Colmar : les sculptures du Retable d'Issenheim restaurées retrouvent le musée Unterlinden avec leurs couleurs d'origine

Après trois ans de travaux entre Colmar, Vesoul et Paris, le Retable d'Issenheim est au complet au musée Unterlinden de Colmar. Les sculptures qui étaient en restauration dans les ateliers du Louvre sont revenues avec leurs couleurs originelles.

Un saint Antoine, un saint Jérôme et un saint Augustin transfigurés sont revenus au musée Unterlinden à Colmar en ce mois d'octobre 2021. Ces trois sculptures du Retable d'Issenheim, chef-d'oeuvre de Matthias Grünewald, ont été restaurées au Centre de recherche et de restauration des musées de France. Pantxika de Paepe, conservatrice du musée Unterlinden, nous explique le travail accompli et ce que les visiteurs vont découvrir. 

Au bout de 10 ans, on voit enfin le bout de cette aventure compliquée ?

"C’est vrai que c’est compliqué. Il faut être tenace, mais quand on voit le résultat, la question ne se pose pas. En 2011, la restauration du Retable avait commencé, et puis il y avait eu une levée de boucliers de la presse. La restauration s’était figée à cet instant-là. Cela a permis de refaire une étude en 2013-2014, pour analyser l’état de l’œuvre. Et à partir de ce constat, on a dit que la restauration de 2011 avait été bien faite et qu’on pouvait aller plus loin."

"On en a profité puisqu’en 2011, le projet ne portait que sur la restauration des panneaux peints, et là on a restauré les panneaux peints, les encadrements et les sculptures. Donc c’est vrai que là c’est une belle histoire, mais il aura fallu 10 ans. Et on finira l’année prochaine. Au printemps prochain, nous fêterons en grande pompe la restauration du retable."

C’est une résurrection ?

"Oui je trouve vraiment, parce qu’on savait déjà que Matthias Grünewald était le plus grand coloriste de son temps. Mais l'amincissement du vernis a permis de retrouver ces couleurs, ces contrastes. Des couleurs impressionnantes. Sur la partie de la crucifixion, il y a tellement de rouge, on ne voyait rien avant. On ressuscite les couleurs, et puis on a retrouvé des petits détails qui avaient disparu, complètement oubliés."

C’est sur saint Jérôme que les transformations sont les plus visibles ?

"Oui. Outre le fait que tout est plus lumineux, comme sur les autres sculptures. Sur le saint Jérôme, c’est assez exceptionnel parce que quand les visiteurs verront les photos d’avant, ils se diront « mais que s’est-il passé ? ». Sa robe, son col, ses manches étaient rouges. Tout d’un coup, il est bleu. Le sol était bordeaux grès des Vosges et il devient vert très violent. En plus de ça, il y a cette doublure d’hermine, qu’on ne voyait pas, qui était une surface grise."

"C’est sur cette sculpture qu’ils verront le plus de changements, et ce choix qui a été fait. La dernière fois que ces sculptures ont été restaurées, en 1985, on disait que la polychromie était plutôt 18e siècle. Aujourd’hui, avec les nouvelles investigations, les restaurateurs ont découvert que toute la polychromie datait bien du début du 16e siècle, comme les sculptures et les peintures."

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