l'Office pour la langue et les cultures d'Alsace et de Moselle (Olca), Justin Vogel, l'avait évoqué dans le 19/20 de France 3 Alsace, le mercredi 18 novembre. Il avait rapporté le cas de l'éminent Pierre Hoeffel, politicien alsacien qui échoua à accéder à la présidence du Sénat... à cause de son accent alsacien trop marqué. Des sénateurs s'y étaient opposés.
 

Certains Alsaciens faisaient semblant de ne pas comprendre l'alsacien.

Justin Vogel, président de l'Olca


En octobre 2018, l'accent alsacien était revenu sur le devant de la scène. C'était à l'Assemblée nationale, suite à une prise de parole avec un fort accent alsacien simulé par Bruno Studer, élu du Bas-Rhin. Des députés alsaciens avaient repris leur collègue. Justin Vogel voyait dans ces quelques réprimandes le souvenir d'un complexe. "On sait que dans le temps, certains Alsaciens étaient très très complexés avec leur accent." 
 

"Ploucs"

"Notamment dans les campagnes, certains qui utilisaient l'alsacien étaient traités de paysans, de ploucs. Au point que certains Alsaciens faisaient semblant de ne pas comprendre l'alsacien. Car il était chic de parler le français."

Il se montre favorable à l'inscription de la glottophobie dans les codes pénal et du travail. "C'est presque surprenant qu'il faille faire une loi pour défendre un accent, éviter de discriminer des gens qui ont un accent. Mais je crois que ça fait partie de l'identité d'une personne. Comme la nationalité ou le sexe. À partir de là, où on attaque le parler d'une personne, la discrimine : ce serait comme l'attaquer pour sa couleur de peau ou sa religion."
 

La relève de la jeunesse

Recontacté par France 3 Alsace après le passage de la loi anti-glottophobie à l'Assemblée nationale, Justin Vogel relève une nouvelle dynamique entre la jeunesse alsacienne et sa langue régionale. "Il y a quinze ans, on a fait un sondage avec les jeunes. La plupart répondait que l'accent était ringard. On l'a refait il y a un an, et les chiffres sont inversés, et rassurants. Ce n'est plus ringard du tout. Il y a eu une évolution des mentalités, que cette loi confirme."
 
Un engouement confirmé par le passage de l'Olca au NL Contest. "On a été surpris par tous ces jeunes qui passaient à notre stand pour des T-shirts ou des tatouages avec des mots alsaciens. Je ne sais pas si ça aidera à sauver la langue... Mais l'accent n'est plus ringard : il est devenu moderne." On retrouve même l'alsacien sur des attestations de sortie pendant le confinement. 

"À l'heure de l'uniformisation culturelle, commerciale... on voit qu'avoir une langue, une identité, une culture à soi, c'est fantastique. Notre grand chant national doit contenir des voix basques, bretonnes, occitanes, alsaciennes... si l'on veut qu'il soit harmonieux." Comprendre que le français ne se résume pas à l'"accent" parisien.

"C'est fantastique, car pendant trop longtemps, on a levé le drapeau rouge lorsque l'on parlait ainsi. Le reconnaître, c'est apporter plus à la France du XXIe siècle. Une France qui promeut la diversité et respecte les identités. Pendant longtemps, c'était chic de 'parler français'. Mais maintenant, les gens n'ont plus de complexe avec leur accent, et vont le revendiquer."
 

La culture régionale est loin d'être ringarde pour bon nombre d'entreprises : elle peut même rapporter gros. (source : Bob l'Éponge)


Justin Vogel cite près de 400 entreprises, pour qui l'Olca apporte son aide, notamment avec la traduction en alsacien de réclames. L'institution observe que les entreprises ont "compris" l'avantage qu'il y a à mettre en avant les spécificités locales. La brasserie Meteor a d'ailleurs été récompensée récemment pour sa publicité siglée "Nous sommes alsaciens et fiers de l'être", précise l'Olca.

Le thème sera à l'honneur dans le Dimanche en politique de ce 29 novembre. Rendez-vous à 11h25.
 
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