Colmar, réunion d'information sur le glyphosate : "en pissant dans un flacon, on devient acteur"

Ce dimanche 24 mars se tient à Colmar la première réunion d'information organisée par la campagne Glyphosate 68. L'occasion pour le tout jeune collectif de sensibiliser la population aux dangers de ce pesticide et de recruter des volontaires pour la campagne de tests urinaires organisée en France.

Campagne prélèvement d'urine des pisseurs involontaires de glyphosate organisée par le collectif Glyphosate 21
Campagne prélèvement d'urine des pisseurs involontaires de glyphosate organisée par le collectif Glyphosate 21 © JC Tardivon/MAXPPP
Sylvie Fouinat fait partie des pisseurs involontaires de glyphosate. Comme tous les Français par ailleurs. Mais elle a décidé d'agir en créant avec dix autres bénévoles le collectif  Campagne Glyphosate 68, une antenne locale de la campagne Glyphosate née en Ariège fin 2018. Ce dimanche 23 mars, le collectif organise une réunion d'information au parc des expos de Colmar pour faire avancer les choses.
 

Pisser c'est agir

A l'origine, comme souvent, il y a une prise de conscience. " Je suis maman de deux enfants. Dans les prédictions les plus sombres, dans 50 ans, il n'y aura plus d'insectes. Vous imaginez vos enfants vivrent sur une terre stérile ? Et l'Etat ne fait strictement rien. Rien pour nous protéger, rien pour aider les agriculteurs à se reconvertir. Rien de rien. Pire, on nous met en danger pour des enjeux financiers. On met en danger l'eau, la terre, nos enfants ... Alors j'ai dit stop. Je viens du mouvement coquelicot, pour moi c'était normal de poursuivre l'action avec cette campagne."

On a le pouvoir de refuser d'être empoisonné.
- Sylvie Fouinat, Campagne Glyphosate 68 -

Une campagne nationale déclinée par des antennes locales. 70 se sont créees depuis décembre 2018. "On offre aux citoyens la possibilité d'agir concrètement, d'être acteur de leur vie. On a le pouvoir de refuser d'être empoisonné, il ne faut pas attendre que ça tombe du ciel. Juste en pissant dans un flacon, on devient acteur. On est des gens normaux qui en avons marre tout simplement." 


1000 prélèvements, tous positifs

La campagne nationale de prélèvements d'urine a dépassé cette semaine les 1.000 prélèvements. Tous positifs. Tous dépassant de 10 à 30 fois le taux autorisé dans l'eau potable qui est de 0.1 µg/L. Début prometteur.
 
L'objectif : " Faire émerger un débat citoyen sur les dangers des pesticides. On a choisi le glyphosate car c'est le plus utilisé en France [ NDLR : 9.000 tonnes chaque année. 7.500 pour un usage agricole. 1.500 pour les jardins ]. On est conscient de la dangerosité des autres pesticides mais il faut bien commencer par quelque chose. Nous devons mettre les pouvoirs publics et les fabricants face à leurs responsabilités. Ce produit est dangereux, il a été classé comme cancérigène probable par le centre international de recherches contre le cancer. "

Les agriculteurs sont piégés et ce sont les premières victimes.
- Sylvie Fouinat, Campagne Glyphosate 68 -

" C'était une promesse d'Emmanuel Macron de supprimer le glyphosate, il ne l'a pas fait. Il y a beaucoup d'argent en jeu. Les agriculteurs sont piégés, captifs du système alors que ce sont les premières victimes. Ils ne sont en rien fautifs, ils sont en première ligne. L'Etat doit les protéger, les aider à se reconvertir. Aucune aide pécuniaire, même celles promises, ne vient." La campagne Glyphosate est d'ailleurs soutenue par la confédération paysanne. 
 

Collecte de données et dépôt de plainte

Ce dimanche 24 mars, c'est donc une simple réunion d'information qui a lieu à Colmar. Car avant de faire les prélèvements urinaires, il faut trouver les volontaires.
 
Une tâche ardue car le test coûte 135 euros. De la poche du volontaire. " Entre les frais d'huisser, les frais du labo et l'organisation. Ça peut paraître cher mais c'est une démarche citoyenne. Les gens ont besoin de savoir où ils en sont et pour ça ils sont prêts à payer. La preuve avec les 1000 tests déjà effectués. L'Etat ne fait pas ces analyses et laisse proliférer un produit toxique. C'est une réelle défaillance des pouvoirs publics que nous pallions, nous citoyens. En faisant ce test individuel, on s'inscrit dans une démarche collective. On se réapproprie son corps et le débat." 


En faisant ce test individuel, on s'inscrit dans une démarche collective.
- Sylvie Fouinat, Campagne Glyphosate 68 -

Le test d'urine obéit ainsi à un protocole strict. " Tous les prélèvements sont réalisés sous le contrôle d'un huissier afin que les résultats soient incontestables et utilisables devant un tribunal. Il y a deux objectifs pour ces tests : établir une cartographie française de l'empoisonnement au glyphosate en France grâce aux données que nous aurons recueillies et porter plainte contre les institutions qui autorisent la mise sur le marché de produits toxiques ainsi que contre les fabricants." Les plaintes sont individuelles mais c'est le collectif qui les coordonnera.
 

Le test débute le 13 avril

La réunion d'information de ce dimanche sera décisive pour l'antenne haut-rhinoise. " Nous comptons trouver des bénévoles pour créer d'autres collectifs en Alsace, notamment dans le Bas-Rhin. Et puis surtout il faut que nous trouvions suffisamment de volontaires pour les tests urinaires. On table sur une cinquantaine." 

On mise sur une cinquantaine de volontaires

Les tests à proprement parler auront lieu le 13 avril au Parc des expositions à Colmar. " Les inscriptions seront ouvertes jusqu'au 6 avril mais comme les tests sont très encadrés, il nous faut des réponses le plus vite possible pour tout organiser."  Les prélèvements seront ensuite envoyés au laboratoire allemand Bioscheck avant d'être transférés chez l'huissier et chez les particuliers sous trois semaines. Les résultats sont anonymes. Ils seront collectés et centralisés pour établir une banque de données statistiques.



 
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